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Epître aux Romains
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Présentation
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Saint Paul
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Bony Paul
Un juif s’explique sur l’Évangile. La lettre aux Romains
2-220-06482-6
Un juif s'explique sur l'Évangile. La lettre aux Romains
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Par Paul Bony
 
Paul Bony
Un juif s’explique sur l’Évangile. La lettre aux Romains

« Chemins de Dialogue », DDB, Paris, 2012, 440 p., 27 €

Le beau livre que Paul Bony (P.B.) nous offre n’est pas un commentaire scientifique, mais une lecture informée, originale et courageuse de la lettre aux Romains, peut-être le texte le plus difficile du N.T. Une lecture qui s’inscrit dans la perspective du nouveau dialogue entre juifs et chrétiens et répond à la volonté de poser ensemble un regard critique sur l’écrit de Paul qui fut si présent dans la séparation. P.B. lit en effet le texte de Paul avec ceux qui, comme le rabbin Rivon Krygier, veulent dépasser la figure paulinienne durcie par le conflit entre juifs et chrétiens, puis par la Réforme, un Paul qui serait passé d’une théologie des mérites à une théologie de la grâce. La « Nouvelle Perspective » sur Paul nous a définitivement débarrassés de la vision sclérosante et fausse du judaïsme à l’époque de Paul. Il s’agit désormais, pour reprendre les termes de R. Krygier, d’un « troisième Paul, celui que les chrétiens et les juifs tentent de générer en s’éclairant à l’exigence spirituelle et morale de l’après-Shoah et l’après-Vatican II ». Lire Paul dans la continuité de ses racines juives, et non pas seulement dans la fracture de la découverte du Christ. Car Paul reste jusqu’au bout un juif habité par la foi au Dieu unique, le Dieu d’Israël, un juif qui n’a cessé de se battre avec la double exigence de cette fidélité première et de la fidélité à l’Evangile de Jésus-Christ : ébloui par la nouveauté de l’Alliance offerte désormais à tous les hommes, qui reste cependant l’Alliance irrévocable que Dieu a conclue avec les pères, Paul considère l’Évangile comme l’accomplissement de la promesse et de la foi d’Israël. La lettre aux Romains est le témoin privilégié de l’effort incessant de l’apôtre pour « s’expliquer avec l’Évangile » et P.B. nous propose de le suivre pas à pas.

Interrogeant les premiers chapitres de la lettre qui mettent en place la « justification par la foi » à l’aide d’une rhétorique parfois fracturée, P.B. affronte les apories sans chercher à atténuer les heurts ; il montre comment Paul tout en se démarquant de la Loi de Moïse et de l’économie du salut par la Loi, ne cesse de s’enraciner dans l’héritage d’Israël, et de fonder l’économie de la foi sur les Écritures et sur la promesse. Tout au long de la deuxième partie de l’argumentation paulinienne qui ouvre magnifiquement sur l’espérance d’un accomplissement final, la question de la Loi accompagne en contre-point la réflexion.

Les chapitres 9–11, parfois suspectés d’être un appendice, apparaissent alors comme une étape majeure de la confrontation. La lecture de P.B. est rigoureuse ; sans jamais sous-estimer les difficultés ou atténuer les contradictions, il s’attache à montrer comment Paul avance dans le travail douloureux d’une pensée qui tient jusqu’au bout les paradoxes et ne sacrifie jamais à la facilité : la fidélité de Dieu à son peuple et le refus d’Israël de croire au Christ. Certes Paul s’achemine vers une conception de l’interdépendance d’Israël et des Nations, mais il sait aussi renoncer à une impossible cohérence, pour tout remettre à Dieu et laisser jaillir la louange. À leur tour, les derniers chapitres de la lettre sont honorés, car Paul y déploie dans l’amour-agapè, l’amour même dont Dieu aime les hommes, l’accomplissement suprême de la Loi, et l’exigence d’un accueil mutuel d’Israël et des Nations.

Au-delà de la lecture nuancée du texte dans sa complexité, ses annexes, des pauses, des encadrés ponctuent le propos et s’arrêtent sur les points névralgiques. Chaque fois la diversité des interprétations est reliée à des traditions anciennes, manifestant à la fois la pluralité possible des lectures, et l’originalité d’une lecture qui ouvre à « un universalisme non pas d’intégration, mais de communion ».

Le commentaire de P.B. est suivi d’un texte du rabbin R. Krygier, repris d’une conférence publiée il y a cinq ans dans la revue Sens, « Paul et Israël, du retranchement à la greffe » ; ce, texte remarquable de rigueur et lucidité, situe Paul dans la tradition juive qui lui est contemporaine et trace des voies permettant de penser une relation nouvelle du judaïsme avec le christianisme, en termes d’« héritage, d’élargissement, voire d’agrégation ». En quelques pages, P.B. reçoit ce texte, et ouvre ou poursuit un dialogue dans lequel chaque chrétien désormais est invité à entrer.

Ce livre brillant, toujours clair malgré l’abondance de la documentation et la subtilité de l’analyse, pèsera à l’avenir non seulement sur l’interprétation de la lettre aux Romains, mais sur les avancées d’un dialogue judéo-chrétien qui permet à chaque partenaire d’approfondir son propre chemin en l’éclairant de celui de l’autre. (Roselyne Dupont-Roc)
Niveau de lecture : moyen
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org