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Bible
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Littérature antique
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Rouillé d'Orfeuil Matthieu
La littérature antique à la lumière de la Bible
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La littérature antique à la lumière de la Bible
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Par Matthieu Rouillé d'Orfeuil
 
Matthieu Rouillé d’Orfeuil
La littérature antique à la lumière de la Bible

Téqui, Paris, 2010, 144 p., 14,50 €

Passionné de littérature grecque, M. Rouillé d’Orfeuil (M.R.O.), professeur de théologie au séminaire de Fréjus-Toulon, souhaite renouveler l’approche des textes bibliques en les replongeant dans le milieu intellectuel et littéraire large du monde contemporain, notamment gréco-romain. Des parallèles intéressants et parfois novateurs avec certains textes de l’A.T. sont alors établis, tant au niveau des grands genres littéraires (épopée, cosmogonie, tragédie) que des thématiques ; puis quelques notions essentielles du N.T. (pauvreté de Dieu, esprit et inspiration, corps) sont rapprochées des réflexions de deux auteurs contemporains du Ier s. apr. J.C., Sénèque et Plutarque. Ces parallèles ont l’avantage d’attirer notre attention sur des grandes constantes anthropologiques qui traversent les cultures et leur littérature. Par ailleurs, l’originalité biblique est clairement soulignée ; et si la surprise est parfois au rendez-vous, le rapprochement suscite toujours la réflexion.

Une certaine perplexité gagne tout de même assez rapidement le lecteur : la périodisation des genres littéraires en Grèce est réelle, mais probablement pas assez nuancée ; quant aux textes bibliques, on sait que leur datation est souvent si difficile, brouillée par le phénomène des relectures et réécritures, qu’on ne sait plus que penser d’un rapprochement Genèse/Hésiode. La tentation de lire une influence n’est pas absente ; de ce point de vue, le sous-titre du livre prend parti (« Homère a-t-il connu Moïse ? »), évoquant l’antique thème juif du « larcin des Grecs », même si le texte lui-même est heureusement plus réticent, surtout en ce qui concerne le N.T.

M.R.O. est bien au fait de recherches récentes en histoire des religions et de la littérature, mais il les accueille trop souvent sans critique et les conjugue un peu imprudemment. Quant aux derniers travaux en exégèse biblique, ils restent partiellement ignorés. Ainsi les rapprochements des Vies de Plutarque avec les évangiles, comme des lettres de Sénèque avec celles de Paul ont donné lieu à des études autrement fouillées et nuancées. M.R.O. se cite souvent lui-même, ce qui donne parfois l’impression d’une thèse personnelle qui manque de confrontation critique. De fait, si la réflexion sur la question de l’inspiration chez Plutarque (envisageant notamment le daimôn de Socrate) est extrêmement suggestive, les rapprochements à propos des paroles de la Cène, d’abord évocateurs, tournent vite à une construction compliquée et invraisemblable.

Enfin, il est indéniable que ce livre, parce qu’assez court, propose un florilège de textes qui peinent à rendre compte du foisonnement littéraire des deux cultures et de l’extraordinaire complexité de leur rencontre.

Pourtant nous devons reconnaître l’intérêt d’une proposition qui découvre un réel universalisme des réalités anthropologiques, religieuses, psychologiques voire psychanalytiques communes, et qui tente de reconnaître dans la sagesse humaine tout ce qui peut « nourrir utilement la foi chrétienne » ; la raison dans ce qu’elle a de plus haut et de plus humanisé ne saurait s’opposer à la foi. En tenant compte de ces limites, nous sommes redevables à M.R.O. de proposer un travail certes contestable, mais stimulant, qui permet d’éclairer sous un autre angle encore le texte biblique et son inépuisable richesse. (Roselyne Dupont-Roc)
Niveau de lecture : moyen
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org