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Fin des temps
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Prophètes
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Vermeylen Jacques
Les prophètes de la Bible et la fin des temps
2-204-09251-7
Les prophètes de la Bible et la fin des temps
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Par Jacques Vermeylen (éd.)
 
Jacques Vermeylen (éd.)
Les prophètes de la Bible et la fin des temps

XXIIIe Congrès de l’ACFEB (Lille, 24-27 août 2009). –
« Lectio divina » n° 240, Le Cerf, Paris, 2010, 412 p., 32 €

Les congrès de l’Association catholique française pour l’étude de la Bible (ACFEB) ne sont pas toujours sensibles aux questions qui se posent dans la société. Ce n’est pas le cas ici, où celle de la fin du monde (ou d’un monde) est à l’horizon ; on a cherché à comprendre comment la littérature biblique y répond.

D’entrée de jeu, J. Vermeylen propose une lecture d’ensemble du livre d’Isaïe, en prenant comme clé de lecture le qualificatif « visionnaire » attribué au prophète dès l’ouverture. Cette capacité à voir clair est une caractéristique essentielle du livre où se croisent et se mélangent la lucidité face à la situation dramatique que personne ne veut regarder en face et la vision d’un avenir lumineux vers lequel Yhwh guide son peuple.

Plus historiques, les trois interventions suivantes se consacrent aux livres de Jérémie, d’Ézéchiel et des Douze. P.-M. Bogaert montre comment, au fil des relectures, essentiellement intra bibliques, des textes jérémiens, une tension voit le jour entre annonce et accomplissement des oracles et une vision de l’histoire qui prépare à sa manière (à moins qu’elle ne s’en inspire) la conception eschatologique d’écrits apocalyptiques, celui de Daniel en premier. C. Nihan se centre sur la formation d’Ez 33–39 à l’époque du second Temple. Ce parcours tend à montrer comment les prêtres sadocides impriment leur vision eschatologique à l’ensemble du livre, en déplaçant l’horizon du futur proche vers la victoire finale de Yhwh sur les nations qui s’opposent à lui et à Israël. Ce thème, synonyme du jugement des nations et donc de salut pour le peuple élu, se retrouve également dans l’expression « jour de Yhwh », qui traverse l’ensemble des Douze et que J.-D. Macchi explore comme facteur de l’unité du livre, mais aussi comme motif théologique qui évolue au cours de l’histoire d’Israël : du jour de jugement du peuple à celui de son salut.

P. Abadie s’intéresse pour sa part à la représentation du temps dans le livre de Daniel. Complexe, elle joue à différents niveaux car l’histoire et la fiction historique s’entremêlent, donnant lieu à une véritable interprétation du temps de crise vécu et raconté. La parole prophétique (qui attend d’être vérifiée historiquement) laisse la place à la vision apocalyptique qui n’a pas besoin d’authentification et ouvre donc plus immédiatement à l’espérance d’un monde meilleur.

C. Coulot soigne la transition entre le Premier et le Nouveau Testament en proposant une réflexion sur l’eschatologie telle qu’elle apparaît dans les manuscrits de la mer Morte. S’enracinant dans l’Écriture, la réflexion prend essentiellement trois directions, témoignage d’une intense espérance messianique : 1) un nouvel Élie, annoncé par la finale de Malachie ; 2) un messie apocalyptique, conformément à Is 61,1-3 ; 3) un prophète comme Moïse, selon Dt 18,18-20. Dans le N.T., on retrouve ces éléments, mais aussi de nouveaux, comme le montre J. Bernard à travers l’étude de Mc 12,18-27. Là, se déploie la portée eschatologique de la prophétie. Si les prophètes du passé sont relus pour ouvrir au futur, Jésus enrichit cette relecture en parlant de la vie renouvelée dans le Royaume du Père et du pardon nécessaire à cette vie nouvelle, pleinement humaine. Cela dit, il ne faut pas oublier la signification première du terme « apocalyptique ». C’est É. Cuvillier qui le rappelle, en présentant ce genre littéraire particulier – dans lequel s’insère le livre de l’Apocalypse – qui est avant tout une façon de résister spirituellement et de contester l’ordre impérial. Cette littérature n’annonce pas tant la fin « du monde » que la fin « d’un monde » où l’ordre établi par la séduction ou la répression tend à déshumaniser l’humain.

Au tournant du IIe siècle, la réflexion christologique se développe. C’est alors que le titre de « prophète » attribué à Jésus est abandonné. Cette appellation, en effet, ne se prête ni à la prédication dans le monde païen ni dans le monde juif : trop « judéo-chrétienne » pour les uns, elle ouvre la porte à l’accusation de fausse prophétie, pour les autres. C’est ce que montre D. Marguerat qui compare l’utilisation du terme « prophète » dans la source Q et dans les évangiles de Matthieu et Luc.

Plus dogmatique, le texte de B. Van Meenen s’interroge sur l’accomplissement de la prophétie en termes de nouveauté. Même réitérée, la parole prophétique n’est pas pour autant simple répétition. En s’adaptant aux diverses circonstances, son accomplissement ouvre l’humain à une espérance toujours renouvelée dans l’histoire avant de se tourner vers un au-delà.

La dernière partie de l’ouvrage comprend sept comptes rendus de séminaires sur des textes d’Ézéchiel, Amos, Malachie et Luc.

Souvent fort technique et à dominante historique, l’ensemble est riche et bien documenté. Il fournira au lecteur des pistes de réflexion stimulantes pour aborder la complexité de la littérature prophétique et ses relectures postérieures, mais aussi pour voir son actualité ; les réponses bibliques sont certes anciennes mais elles n’ont perdu ni en finesse ni en pertinence. (Elena di Pede)
Niveau de lecture : exigeant
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org