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Pentateuque
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Clines David
Pour lire le Pentateuque
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Pour lire le Pentateuque
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Par David J.A. Clines
 
David J.A. Clines
Pour lire le Pentateuque

Traduit de l’anglais par Michaël Clifton, Artège, Perpignan, 2011, 224 p., 24 €

David Clines (D.C.) est aujourd'hui professeur émérite d’études bibliques à l’université de Sheffield (Grande-Bretagne). Son petit livre The Theme of the Pentateuch (1978) est traduit d’après la seconde édition (1997). Le titre français rend mal compte de son originalité.

Peut-on raisonnablement dire qu’un ensemble aussi vaste et varié que le Pentateuque, un corpus à l’histoire littéraire si complexe, a un thème, un seul thème ou du moins un thème principal ? Sans doute sommes-nous prêts, plus qu’hier, à prendre cette question au sérieux, grâce au développement des approches narrative ou canonique. Mais la question reste un défi, un défi que D.C. relève de façon fort suggestive.

Il faut d’abord s’entendre sur ce que le mot « thème » signifie ici : non pas comme chez Martin Noth, une petite unité constitutive d’un tout (par exemple, pour l’Exode : la sortie d’Égypte, puis la marche au désert, etc.) mais la « conceptualisation de l’intrigue », l’idée dominante, le fil rouge d’un grand ensemble narratif. La thèse de D.C. est que le Pentateuque, dans son état final, laisse apparaître un tel thème et que cela se voit grâce à de multiples « indicateurs ». Pour aller tout de suite à l’essentiel, et en reprenant à peu près mot pour mot le texte de D.C., voici l’énoncé de ce thème : l’accomplissement partiel – ce qui implique l’inaccomplissement partiel – de la triple promesse faite aux Patriarches (la postérité, la relation Dieu-homme, la terre). Cette promesse correspond à l’initiative divine dans un monde où les initiatives humaines conduisent toujours au désastre ; en même temps, elle réaffirme l’intention première de Dieu vis-à-vis de l’être humain.

La promesse est une, car chaque élément est inséparable des autres. Ses trois aspects sont présents tout au long de la Torah mais avec des dominantes : la postérité dans la Genèse (à partir du chap. 12), la relation entre Dieu et l’homme (l’alliance) en Exode et Nombres, la terre dans le Deutéronome. Le cas de Gn 1–11 est particulier, puisque placé avant la première formulation de la promesse. Il est traité par D.C. comme un « thème préliminaire ». Pour le résumer, disons que dans l’espèce de conflit à répétitions qui rythme les origines (création, décréation, recréation) jusqu’au Déluge et à Babel, l’histoire à partir d’Abraham est comme la dernière, et toujours actuelle réponse de Dieu. Il faut souligner en tout cas qu’à la fin du Pentateuque, la promesse n’est que très partiellement accomplie…

Après voir réfléchi sur la fonction historique du Pentateuque en des termes assez classiques (époque postexilique, Esdras, etc.), D.C. s’interroge sur sa fonction théologique. S’il est bien conçu, le récit, fonctionnant en tant que récit – et peu importe qu’il soit fictif ou non –, fait en sorte que cette histoire devient mon histoire. Ainsi le lecteur que je suis se trouve invité à placer sa propre vie sous le signe de la promesse. D.C. achève sa réflexion en se référant à ce que dit J. Moltmann de la « Parole de la promesse », qui transforme la réalité en histoire (Théologie de l’espérance, p. 109-113).

Le livre de D.C. est déjà ancien. Il dit lui-même (préface de la seconde édition) qu’il faudrait le réécrire complètement… Cependant, tel qu’il est, il offre bien des éléments valables et stimulants pour la réflexion. (Paul Agneray)
Niveau de lecture : moyen
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org