1008
Origines
1007
Paroles de Jésus
1006
Source "Q"
85
Babut Jean-Marc
226
Dettwiler Andréas
228
Fricker Denis
110
Marguerat Daniel
227
Siffer Nathalie
La source des paroles de Jésus (Q). Aux origines du christianisme
2-8309-1341-5
Un tout autre christianisme, Traduction nouvelle et commentaire de la Source Q
2-220-06171-9
« Q » ou la source des paroles de Jésus
2-204-08388-1
La source des paroles de Jésus (Q). Aux origines du christianisme...
Recension
 
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(1) Par Andreas Dettwiler et Daniel Marguerat (dir.)
(2) Par Nathalie Siffer et Denis Fricker
(3) Par Jean-Marc Babut
 
(1) Andreas Dettwiler et Daniel Marguerat (dir.)
La source des paroles de Jésus (Q). Aux origines du christianisme
 
« Le Monde de la Bible » n° 62, Labor et fides, Genève, 2008, 401 p., 27 €.

 (2) Nathalie Siffer, Denis Fricker
« Q » ou la source des paroles de Jésus
 
« Lire la Bible » n° 162, Éd. du Cerf, Paris, 2010, 215 p., 20 €.

 (3) Jean-Marc Babut
Un tout autre christianisme, Traduction nouvelle et commentaire de la Source Q
 
Desclée de Brouwer, Paris, 2010, 303 p., 28 €.

Dans la recherche sur la composition des évangiles, notamment dans l’exégèse germanophone et anglophone, d’importants travaux sont consacrés régulièrement à ce qu’il est convenu d’appeler « La Source des Logia » ou « La Source des paroles de Jésus », désignée communément par la lettre « Q », abréviation du terme Quelle signifiant « source » en allemand. Ceci renvoie à la théorie dite « des deux sources », selon laquelle Mt et Lc auraient eu accès, d’une part à l’évangile de Mc, et d’autre part à une tradition comportant essentiellement des paroles de Jésus (voir CE n° 74, p. 12-13 et CE n° 103, p. 15). Même s’il ne s’agit que d’une hypothèse, sans appui documentaire spécifique dans un manuscrit antique, des reconstitutions précises de cette Source Q ont été suggérées. Une proposition critique a été publiée par un collectif international de chercheurs (« International Q Project ») en 2000 (James M. Robinson, Paul Hoffmann, John S. Kloppenborg (dir.), The Critical Edition of Q, Minneapolis (MN)/Leuven, Fortress Press/Peeters, 2000). Cette publication prend la forme d’un tableau synoptique, utilisant un système sophistiqué d’indications typographiques faisant apparaître différentes suggestions à partir du texte grec et aboutissant à un choix motivé. Elle comporte des traductions en anglais, allemand et français. Elle sert désormais de document de référence à de nombreuses études. L’année suivante, Frédéric Amsler a repris la traduction française qu’il avait donnée dans ce volume, pour la présenter avec quelques notes dans un livre destiné à un assez large public (Frédéric Amsler, L’Évangile inconnu. La Source des paroles de Jésus, Labor et Fides, Genève, 2001).

Trois ouvrages récents viennent enrichir la bibliographie en français sur ce sujet. On ne peut que s’en réjouir. Même si les options des auteurs se rejoignent sur bien des points (ne serait-ce que par leur prise en considération de la reconstitution mentionnée ci-dessus), chacune de ces publications mérite attention. Elles ne visent pas le même type de lectorat. Disons, globalement, que le premier ouvrage, publié en 2008, sous la direction d’Andreas Dettwiler et Daniel Marguerat, constitue vraiment un livre de recherche, comportant certains aspects assez techniques et rassemblant des contributions d’exégètes diversement situés, prenant à cœur de justifier leurs positions dans le cadre des débats actuels. Les deux autres publications, plus récentes et prenant en compte l’ouvrage de 2008, s’adressent à des lecteurs moins spécialisés : Nathalie Siffer et Denis Fricker offrent une description raisonnée des travaux récents portant sur la Source, en signalant les grands dossiers en discussion et en examinant quelques exemples, choisis pour leur valeur pédagogique. Quant à Jean-Marc Babut, il livre une synthèse plus personnelle, plus simple et plus ciblée, faisant ressortir ce que peut apporter à un lecteur d’aujourd’hui le contenu de cette Source. 

