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Christianisme primitif
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Klauck Hans-Josef
L’Environnement religieux gréco-romain du christianisme primitif
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L'Environnement religieux gréco-romain du christianisme primitif
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Par Hans-Josef Klauck
 
Hans-Josef Klauck
L’Environnement religieux gréco-romain du christianisme primitif

Traduit de l’allemand par Joseph Hoffmann, « Initiations au christianisme ancien », Éd. du Cerf, Paris, 2012, 560 p., 44 €.

Ce livre technique relève d’un genre austère puisqu’il s’adresse à de futurs chercheurs avec une visée largement bibliographique, mais il réussit le pari d’être tout à fait passionnant et de donner constamment à réfléchir. Hans-Josef Klauck (H.-J.K.) part du constat que, depuis les travaux de l’École de l’histoire des religions au début du xxe siècle, en partie recouverts par une vague de suspicion, l’étude du milieu du N.T. s’est fructueusement investie dans une connaissance approfondie et nuancée du judaïsme du premier siècle de notre ère. Néanmoins, le fait même de la mission aux païens et d’un christianisme s’implantant largement dans les villes gréco-romaines contraint à ne pas oublier l’importance de l’environnement païen. La question rejoint d’ailleurs celle, plus générale, de la missiologie. Le christianisme ancien a frayé son chemin et s’est implanté dans un contexte multi-religieux foisonnant, et il est impossible de le comprendre sans connaître les contours principaux de cet environnement difficile mais porteur.

Il s’agit donc de reprendre à nouveaux frais l’étude des faits religieux dans l’Empire romain, en évitant les erreurs du passé, c’est-à-dire en refusant d’aller trop vite à une recherche des influences et des dépendances par rapport au christianisme. Par une sorte d’ascèse, H.-J.K. s’en tiendra à une description des phénomènes religieux en eux-mêmes dans leurs diversités, sans recourir à une théorie plus large et plus systématique de la religion.

Dans l’immense éventail de possibilités qui s’offrent à lui, il prend pour fil conducteur les éléments historiques ressentis comme religieux par les auteurs chrétiens eux-mêmes, et notamment la confrontation du premier christianisme missionnaire au monde païen mise en scène par les Actes des apôtres. Il peut alors construire un panorama à la fois large et précis : il traite d’abord de la religion dans le domaine public et privé, à la ville et à la maison (dieux, sacrifices et religion de la cité, associations cultuelles et cultes domestiques), puis il cible l’importance des cultes à mystère dans leur diversité, d’Éleusis à Mithra, pour s’arrêter enfin sur les manifestations diverses de la piété populaire et de son exploitation : guérisons, divination, astrologie, mantique, magie. Une quatrième partie est ensuite consacrée à la divinisation des héros et finalement à la montée en Orient, puis en Occident du culte des souverains. Les deux dernières parties, d’un intérêt extrême, envisagent la pluralité des courants et propositions philosophiques du début de l’empire dans leur dimension religieuse, puis le phénomène de la gnose sur laquelle bien des questions restent ouvertes.

La visée de ce travail n’est évidemment pas exhaustive et H.-J.K. est très clair dans sa méthode et dans ses choix. Il veut se mettre au service des étudiants qui entreront dans une recherche renouvelée dans le domaine, en leur proposant à la fois des éléments bibliographiques et l’état de la recherche au moment où il écrit. Dans chacune des thématiques envisagées, des bibliographies ordonnées présentent d’abord les livres anciens fondamentaux, puis les avancées significatives de la recherche contemporaine ; malheureusement pour les chercheurs français, la bibliographie allemande a été élargie au monde anglophone lors de la traduction de l’ouvrage en anglais, mais la traduction française n’a pas été accompagnée de la même actualisation.

Puis, sans chercher une présentation systématique de la question, H.-J.K. s’appuie sur quelques textes et documents choisis qu’il analyse avec précision. Cela lui permet de proposer une image nuancée et fine des tendances religieuses, sans durcir les positions, et en évoquant bien le foisonnement des phénomènes parfois contradictoires. Ainsi, dans le passionnant chapitre évoquant les divers courants philosophiques qui se rencontrent et se combinent éventuellement, des monographies permettent de montrer à quel point la tension est grande entre un rationalisme déjà remarquablement critique et l’inquiétude religieuse qui travaille plus ou moins consciemment les penseurs. Des figures comme celle de Sénèque ou encore de Plutarque apparaissent sous un jour nouveau, loin des clichés habituels. La pratique stoïcienne de l’examen de conscience, la motivation pédagogique des mythes de l’au-delà, le souci récurrent et critiqué d’une transcendance manifestent des questions qui sont largement en débat.

Une des forces de ce livre réside dans ce qui pourrait être considéré comme du pointillisme ; en fait la forme est en connivence avec le fond du propos : la voie chrétienne est née dans un milieu païen étonnamment diversifié, où les propositions religieuses en tout genre se croisaient. Mais H.-J.K. s’arrête toujours à l’orée de la comparaison avec le christianisme. Là commence le travail des chercheurs qu’il veut mettre en route et au service desquels il se situe. Néanmoins, le regard nouveau qu’il jette sur le monde de l’Empire ne peut que provoquer et mettre en éveil le lecteur chrétien curieux. D’emblée, il comprend que l’originalité du christianisme ne sera pas à chercher dans des formes religieuses particulières mais plutôt dans une proposition globale qui force à réinterpréter toute la réalité. (Roselyne Dupont-Roc).
Niveau de lecture : exigeant


 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org