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Commentaire
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Première lettre
951
Saint Pierre
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Schlosser Jacques
La première épître de Pierre
2-204-09257-9
La première épître de Pierre
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Par Jacques Schlosser
 
Jacques Schlosser
La première épître de Pierre

« Commentaire biblique : N.T. » n° 21, Le Cerf, Paris, 2011, 327 p., 38 €

Ce gros ouvrage s’inscrit bien dans l’objectif de la collection, à savoir donner un commentaire scientifique qui fasse apparaître la dynamique du texte pris comme un ensemble. Jacques Schlosser (J.S.), professeur émérite de la Faculté de théologie catholique de Strasbourg, fait ici le point de manière magistrale sur 1 P, épître aujourd’hui très étudiée, peut-être à cause des « affinités existant entre la situation des chrétiens dans l’Asie Mineure du ier siècle et celle que vit aujourd’hui la “fraternité” à travers le monde (1 P 5,9) ».

L’introduction se prononce d’abord sur le genre littéraire : plutôt genre épistolaire, comme les lettres de Paul, qu’homélie baptismale. Les destinataires, situés par le premier verset de l’épître dans le nord de l’actuelle Turquie (de la région du Pont à la Cappadoce) semblent être pour une part des judéo-chrétiens, mais surtout des païens convertis. La question de la date dépend de la façon dont on comprend les situations d’oppression évoquées à plusieurs reprises : ce n’était probablement pas une persécution généralisée et organisée par le pouvoir politique ; celle de Néron (en 64) fut limitée à Rome ; celle de Domitien n’est pas clairement attestée (en 95 ?). Il s’agissait plutôt des tracasseries quotidiennes subies par des chrétiens, parce que chrétiens, de la part de leur entourage : esclave chrétien vs maître païen ; femme chrétienne vs mari païen… et en particulier l’impossibilité de participer pleinement à la vie sociale où le culte de l’empereur tenait une place assez importante (voir la situation attestée au début du iie s. par Pline le Jeune). Cela dit on ne peut donner une date très précise et avec la plupart des exégètes, J.S. propose, grosso modo, les années 70-90. De ce fait, l’auteur de l’épître ne peut évidemment être Pierre lui-même ; J.S. pense qu’il ne s’agit pas non plus de Sylvain, disciple de Pierre, mais d’un auteur anonyme pour qui « à cause de l’aura apostolique de Pierre… mais surtout en raison des souffrances qu’il a endurées à Rome, son patronage était particulièrement bien choisi pour donner du poids à un discours d’encouragement destiné à des chrétiens vilipendés et poursuivis alors qu’ils sont innocents ». Le lieu de composition semble bien être Rome (1 P 5,13 : « Babylone »).

Quant à l’agencement de l’épître, J.S. y distingue un corps central avec trois parties (1,13 – 2,10 ; 2,11 – 4,11 ; 4,12 – 5,11), sans que chacune ait un thème unique. En fait le contenu de la lettre consiste en des paroles de réconfort et de consolation pour des chrétiens éprouvés par la souffrance. Et cela en s’appuyant premièrement sur une base théologique, en faisant confiance au « Dieu de toute grâce » ; deuxièmement sur une base christologique, avec une référence particulière au Serviteur souffrant d’Isaïe ; et troisièmement sur la base de l’espérance, avec une invitation à la joie qui rappelle la béatitude des persécutés (rapprocher 1 P 4,14 de Mt 5,11).

Chaque section de l’épître fait l’objet d’une traduction, d’une interprétation et de notes fort intéressantes. Une petite difficulté cependant : la lecture de la partie « interprétation » est un peu fatigante, car le lecteur est invité à passer sans cesse du registre de la grammaire ou de la rhétorique au registre de l’interprétation proprement dite, puis de celui-ci au registre de la référence aux divers auteurs (notes entre parenthèses dans le texte).

La bibliographie est très abondante, aussi bien sur l’ensemble de la lettre que pour chacun des chapitres. Les divers index sont parfaits. (Paul Agneray)
Niveau de lecture : exigeant
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org