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Ska Jean-Louis
Le livre scellé et le livre ouvert. Comment lire la Bible aujourd’hui ?
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Le livre scellé et le livre ouvert. Comment lire la Bible aujourd'hui ?
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Par Jean-Louis Ska
 
Jean-Louis Ska
Le livre scellé et le livre ouvert. Comment lire la Bible aujourd’hui ?

Éd. Bayard, Montrouge, 2011, 509 p., 34 €

Le succès des Énigmes du passé (voir C.E. n° 120, 2002, p. 62) a certainement contribué à faire connaître au grand public le nom de Jean-Louis Ska (J.-L.S.), professeur d’A.T. à l’Institut biblique pontifical de Rome. De manière limpide, il traitait de l’historicité des textes bibliques. Par ailleurs, il est un des spécialistes reconnus de l’histoire de la rédaction du Pentateuque (bel exemple sur le récit du Déluge, p. 233-254) et l’un des pionniers de l’analyse narrative dont il expose ici les principes (p. 195-208) et qu’il utilise pour étudier Gn 18,1-15 (l’hospitalité d’Abraham, p. 294-299), Ruth (p. 380-395) ou 2 S 13–18 (David et Absalom, p. 397-406).

J.-L.S. possède l’art de « problématiser », c’est-à-dire élaborer sur un sujet – suscité souvent par l’actualité – un système cohérent de questions de fond, qu’il expose de façon claire. De ce point de vue, le sous-titre ne convient pas tout à fait ; il n’y a pas ici une méthode, mais plusieurs : « Les méthodes changent selon les thèmes traités car les instruments de l’exégèse doivent s’adapter à leur objet et non l’inverse » (p. 12).L’ouvrage est divisé en trois parties : « Orientations » (neuf chapitres), « Lectures bibliques » (onze chapitres), « Droits et institutions dans la Bible » (trois chapitres). On remarque que les « Lectures » privilégient la Genèse et l’Exode, terrain de recherche de l’auteur depuis trente ans. Et que le N.T., peu abordé, l’est toujours dans son rapport à l’A.T., ce qui nous vaut de belles pages sur Jn 4 (la Samaritaine, p. 183-189) et Jn 5 (« C’est de moi que Moïse a écrit », p. 190-194) puis une fine étude sur le peuple « sacerdotal » d’Ex 6,2-8 à l’évangile de Luc (p. 355-374). L’ouvrage, destiné à un public élargi, est en fait un recueil de contributions diverses étalées dans le temps, certaines rédigées pour le « grand » public, d’autres pour celui des savants au vu de leur problématique et du nombre des notes (qui ne doivent pas effrayer le lecteur non spécialiste).

Il y a une unité : la volonté de donner au lecteur de quoi ouvrir cet écrit multiforme et énigmatique que serait devenue la Bible chrétienne. Et il y a une progression. Dans « Orientations », des chapitres lumineux reviennent sur des notions comme les canons des Écritures (de la liste juive aux variations chrétiennes), la Parole de Dieu, le rapport du texte à la réalité. Notions « de base » parce qu’il faut toujours y revenir, toujours vérifier leur pertinence. Cette seule première partie justifierait l’acquisition du recueil. Mais, comme on en ressort l’attention éveillée aux dimensions simultanément historiques, littéraires et théologiques des textes bibliques, les exercices des « Lectures » s’imposent, d’autant que la finesse des analyses n’oublie jamais ni le plaisir du texte ni la largeur des significations. Le dernier chapitre n’est pas une conclusion comme telle. À la fin du recueil, on le lit cependant comme une invitation à se risquer, comme J.-L.S., à problématiser des questions d’actualité (la démocratie occidentale a-t-elle des racines bibliques ?). Si son ancienneté contribue à « sceller » la Bible, une lecture attentive et méthodique – quelle que soit la méthode – contribue à l’« ouvrir » pour en entendre les mots aujourd’hui. Pour les biblistes comme pour les animateurs, l’ouvrage est tout à la fois un manuel et un modèle. (Gérard Billon)
Niveau de lecture : moyen
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org