1062
Ponce Pilate
182
Vercruysse Jean-Marc
Ponce Pilate
2848321684
Ponce Pilate
Recension
 
Approfondir
 
Par Jean Marc Vercruysse (dir.)
 

Jean Marc Vercruysse (dir.)
Graphè n° 22 :« Ponce Pilate »
Revue publiée par Artois Presses Université, Lille, 2013, 214 p., 18 €

Depuis sa fondation, au début des années 1990, l’université d’Artois organise chaque année un colloque sur un thème relatif à la Bible. Les actes de ces colloques paraissent dans la revue Graphè. Il s’agit le plus souvent d’explorer comment un ouvrage ou une figure biblique trouve écho dans la littérature et dans l’art.

Ponce Pilate, préfet de Judée de 26 à 36, a joué un rôle déterminant dans le procès de Jésus ; cependant on sait peu de choses de sa personnalité réelle, ce qui fait de lui une figure extrêmement plastique, se prêtant à de multiples relectures.

S. C. Mimouni décrit d’abord le contexte historique de la préfecture de Ponce Pilate et les multiples « affaires » qu’il eut à gérer. Dans les apocryphes chrétiens (R. Gounelle) le personnage va se développer à partir des Actes de Pilate (ou Évangile de Nicodème, ive s.). A.-C. Baudoin discerne, dans la littérature patristique, trois figures de Pilate : en tant que gouverneur, il représente l’Empire ; en tant que juge, c’est lui qui est jugé ; en tant que Romain, il incarne les « nations » (cf. Ps 2). J.-N. Pérès montre comment chez les chrétiens d’Éthiopie, et particulièrement dans leur iconographie, Pilate se trouve comme canonisé, devenant un martyr. M.-G. Grossel note l’ambivalence du personnage dans la dramaturgie médiévale, depuis les passions inspirées de l’Évangile de Nicodème jusqu’aux grands mystères du xve siècle. Au xviie siècle, deux auteurs tragiques, Copée et Chevillard, illustrent l’évolution du théâtre français dominé d’abord par l’émotion, puis par la raison (C. Meynel). Dans la nouvelle d’Anatole France, « Le Procurateur de Judée » (S. Triaire), un Pilate vieillissant médite avec son ami Aelius Lamia sur l’échec de sa mission en Judée, dialogue qui s’achève sur un vertigineux : « Jésus ? Jésus le Nazaréen ? Non, je ne me rappelle pas. » Boulgakov, dans Le Maître et Marguerite, fait de l’histoire de Pilate une histoire de fou ; le récit évangélique y est relu sur fond de dictature stalinienne (A. Ivanovitch). Dans le Ponce Pilate de Roger Caillois, Jésus est finalement libéré « de sorte que le christianisme n’a pas lieu » (A.-A. Morello). E. Pesenti Rossi présente la figure de Pilate dans différents films, de Jean Duvivier à Mel Gibson. B. Föllmi fait de même pour différentes œuvres musicales, où la « voix » de Pilate est plutôt muette, sauf dans quelques œuvres récentes, par exemple la comédie musicale Jésus Superstar. « Alors, peut-être est-ce toi le premier chrétien ? » Telle est, dans la bouche de Claudia, l’épouse du héros, la conclusion de L’Évangile selon Pilate, roman d’Éric-Emmanuel Schmitt (M. Van Tooren). Le dernier exposé (A. Hetzel) retrace l’histoire de l’interprétation du rêve de la même Claudia : inspiration diabolique pour faire échouer la rédemption ou avertissement divin ?

La démarche, « l’histoire de la réception d’un texte » (ici plutôt une figure), croise avec intelligence analyses historiques et esthétiques. Tel qu’il apparaît dans le quatrième évangile, nous ajouterons (à la suite de Simon Légasse, non présent ici) un élément paradoxal : la théologie johannique dessine en filigrane la figure d’un Pilate qui, faisant son travail de représentant du pouvoir romain, amène fort habilement les grands prêtres à dire d’eux-mêmes : « Nous n'avons pas d'autre roi que César » ! (Paul Agneray)
Niveau de difficulté : moyen

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org