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Exode
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Marchadour Alain
Exode et histoire
Note historique
 
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Quel dommage qu'aucun texte égyptien ne mentionne l'Exode des Israélites ...
 

Quel dommage qu'aucun texte égyptien ne mentionne l'Exode des Israélites et la noyade de l'armée égyptienne dans la Mer Rouge ! Nous devons nous contenter du seul texte biblique, qui ignore le nom du pharaon, donc la date et les circonstances de l'événement. Au contraire, pour la célèbre bataille de Qadesh sur l'Oronte, en 1285, qui oppose Ramsès II au roi hittite Muwatalli pour le contrôle du Proche-Orient, nous avons les deux versions gravées sur les murs de Abou Simbel et Karnak (Égypte) et sur ceux de Hattusa (Turquie), où chacun raconte comment il a battu son adversaire. La confrontation des deux versions, confirmée par le texte du traité de 1270, permet d'approcher la vérité : une bataille indécise, sans vainqueur ni vaincu, qui a contraint les deux rois à partager le pouvoir dans la région. Pour revenir à l'Exode, quelques rapprochements seront utiles pour apprécier la valeur historique du texte biblique.

Les Hyksos en Égypte

Un texte égyptien très tardif nous apprend qu'un groupe sémite, connu sous le nom de “ Hyksos ”, a envahi l'Égypte vers 1720, refoulant les pharaons vers le Sud et choisissant comme capitale Avaris, dans le delta du Nil. Ils en furent expulsés vers 1550 par le pharaon Ahmosis. Cette invasion d'asiatiques offre un cadre historique vraisemblable à l'aventure romancée des Patriarches en Égypte et en particulier à l'histoire de Joseph. En ce cas l'oppression des Hébreux commencerait avec l’expulsion des Hyksos.

Hapirou et Hébreux

Au cours du deuxième millénaire, une population connue sous le nom de “ hapirou ” a laissé beaucoup de traces dans les écrits du Proche-Orient. C'est une population nomade très mobile et turbulente, qu'on retrouve à la fois comme manœuvres sur les grands chantiers de construction de Ramsès II et parmi les mercenaires des armées de divers royaumes. On ne parle plus d'eux à partir du premier siècle. Curieusement, ils ressemblent aux Hébreux (nom qui peut signifier “ ceux qui traversent ” ou les “ poussiéreux ”) : eux aussi sont mobiles (voir les Patriarches) assez turbulents et violents (voir Gn 34), utilisés sur les grands chantiers (Ex 1 et 5) et mercenaires (cf. David chez les Philistins : 1 S 27). On pense que “ Hébreu ” et “ Hapirou ” renverraient à la même population, avant qu'une nation ne commence à naître en terre d'Israël après l'Exode.

La stèle de Merneptah

Cette stèle est, pour un juif, comme pour un chrétien, une des pièces les plus émouvantes du musée du Caire. Pour la première fois en effet y apparaît le nom “ israilou ”, pour désigner un groupe qui n'est pas encore sédentarisé, vers le centre de Canaan. Daté avec précision de la cinquième année de Merneptah, fils de Ramsès II (1220), ce texte nous met en contact vraisemblable avec un groupe tribal qui appartiendra plus tard au peuple d'Israël.

Akhénaton

Un grand siècle avant Moïse, le pharaon Aménophis IV (1372-1354) a été à l'origine d'une des révolutions les plus troublantes de l'histoire spirituelle de l'humanité. Ce pharaon instaure le culte d'un dieu unique, le dieu soleil Aton. Il prend le nom d'Akhén-Aton, et lance une réforme artistique et sociale qui ne lui survivra pas. Certains ont cherché un rapport entre cette expérience spirituelle et l'avènement du monothéisme avec Moïse, lors de l’Exode.

Histoire et foi

Ces rapprochements offrent plusieurs avantages : ils forment un environnement social, religieux, géographique et historique qui convient bien aux événements de l'Exode. L'histoire du salut s'est glissée dans les péripéties, plus éclatantes à vues humaines, des royaumes voisins. Mais ce qui allait devenir les événements fondateurs d'Israël (et de l'Église), n'a laissé aucune trace dans les documents de l'époque qui nous sont parvenus. Seule nous reste la Bible.

On ne connaîtra jamais exactement la base historique des récits de l'Exode, car ils ont été colorés par la foi d'Israël sur bien des générations. Il est donc inutile de les traiter comme des reportages pris sur le vif et de vouloir reconstituer le détail des faits. Ils ont l'épaisseur de la méditation et de la foi d'Israël. Nous modernes, nous sommes souvent à la recherche d'un minimum à accepter. Nous voulons localiser les événements, les dater, les dépouiller des interprétations qui les habillent ou les parasitent. L'homme biblique, au contraire, saisit l'événement comme un tout : il cherche le maximum de sens c'est-à-dire les faits enrichis de leur signification.


SBEV. Alain Marchadour

 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org