(1) L’ouvrage dirigé par A. Dettwiler et D. Marguerat regroupe des contributions rédigées par douze chercheurs en provenance des États-Unis, du Canada, du Japon et d’Europe réunis dans un projet de recherche et d’enseignement aux universités de Lausanne et Genève en 2006. Les sujets abordés sont divers, mais tous sont focalisés sur des particularités de la Source Q : histoire de la recherche (D. Marguerat) ; reconstruction de la Source (F. Amsler) ; sagesse et prophétie (J.S. Kloppenborg et M. Sato) ; composition du document (J. Schlosser) ; porteurs et destinataires de la tradition (T. Schmeller) ; les femmes (A.-J. Levine) ; le jugement d’Israël (J. Verheyden) ; la Torah (A. Dettwiler) ; l’Évangile de Matthieu (U. Luz) ; l’Évangile de Luc (C. Heil) ; les débuts de l’interprétation de la vie et de l’œuvre de Jésus (J. Schröter).

Dans la préface, les directeurs de la publication offrent des éléments intéressants pour une mise en perspective de ces contributions. L’article de D. Marguerat sur l’histoire de la recherche donne un aperçu fort suggestif des questions qui restent ouvertes aujourd’hui : la reconstruction du texte, sa composition et son genre littéraire, l’identification des destinataires, l’intérêt de ces travaux pour la quête du Jésus de l’histoire. On peut noter que sur certains points, les prises de positions exprimées par les auteurs ne sont pas identiques, ce qui permet de prendre la mesure de certains débats : ainsi, Kloppenborg et Sato n’ont pas la même appréciation sur la place à accorder à la prophétie et à la sagesse dans la Source.

En annexe (p. 321-344) est reproduite, avec quelques retouches, la traduction de F. Amsler dans l’édition critique de 2000. On appréciera l’ampleur de la bibliographie (28 pages), ainsi que la présence de deux index : textes et auteurs cités.

Un ouvrage consistant et rigoureux, à recommander à des personnes déjà initiées à l’exégèse des textes bibliques et qui veulent s’informer de manière approfondie sur la recherche actuelle sur la composition des évangiles.

Une petite suggestion bibliographique. On pourrait signaler la contribution de Michel Trimaille sur « Jésus et la sagesse dans la Quelle », dans Jacques Trublet, (dir.), La Sagesse biblique. De l’Ancien au Nouveau Testament, Cerf, Paris, 1995, p. 279-319 (voir l’appréciation de Jean-Pierre Lémonon dans CE n° 119, p. 54).
Niveau de lecture : exigeant

(2) N. Siffer et D. Fricker sont tous les deux enseignants à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg. Leur démarche se déploie en six étapes, de manière très progressive. Le premier chapitre situe la composition des quatre évangiles dans leur cadre littéraire et historique (avec, en finale, des éléments de réflexion sur le genre littéraire « évangile »). Vient ensuite une présentation de l’histoire de la recherche sur la question synoptique, aboutissant à des considérations sur la théorie des deux sources. Le chapitre 3 est consacré à la reconstitution du document Q (avec une attention particulière accordée aux questions de méthode). Les trois derniers chapitres abordent des thèmes plus précis liés au contenu de la Source : la présentation de Jésus, le portrait de Dieu et le milieu de rédaction du document (enquête comportant des considérations sur l’eschatologie et sur l’ecclésiologie). Les auteurs optent pour une origine de Q dans un milieu particulier au sein du judaïsme « en tension avec un judaïsme dit majoritaire ».

La conclusion d’ensemble reste prudente. Elle reprend quelques données, notamment sur le rapport à l’histoire du salut (par la référence à Jean le Baptiste), sur la figure centrale de Jésus et le portrait positif de Dieu, sur la question délicate des relations entre Q et le judaïsme. Les dernières pages font écho à la diversité des positions en présence sur le recours à cette source dans la recherche sur le Jésus de l’histoire.

