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Tempêtes
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Reynier Chantal
Tempêtes : quatre récits bibliques. L’homme, la nature, la mort
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Tempêtes : quatre récits bibliques. L'homme, la nature, la mort
Recension
 
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Par Chantal Reynier
 
Chantal Reynier
Tempêtes : quatre récits bibliques. L’homme, la nature, la mort

« Lire la Bible » n° 167, Le Cerf, Paris, 2011, 274 p., 22 €

Avec ce livre, C. Reynier (C.R.), enseignante au Centre Sèvres (Paris), nous invite à vivre une nouvelle traversée maritime et biblique (voir CE n° 148, 2009, p. 70). Elle s’intéresse ici à quatre récits : Jonas 1–2, la tempête apaisée (Mt 8,18.23-27 ; Mc 4,35-41 ; Lc 8,22-25), la marche sur la mer (Mt 14,22-34 ; Mc 6,45-53 ; Jn 6,16-21) et la traversée de Paul vers Rome (Ac 27,1 – 28,16). Son projet est de montrer l’originalité de la symbolique que la Bible tire de la tempête. En effet, la tempête, jamais traitée pour elle-même, a le rôle d’un acteur et révèle quelque chose de l’identité des personnages qui la subissent : Jonas le prophète, Jésus le Messie, Paul l’Apôtre. Bien différente des écrits gréco-latins, « la Bible ne cherche pas à enjoliver ses récits ni à les dramatiser […], elle analyse ce phénomène du point de vue de ceux qui le vivent pour en dégager une symbolique qui concerne tout homme du fait de son appartenance à la nature » (p. 235).

Pour chaque récit, la méthode est double. D’une part, C.R. propose une étude historique et littéraire. D’autre part, elle fait une comparaison avec la littérature gréco-latine pour comprendre leur enracinement culturel et saisir leur originalité et leur actualité. La documentation est abondante (voir bibliographie et cartes en fin d’ouvrage).

Dans son premier chapitre, C.R. repère que les caractéristiques des récits gréco-latins avec un modèle-type, souvent hyperbolique, hérité de l’Odyssée. Les récits bibliques s’en détachent. Le conte de Jonas comporte des éléments qui éveillent la curiosité du lecteur : la tempête très précisément localisée, Jonas endormi, l’arrivée du gros poisson. Le lecteur est invité à lire l’épisode « existentiellement » (p. 94). Il s’agit d’un enseignement sur la traversée de l’épreuve à laquelle Dieu arrache l’homme. C.R. commente ensuite brièvement le « signe de Jonas » vu par Jésus (Mt 12,38-42 et 16,1-4 ; Lc 11,29-32).

Les deux récits évangéliques sur le lac de Galilée mettent l’accent sur l’identité de Jésus Messie. La tempête apaisée se termine de façon abrupte par la question de disciples : « Qui est-il donc… ? » Le récit de la marche sur la mer focalise lui aussi sur Jésus et la révélation de sa divinité. Quant au récit du voyage de Paul vers Rome, outre sa valeur documentaire pour l’histoire de la navigation dans l’Antiquité, il a un sens symbolique et permet de construire le personnage de Paul comme apôtre en route vers Rome et vivant sa passion en écho à celle de Jésus.

Sans être un marin chevronné, le lecteur trouvera intérêt à découvrir (si ce n’est déjà fait dans les autres ouvrages de C.R.) que les indications maritimes sur la navigation donnent une profondeur de sens aux textes bibliques. De plus le thème retenu s’appuie sur un corpus court et raisonnable de quatre récits. La fonction symbolique de la tempête est bien expliquée, qui rend intéressante l’interprétation des récits bibliques. On aurait pu s’attendre à un examen plus circonstancié du modèle traditionnel des récits de tempête (le chapitre premier comporte à peine dix-sept pages), puisqu’il sert à qualifier a contrario les récits bibliques. Néanmoins le lecteur peut sans crainte s’embarquer pour une traversée prometteuse ! (Christophe Raimbault)
Niveau de lecture:  aisé
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org