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Evangile de Luc
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Bovon François
L’Évangile selon Saint Luc 19, 28—24, 53
2-8309-1261-6
L'Évangile selon Saint Luc 19,28-24,53
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Par François Bovon
 
François Bovon
L’Évangile selon Saint Luc 19,28-24,53

Commentaire du Nouveau Testament 2e série IIId, Labor et Fides, Genève, 2009, 556 p., 58 €.

Voici le quatrième et dernier volume d’un commentaire de l’Évangile de Luc dont on peut dire sans crainte d’être démenti qu’il restera pendant de longues années un ouvrage de référence dans l’exégèse francophone du N. T. François Bovon (F.B.), dont la carrière universitaire s’est déroulée à la Faculté de théologie de l’université de Genève et à la Divinity School de l’université de Harvard, s’est fait connaître par des travaux portant, notamment, sur l’œuvre de Luc et sur les écrits apocryphes chrétiens anciens. Les trois premiers volumes de ce commentaire sont parus respectivement en 1991, 1996 et 2001. L’ensemble totalise plus de 1 800 pages. Dans l’avant-propos de ce dernier tome, l’auteur confie que la rédaction de cette œuvre a occupé une bonne partie de sa vie. Le lecteur, admiratif, n’a aucune peine à le croire !

La section du récit évangélique ici commentée est découpée en vingt-six péricopes. La première séquence (Lc 19,28-40) est intitulée : « La marche royale ». La dernière unité (Lc 24,50-53) porte comme indication : « L’harmonie des adieux ». Parmi autres titres, on peut noter celui de Lc 22,15-20 : « La Cène entre la Pâque et le Royaume ». Le traitement de chaque péricope se déploie suivant un schéma facilement repérable : traduction (avec quelques précisions en note), bibliographie (copieuse), brève introduction situant le texte dans son cadre littéraire, « analyse » synchronique et diachronique (s’ouvrant généralement par la proposition d’une structure détaillée), « explication » parcourant le texte verset par verset, « histoire de la réception » (de longueur variable suivant les passages étudiés), conclusion. Il est sûr que pour percevoir la pertinence de l’ensemble du commentaire une lecture intégrale est requise, mais la qualité de la présentation adoptée permettra au lecteur d’entreprendre par la suite des consultations ponctuelles sur tel ou tel élément du récit évangélique. On peut souligner dans cette perspective l’intérêt des trois index fournis à la fin du dernier volume, qui renvoient à l’ensemble du commentaire publié : index biblique Luc–Actes, index grec, index thématique. Un regret, que l’auteur lui-même confesse : pour des raisons de temps, il n’a pu dans ce volume composer de brèves synthèses sous forme d’« excursus », genre littéraire qu’il appréciait lui-même quand il était étudiant.

« L’exégèse dialogue avec l’histoire et la théologie », affirme F.B., en commentant le récit lucanien de la mort et de la sépulture de Jésus (p. 400). Cette phrase rend bien compte de sa position de chercheur. Avec une grande rigueur, il scrute chaque texte pour en découvrir la dynamique en fonction du cadre dans lequel il a été composé. Pour le récit de la Passion, son hypothèse est que Luc a retravaillé le texte de Marc et a utilisé une tradition qui remonte à un Bien propre, aboutissant ainsi à une présentation originale fondée sur une « alternance des sources ». En se livrant à des comparaisons synoptiques, F.B. ne se contente pas d’étudier les autres évangiles canoniques. Il accorde de l’intérêt, par exemple, aux interprétations transmises par l’Évangile de Pierre. Sur certains sujets qui font l’objet de discussions parfois vives entre spécialistes (critique textuelle, philologie, structure des péricopes, historicité de telle parole), il décrit avec soin les positions en présence. Dans certains cas, il ne craint pas d’exprimer ses hésitations en reconnaissant qu’on n’a pas toujours les moyens de trancher.

L’une des caractéristiques de ce commentaire est la place accordée à la postérité des textes. Certains noms reviennent régulièrement : Ambroise, Augustin, Bonaventure, Luther, Calvin. F.B. reconnaît explicitement que son attachement personnel à la tradition réformée lui donne un accès privilégié à ce dernier auteur qu’il cite volontiers en conservant l’orthographe de l’époque. Dans ce parcours de l’histoire de la réception du texte biblique, il n’en reste pas à de pures considérations d’érudition. Il dénonce avec vigueur des interprétations qui comportent de graves dangers (d’antisémitisme, par exemple). Il exprime aussi ses émotions devant la qualité d’œuvres d’art inspirées par des scènes évangéliques (les dessins de Rembrandt). C’est dire que la lecture de ce commentaire se recommande non seulement par le sérieux de sa démarche scientifique mais aussi par la richesse des réflexions qu’il propose. On ne peut que souhaiter qu’il puisse rejoindre un large public. (M. Berder)
Niveau de lecture : exigeant
 
Lc 19,28-24,53
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org