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Apocalypse de Jean
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Delorme Jean
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Donegani Isabelle
L’Apocalypse de Jean. Révélation pour le temps de la violence et du désir.I – Chapitres 1-11 & II – Chapitres 12-22
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L'Apocalypse de Jean. Révélation pour le temps de la violence et du désir.
I – Chapitres 1-11 & II – Chapitres 12-22
Recension
 
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Par Jean Delorme et Isabelle Donegani
 
Jean Delorme, Isabelle Donegani
L’Apocalypse de Jean. Révélation pour le temps de la violence et du désir.
I – Chapitres 1-11
& II – Chapitres 12-22
Paris, Le Cerf, 2010, « Lectio Divina » n° 235 & n° 236, 528 p. & 616 p., 21 € & 22 €

Voilà un excellent ouvrage. Pour suivre page après page les péripéties de l’Apocalypse de Jean, Jean Delorme (J.D.) et Isabelle Donegani (I.D.) ont trouvé une allure qui emporte l’adhésion du lecteur, au point que celui-ci éprouve comme un soulagement : enfin, je commence à pouvoir lire ce livre fort complexe !

C’est un commentaire qui est proposé. Le caractère utile d’un commentaire tient à ce qu’il présente toutes les « explications » possibles du texte lu verset après verset, mais, on le sait, on s’ennuie dans un commentaire, et surtout on n’est pas vraiment satisfait de la lecture du texte qu’il pratique (d’ailleurs peut-on appeler cela lecture ?!). Ici, il s’agit bien d’un commentaire, car on suit l’Apocalypse unité après unité, mais la visée n’est pas celle de l’explication ; le choix est de trouver la modalité de la lecture qui convient pour ce livre, lequel livre d’ailleurs se préoccupe fort du type de lecture qu’il suscite ; le commentaire ainsi se coule presque facilement dans le mouvement même du texte, s’adapte à sa manière de faire. Parlera-t-on de méthode ? Certes, ce commentaire « est très consistant et documenté, parfaitement informé de l’histoire de l’interprétation ainsi que de la théorie et de la pratique sémiotiques » ; par ces mots de la postface, Jean Calloud indique la « méthode » : celle de la théorie et de la pratique sémiotiques. Le commentaire proposé de l’Ap s’appuie certes sur cette approche, mais sans lourdeur technique aucune ; point n’en est besoin tant la manière de faire de la sémiotique, ici adaptée, semble entrer en connivence avec l’écriture du dernier livre de la Bible. Étonnant !

Cet excellent ouvrage provient de la recherche de J.D. à partir de 1998 jusqu’à sa mort en 2005. Écrits partiels et notes furent repris ces dernières années par I.D. (dont la thèse de doctorat sur le Témoignage selon l’Apocalypse de Jean est parue en 1997 chez Gabalda) avec l’encouragement de Jean Calloud, pour aboutir aux deux tomes parus en 2010. Construit comme une lecture suivie du texte johannique unité après unité (la structure littéraire du livre apparaît de fait dans la table des matières), les points d’attention qui permettent de s’attacher à l’organisation du parcours sont simples : visions, modalités d’énonciation, dynamique figurative. Des « repères » sont proposés à certaines étapes, qui font le point sur les parcours figuratif et narratif, et ressaisissent les avancées du livre.

Tout ceci introduit de manière très vivante à ce qui se passe dans l’Apocalypse de Jean. Tout d’abord, une présence qui n’est pas saisissable s’offre d’elle-même, surtout par le moyen des visions mais pas seulement, selon son mouvement propre : la présence de Dieu même et du Christ-Fils de l’homme-Agneau-Cavalier… Ensuite, le lecteur de l’Ap est introduit au mystère d’un entre ciel et terre, par un travail sur le langage porté aux limites de lui-même, et par un rapport nouveau entre le visible et l’audible. On apprend par là une manière – la bonne – de prendre le livre de l’Ap. Au fond, l’expérience de la lecture, ici, est expérience même de révélation : la victoire déjà acquise retourne complètement la perception des événements sur la terre, faisant entrer dans l’intelligence du mal et de la violence qui les anime par le fait même de la nouveauté de ce qui est révélé : la ville, l’épouse de l’Agneau.

De manière très intéressante, J. Calloud, en une postface de quelques pages, réfléchit sur la manière dont l’Apocalypse de Jean oblige à repenser la théorie du signifiant, et suggère la finalité de celui-ci, dans ce livre : un corps à venir.
(Jean-Marie Carrière)
Niveau de lecture : moyen
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org