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Paroles de Jésus
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Myre André
La Source des paroles de Jésus
2-227-48360-6
La Source des paroles de Jésus
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Par André Myre
 

André Myre
La Source des paroles de Jésus
Bayard/Novalis, Paris/Montréal, 2012, 298 p., 21 €

André Myre (A.M.), bibliste qui a enseigné à la Faculté de théologie de l’université de Montréal et qui s’est fait connaître par de nombreuses publications, livre ici un ouvrage très personnel. Celui-ci prend place dans la liste des travaux qui enrichissent depuis quelques années la bibliographie francophone portant sur la source des Paroles de Jésus, reconstituée par un bon nombre d’exégètes dans le cadre des hypothèses proposées pour rendre compte de la question synoptique (pour d’autres références sur ce dossier, voir le CE n° 154, p. 65-69).

Le contenu du livre comporte essentiellement trois éléments. Il offre une vue d’ensemble des problèmes liés à la reconstitution et à l’interprétation globale de cette Source, qui n’est attestée de manière autonome dans aucun manuscrit ancien mais que des chercheurs recomposent à partir des points communs repérables dans les évangiles de Matthieu et de Luc en comparaison avec la version de Marc. L’auteur donne sa propre traduction française de ce texte, en s’appuyant explicitement sur l’édition critique publiée par Robinson, Hoffmann et Kloppenborg chez Peeters à Louvain en 2000 (il ne s’écarte que rarement de leurs choix ; il le fait, par exemple, en optant pour la troisième personne du pluriel dans l’énoncé des trois premières béatitudes, comme chez Mt à la différence de Lc qui recourt à la deuxième personne). Enfin – et c’est la part la plus importante du volume – il livre un commentaire suivi de cette Source, qu’il divise en trois sections (chacune étant elle-même découpée en trois parties).

Il reconnaît que son entreprise représente un véritable pari : faire ressortir la dynamique de ce texte et en exprimer la pertinence pour des lecteurs d’aujourd’hui, alors qu’il s’agit d’un document hypothétique et que l’unanimité est loin d’être acquise sur son origine ainsi que sur sa visée primitive. Mais sa conviction si est forte au sujet de la cohérence des propos rapportés qu’il en arrive même à personnifier cette Source, dans la manière dont il en parle.

La traduction proposée est délibérément orientée vers un lectorat d’aujourd’hui dont la culture est marquée, entre autres, par le vocabulaire inclusif. Exemples : « Le souffle amène Jésus au désert, pour y subir le test de l’examinateur » (4,1-2) ; « Choyés les pauvres, le Régime de Dieu est en leur faveur » (6, 20b) ; « Que votre prière porte sur ceci : Parent, fais-toi reconnaître, fais venir ton Régime » (11, 2) – des notes détaillées explicitent ces choix.

La présentation de l’histoire de la recherche accorde une large place aux débats, parfois vifs, entre spécialistes. En fin de volume, un choix bibliographique judicieux aide le lecteur à poursuivre la réflexion. A.M. reconnaît avec honnêteté que certaines questions restent ouvertes et que plusieurs textes demeurent particulièrement difficiles à interpréter.

Le commentaire est rédigé dans un style alerte. L’auteur ne recule pas devant l’emploi de formulations familières et volontiers provocatrices. Il lui arrive d’interpeller directement son lecteur comme dans une prédication orale (avec des clins d’œil en direction de situations d’aujourd’hui). Des problèmes plus généraux ou plus techniques sont traités sous forme d’encadrés (dont certains couvrent plusieurs pages). Parmi les caractéristiques du message de la Source, A.M. indique qu’elle ne comporte pas de réflexion sur l’Église et qu’elle n’insiste pas non plus sur la personne de Jésus en tant que telle. Elle fait saisir une impulsion, en son début, une voix qui met en route : « Ce qui compte, c’est ce que devient l’être humain au fil des jours, comment et avec qui il se fait, son impact sur les gens qu’il côtoie, sa façon de se situer dans son monde » (p. 286-287). Pour désigner cette situation des commencements, il parle du « nazarénisme de Galilée », qu’il distingue du « messianisme de Jérusalem ». Il insiste sur la critique des institutions qu’il relève dans certaines paroles. Dans sa conclusion, il affirme que « la Source est sans doute le document le plus percutant du N.T. ».

Incontestablement, cet ouvrage donne à penser. Sur certains points, on souhaiterait plus de nuances ou davantage d’argumentations. Mais tel qu’il se présente, il est fort stimulant. C’est d’ailleurs, manifestement, l’un des buts recherchés. (Michel Berder)
Niveau de difficultés : moyen

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org