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Enfance de Jésus
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Ratzinger / Benoît XVI
L'enfance de Jésus
2-08-129577-3
L'Enfance de Jésus
Recension
 
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la question de l'origine de Jésus est inséparable de celle de son identité...
 

Joseph Ratzinger – Benoît XVI
L’Enfance de Jésus
Paris, Flammarion, 2012, 190 p., 15 €

« Le petit livre promis depuis longtemps sur les récits de l’enfance de Jésus » est présenté par Joseph Ratzinger/Benoît XVI comme « une porte d’entrée à [ses] deux précédents ouvrages consacrés à la figure et au message de Jésus de Nazareth » (p. 7 ; voir présentation dans les CE n° 141, 2007, p. 129-136 et n° 158, 2011, p. 59-61).

Porte d’entrée ? L’expression pourra surprendre puisque ce volume vient à la fin et non au commencement du parcours. En réalité, la question de l’origine de Jésus est inséparable de celle de son identité et les récits d’enfance répondent à la question formulée par Pilate à Jésus au moment de la Passion : « D’où es-tu ? » (Jn 19,9). Tel est d’ailleurs le titre du premier chapitre, qui fait passer des généalogies de Jésus en Matthieu et en Luc au prologue johannique. Là se trouve révélée aux chrétiens leur véritable généalogie : leur foi en Jésus les fait naître de Dieu.

C’est que les récits d’enfance ne sont pas des textes vieillis mais doivent être lus dans leur actualité : en quoi nous concernent-ils ? Telle est bien la question de tous les lecteurs de la Bible. Pour y répondre, il faut commencer par chercher ce qu’ont voulu dire les auteurs du texte ; c’est ce que le pape nomme « la composante historique de l’exégèse ». À cette étape en succède une autre, celle de la vérité et de l’actualité du texte. De ce point de vue, pour Benoît XVI, histoire et vérité se confondent. C’est que la naissance virginale de Jésus aussi bien que sa résurrection du tombeau sont deux événements par lesquels Dieu intervient directement dans l’histoire de Jésus. Ils sont « des pierres de touche pour la foi » (p. 83-84). Aussi n’y a-t-il pas lieu de suivre les opinions d’exégètes modernes pour qui la naissance de Jésus à Bethléem ou la fuite en Égypte seraient les mises en récit d’une christologie. C’est le contraire qui s’est produit : l’histoire s’est trouvée enrichie par la réflexion théologique. Certes, à la différence par exemple de l’annonciation, l’épisode des mages « ne touche aucun aspect essentiel pour la foi » (p. 167). On pourrait donc y voir une création de la communauté judéo-chrétienne, comme l’avait admis il y a longtemps Jean Daniélou. Celui-ci était cependant convaincu de l’historicité de l’événement, dont Matthieu a déployé la signification théologique. C’est cette même conviction que partage Benoît XVI.

Il y a encore une cinquantaine d’années, on ne mettait guère en doute l’historicité des récits d’enfance. Or, bien que les connaissances historiques soient restées semblables, même des exégètes dont on ne peut soupçonner la doctrine laissent la question ouverte reconnaît Benoît XVI (p. 168). C’est donc que notre rapport au texte a changé. Benoît XVI touche là un point important, celui de la relation du lecteur au texte. Il propose quant à lui une lecture des textes à partir de la foi en Jésus « vrai Dieu et vrai homme » (p. 181). Entrer dans le mystère requiert en tout cas une grande humilité, tant il est vrai que « toute interprétation reste en deçà de la grandeur du texte biblique » (p. 9). C’est donc à une méditation de l’ensemble du mystère chrétien que le pape invite ses lecteurs : nul doute que son livre « pourra aider de nombreuses personnes dans leur chemin vers et avec Jésus » (p. 8). (Jean-François Baudoz)
Niveau de difficulté : facile à lire

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org