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Autoportrait
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Saint Paul
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Tassin Claude
L’Apôtre Paul. Un autoportrait
2-2200-6100-9
L'Apôtre Paul. Un autoportrait
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Par Claude Tassin
 
Claude Tassin
L’Apôtre Paul. Un autoportrait

« Théologie à l’Université » n° 8, Desclée de Brouwer, Paris, 2009, 324 p., 27 €.

Remarquable, tant par la qualité scientifique de son contenu que par la clarté et l’aisance de son écriture, ce livre ne manquera ni de passionner un large public ni de figurer en bonne place sur la liste des productions marquantes de l’année Saint-Paul ! Fruit de nombreuses années de recherche et d’enseignement, la présentation originale et nuancée de la personnalité de l’Apôtre qu’il nous propose témoigne d’un long et fécond compagnonnage de son auteur avec le Paul des épîtres.

Que dit Paul de sa rencontre avec le Christ ? Comment comprenait-il son expérience d’apôtre missionnaire, sa « vocation propre » – « ce qui n’est pas la même chose » pose d’emblée C. Tassin (p. 11) – , sa responsabilité envers les communautés qu’il avait fondées ? Quels étaient ses liens avec le monde juif, avec le monde grec ? Plus généralement, quelles traces de son aventure, « une aventure humaine marquée par la découverte d’un Évangile sans cesse reconfiguré au fil des rencontres et des situations » (p. 300) peut-on repérer dans ses épîtres ?

Telles sont les questions qui président, au fil des huit chapitres qui composent l’ouvrage, à l’élaboration d’un « autoportrait » de l’Apôtre, un titre à entendre non pas au sens où, à l’instar de certains peintres, Paul nous livrerait directement son visage, mais plutôt comme une proposition d’interprétation de son itinéraire et de sa pensée.

Solidement enracinés dans une lecture précise et fine – particulièrement remarquable en ce qui concerne la deuxième lettre aux Corinthiens – de nombreux passages des sept épîtres de Paul reconnues comme « authentiques », les différents éléments de cet autoportrait ne sont retenus qu’une fois passés au crible des débats exégétiques, passés et présents ! Ainsi, par exemple, la pertinence des catégories de « conversion » et/ou de « vocation » et leur lien avec l’événement du chemin de Damas est-elle longuement discutée, à la lumière de son arrière-plan scripturaire (le recours à la figure du Serviteur et à celle de Jérémie) d’une part, et de la relecture christologique que Paul en fait, d’autre part. De même, c’est à une belle explication de la logique paulinienne de l’Alliance nouvelle que conduit l’étude très documentée de l’arrière-plan juif sur lequel Paul se présente comme chargé par Dieu du « ministère d’une alliance nouvelle », expression qu’il retraduit à l’adresse des Corinthiens d’origine païenne en « ministère de la réconciliation ».

Plusieurs chapitres explorent également des aspects inédits, voire insolites, de la personnalité de Paul : son sentiment d’être à la fois « père et mère » des Églises qu’il a fondées, son rapport à l’argent, son recours au langage cultuel pour dire le sens de son apostolat, son combat inlassable contre les adversaires de l’Évangile, un combat dont la prière a constitué une arme essentielle.

Mais l’enjeu essentiel n’est-il pas dévoilé les dernières lignes de la conclusion : « De fait, l’Apôtre des nations, à travers ses confidences autobiographiques et ses fulgurances théologiques ne cesse pas, grâce à son envergure humaine et à l’Esprit inspirateur des Écritures, d’interpeller et de modeler la mission de l’Église et de ses ministres » (p. 303) ? (O. Flichy)
Niveau de lecture : moyen
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org