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Mythes bibliques
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Mythes grecs
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Causse Jean-Daniel
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Cuvillier Elian
Mythes grecs, mythes bibliques. L'humain face à ses dieux
2-204-08472-7
Mythes grecs, mythes bibliques. L'humain face à ses dieux
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Par Jean-Daniel Causse et Élian Cuvillier
 
Jean-Daniel Causse, Élian Cuvillier
Mythes grecs, mythes bibliques. L'humain face à ses dieux
« Lire la Bible » 150, Éd. du Cerf, Paris, 2007, 186 p., 17 €.

À l'origine des huit contributions de cet ouvrage, un cours public à la faculté de théologie protestante de Montpellier, pour aborder le problème du mythe. Cinq des auteurs enseignent à la faculté de théologie ou à l'université de Montpellier III. Ils se donnent comme point de départ que le mythe répond à la question de l'origine au moyen d'un récit indiquant que cette dernière est impossible à dire et à écrire.

En introduction, J.-D. Causse (J.-D.C.), professeur d'éthique, pose la question : « Quelle fonction attribuer aux mythes ? » Viennent alors trois contributions sur les mythes grecs. Catherine Salles et Pierre Sauzeau se posent la question de la croyance des anciens à leurs mythes, en soulignant notamment que ceux-ci ont été critiqués dès avant l'ère chrétienne au nom de la morale et de la raison ; le psychanalyste Pierre Guyomard s'attache pour sa part au mythe d'Antigone.

Les trois contributions suivantes se penchent sur les mythes bibliques. Dans « Le langage mythique de l'A.T. : un langage théologique incontournable », Dany Noquet refuse d'opposer mythe (Gn 1-11) et histoire (la suite de Gn, Exode...) ; il distingue entre un « langage mythique emprunté » aux représentations proche-orientales « pour dire la naissance du monde » (Gn 1-2) et « la fabrication d'un langage mythique pour parler de la fondation d'Israël et de la Torah ». Si le premier volet présente un dossier bien connu (cf. le Supplément aux C.E. n° 64 sur la création et le déluge...), le second est plus nouveau pour nombre de lecteurs ; il est étayé d'abord par une étude d'Ex 14 (la sortie d'Égypte), puis par une présentation de Moïse, qui « devient un personnage supra-humain de sa naissance à sa mort », « inaccessible historiquement, divinisé littérairement » dans le but de «  légitimer l'origine divine de la Torah et son autorité incontestable auprès de la communauté postexilique. » Cette relecture mythique permet aux rédacteurs bibliques de dire la présence de l'altérité, c'est-à-dire de Dieu dans l'histoire du peuple, de « partager une vérité plus vraie que la réalité. »

Élian Cuvillier (E.C.), professeur de N.T., donne une première contribution : « La résurrection de Jésus : un mythe ? » Il y défend l'hypothèse selon laquelle, dans le N.T., « les récits d'apparition du Ressuscité sont de nature mythique » et que les interpréter de la sorte constitue un « approfondissement » de la foi chrétienne. Pour étayer cela, E.C. revient d'abord (p. 116-120) sur le langage mythique qui est « une tentative de raconter quelque chose qui ne relève pas du savoir, mais de l'indicible et de l'irreprésentable, à savoir le rapport de l'homme à sa destinée et à l'altérité » ; il « appartient au registre de ce qui fonde la "vérité" d'une existence humaine. » « Le N.T. lui-même, dans son architecture globale, est un texte mythique. » Après avoir examiné la croyance en la résurrection et la signification que les premiers chrétiens lui accordaient, E.C. étudie alors les textes néotestamentaires (p. 122-141 : 1 Co 15,1-9 ; la source des logia ; Mc ; Mt ; Lc ; Jn ; Évangile de Pierre). Il tire trois conclusions. Seule la foi pascale des disciples est repérable historiquement. Deuxièmement, la résurrection de Jésus relève de la foi, et donc « l'énoncé "Christ est ressuscité" signifie "Je suis crucifié et ressuscité avec le Christ". Dit autrement : "Il n'y a d'événement pascal qu'au moment où Christ devient le nom de l'événement qui arrive, qui survient, c'est-à-dire qui rencontre un être humain et le modifie radicalement" » (E.C. cite J.-D.C.). La foi chrétienne naît « de l'expérience singulière et subjective de la rencontre avec le Ressuscité. »

Intitulée « Le langage mythique dans le N.T. Approche psycho-anthropologique de trois récits bibliques », la seconde contribution d'E.C. analyse d'abord Mc 5,1-20 (« un récit de création »), puis les récits synoptiques de la marche sur les eaux (« un mythe de résurrection et ses relectures »), et enfin le récit de Pentecôte (« le mythe de la naissance de l'Église »). Dans sa conclusion, « Le mythe comme langage des origines », J.-D.C. souligne les deux aspects du mythe. Celui-ci est « récit d'un "commencement qui n'a pas de commencement" parce qu'il est vécu par l'être humain comme toujours déjà là » ; il est aussi « le langage de l'origine comme "nouvelle origine", c'est-à-dire comme événement qui peut survenir en plein cœur d'une histoire ou d'une existence et qui opère une refondation. »

L'ouvrage donne parfois l'impression de tailler un habit un peu large à la notion de mythe (qu'entendre par « Le N.T. lui-même, dans son architecture globale, est un texte mythique » p. 119 ?) ; il peut lui arriver aussi d'opérer un saut dans une conclusion qui ne me paraît pas tirée des analyses qui précèdent (« Il n'y a d'événement pascal qu'au moment où Christ devient le nom de l'événement qui arrive, qui survient, c'est-à-dire qui rencontre un être humain et le modifie radicalement » p. 142). Mais ces réserves sont aussi une invitation à lire ces contributions qui ont un tout premier mérite : elles apprennent ou réapprennent à penser le langage mythique de façon positive. (Hugues Cousin)
Niveau de difficulté : moyen
 
Jérusalem: l'esplanade des mosquées
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org