Par la grande quantité d’informations et de réflexions proposée de manière claire en peu de pages, ce livre pourra rendre de grands services pour prendre connaissance de tout un pan de la recherche exégétique actuelle. Il comporte une bibliographie sélective de cinq pages de titres en français, allemand, anglais. Les auteurs, dans leur exposé, ont la préoccupation de rendre compte des thèses qui font l’objet d’un relatif consensus, en signalant les questions qui restent largement débattues.

Aux pages 55 à 72 (à l’intérieur du chap. 3) est reproduite la traduction de la Source par F. Amsler dans l’édition critique de 2000, dans une présentation typographique simplifiée. Pour en faciliter la consultation, cette traduction aurait pu être placée en annexe.

On peut aussi souligner l’intérêt de multiples encadrés : le Fils de l’homme, l’Esprit, les puissances démoniaques dans Q… Une liste de ces encadrés aurait gagné à être ajoutée à la table des matières.
Niveau de lecture : moyen

(3) J.-M. Babut est bien connu pour son engagement inlassable dans le travail œcuménique autour de la Bible. Il est particulièrement attentif aux questions de traduction. On lui doit déjà une monographie intitulée À la recherche de la Source. Mots et thèmes de la double tradition évangélique (coll. « Initiations bibliques », Cerf, Paris, 2007 — l’auteur signale que le titre aurait dû être : À la découverte de la Source…). Il y renvoie régulièrement dans le présent ouvrage, dont l’essentiel consiste, en conformité avec le sous-titre retenu, dans la proposition d’une nouvelle traduction de la Source (faisant l’objet d’un chapitre particulier, p. 19-37) et dans un commentaire suivi des différents ensembles qui la constituent.

L’auteur indique lui-même que sa traduction « vise à être accessible au grand public ». À titre d’exemple, les premiers mots du Pater sont rendus ainsi : « Père, Que l’on sache quel Dieu tu es ! Que ton monde nouveau advienne ! » Le commentaire permet de prendre connaissance des arguments qui conduisent à une telle proposition.

En annexe sont offertes une « petite bibliographie » (deux pages) et une « petite concordance de la Source » (huit pages d’un index des principaux termes français utilisés dans la traduction).

La démarche adoptée conduit à mettre le lecteur très vite au contact de la Source elle-même. Les chapitres introductifs sont brefs. Ils évoquent les conditions de diffusion de la tradition évangélique et attirent l’attention sur quelques indices permettant de penser à l’existence d’une source parallèle à l’évangile de Marc. Dans le commentaire, l’auteur se montre attentif non seulement au vocabulaire utilisé et aux thématiques particulières à cette Source, mais aussi au contexte dans lequel sont placées les traditions recueillies sur Jésus (il parle de « collection de collections »).

Au terme du parcours, un chapitre synthétique intitulé « coup d’œil rétrospectif » reprend les principaux aspects développés dans la Source. Le dernier chapitre, portant le titre « coup d’œil prospectif », change délibérément de registre pour poser de manière frontale des questions brûlantes et émettre des points de vue sur la situation actuelle. Ainsi, l’auteur s’interroge : « Deux mille ans après Jésus, ses paroles concernent-elles encore l’humanité d’aujourd’hui ? » Plus loin, il affirme : « L’éthique radicalement nouvelle, à laquelle Jésus appelle, met en marche une dynamique qui tranche avec l’aspect profondément statique de la religion en place. » Une note précise que « les religions monothéistes ultérieures, “christianisme” et islam, partagent ce caractère statique avec le judaïsme contemporain de Jésus ».

Ces dernières pages apportent un éclairage sur le titre de l’ouvrage, incontestablement accrocheur (« Un tout autre christianisme »). Elles montrent que, pour l’auteur, le fait de s’intéresser à la lecture de la Source Q n’est pas une simple question d’érudition académique. Reconnaissons avec lui qu’il y a, sur bien des points, matière à débat. (Michel Berder).
Niveau de lecture : facile
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org