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Jésus de l'histoire
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Growler David
Petite histoire de la recherche du Jésus de l’histoire
2-204-08876-3
Petite histoire de la recherche du Jésus de l'histoire
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Par David Growler
 
David Growler
Petite histoire de la recherche du Jésus de l’histoire
 
Paris, Éditions du Cerf, « Lire la Bible » n° 160, 2009, 231 p., 23 €

La question du Jésus de l’histoire interpelle toujours la recherche. D. Growler (D.G.) propose ici un panorama de la quête du Jésus de l’histoire depuis trois siècles, sous le titre original What are They Saying About The Historical Jesus ? Son enquête est menée en deux temps.

Dans les trois premiers chapitres – premier temps –, D.G. montre comment on est passé de la quête du Jésus de l’histoire à une « reconstruction » de Jésus.

Il rappelle comment la question s’est engagée pendant le siècle des Lumières avec les travaux de Reimarus, puis s’est poursuivie avec ceux de Strauss et de Renan, promoteurs des Vies de Jésus. Avec Harnack, Wrede, Weiss, un premier tournant est pris. Pour les tenants de la « quête libérale », ce qu’on apprend de Jésus dans les évangiles est le reflet de la christologie de l’Église primitive. Il faut donc renoncer à découvrir le Jésus historique. Jésus apparaît plutôt comme un apocalypticien du premier siècle. Schweitzer entérinera ce renoncement, Bultmann l’exploitera en distinguant le Jésus du fait historique, le « proclamateur », du Christ de dimension historique, le « proclamé ». Käsemann poursuit cette pensée et cherche à qualifier la continuité entre l’être historique de Jésus et le Christ de la foi en ré-interrogeant les évangiles. Il est suivi par Fuchs et par Bornkamm. Vient alors la « nouvelle quête » du Jésus historique, selon le terme de Robinson. Les travaux de Conzelmann, de Jeremias et de Perrin alimentent cette quête.

Une nouvelle période s’ouvre en 1985 sous l’impulsion de Sanders, suivi par Funk, Wright et quelques autres : c’est « la troisième quête ». Il s’agit de resituer Jésus dans l’eschatologie apocalyptique juive du ier siècle, ou encore de trouver des preuves historiques pour conforter le credo chrétien et les évangiles canoniques. Autrement dit, on se situe dans une perspective apocalyptique. En fait, il ne s’agit plus d’une quête du Jésus historique, mais d’une entreprise de « reconstruction » de Jésus (J.D. Crossan). Cette nouvelle orientation ouvre l’interprétation et donne place à un dialogue plus riche avec le présent. D.G. décrit alors et critique les différentes reconstructions de Jésus. De là, il exprime sa conviction profonde qu’il reprendra en conclusion : la reconstruction du Jésus historique doit accepter que Jésus était à la fois un prophète apocalyptique et un prophète de la justice sociale et économique pour un peuple opprimé.

Le deuxième temps de l’enquête de D.G. est constitué de quatre chapitres qui proposent comme des fiches sur des courants récents et actuels. Le long chapitre consacré au Jesus Seminar explique le fonctionnement original de ce groupe de recherche fondé par R.W. Funk, ses principales résolutions et les critiques qu’il a essuyées. D.G., lui-même adhérent de ce groupe, prend une distance critique. Néanmoins, il reconnaît l’intérêt stimulant d’un tel groupe de recherche et d’analyse. Il aborde ensuite avec précision l’œuvre magistrale de J.P. Meier, Un certain juif, Jésus (quatre volumes parus, traduits aux éditions du Cerf). Dans cette approche historico-critique, le Jésus historique apparaît comme un prophète eschatologique et comme un « Jésus halakhique », un Juif pieux du premier siècle. Puis, D.G. s’intéresse à Crossan qui met en valeur les éléments socio-économiques du message de Jésus. Il présente Jésus comme un paysan juif méditerranéen marginalisé qui s’élevait contre la classe dominante et annonçait un royaume sans médiateur. Enfin, selon l’approche socio-historique de G. Theissen et A. Merz ainsi que l’approche socio-scientifique de W. Herzog, Jésus apparaît comme un agitateur social, prophète paysan, prophète de la justice du règne de Dieu, et pédagogue. Au terme, D.G. concède que la reconstruction du Jésus de l’histoire peut déconcerter voire troubler la foi dans un premier temps. Mais il affirme qu’à la longue, elle peut servir une foi plus authentique, plus solide et plus mûre.

Le lecteur appréciera donc ce panorama intéressant, honnête et agréable à parcourir. Il en sortira renforcé dans sa découverte de Jésus. Il pourra regretter néanmoins le parti pris quasi exclusif pour des auteurs anglo-saxons, comme le confirme la « bibliographie raisonnée » et commentée de la fin. Les « compléments bibliographiques, ouvrages en langue française » de la dernière page ressemblent à un addendum de dernière minute. Quoi qu’il en soit, l’ouvrage de D.G. est à recommander tant pour la recherche sur le Jésus de l’histoire que pour des repères concernant la foi en Jésus. (C. Raimbault)
Niveau de lecture : moyen


 
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org