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Débuts du christianisme
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Dévotion
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Jésus
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Hurtado Larry W.
Le Seigneur Jésus Christ. La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme
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Le Seigneur Jésus Christ. La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme
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Par Larry W. Hurtado
 
Larry W. Hurtado
Le Seigneur Jésus Christ. La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme

Paris, Éditions du Cerf, « Lectio divina », 2009, 784 p, 69 €.

Y a-t-il place dans les Cahiers Évangile pour présenter une « brique » de quelque 800 pages ? Oui, si le livre, riche d’enseignement, peut être un apport essentiel à un public averti, tant par le thème abordé et que par la façon pédagogique de le faire. Or, l’ouvrage de L. Hurtado (L.H.), professeur de N. T. de l’université d’Édimbourg, est de ceux-là ; comme l’indique une volumineuse bibliographie, l’auteur a labouré son champ d’étude depuis plus de vingt ans. Il étudie le rôle de Jésus non seulement dans la christologie et le culte des premiers chrétiens, mais aussi dans leur vie et leur pensée religieuse, et cela, des années 30 de notre ère à l’an 170 environ. Il commence au chap. 2 par le christianisme de Paul, poursuit avec un « christianisme juif en Judée », continue avec la source des Paroles (Q) et la « première dévotion à Jésus ». Le chap. 5 analyse les évangiles synoptiques, et le chap. 6, les « crises et la christologie » du christianisme johannique. Dans « d’autres livres anciens sur Jésus » sont examinés ensuite les évangiles de l’enfance, ceux de Pierre, de Thomas… Au chap. 8, est étudié le christianisme du IIe s., dont Colossiens, Éphésiens, Pastorales, Hébreux. Dans « Diversité radicale », sont examinés Marcion, ainsi que les textes gnostiques. Le chap. 10 achève l’étude en traitant de la dévotion proto-orthodoxe. Enfin, après une postface inédite où l’auteur fait l’état de la réception de son travail depuis la parution de l’original anglais en 2003, des index et une très riche bibliographie complètent heureusement l’ouvrage. Signalons aussi ceci : plusieurs chapitres s’achèvent par une récapitulation bienvenue.

Longtemps régna la thèse de l’exégète allemand Bousset (Kyrios Christos, 1913), selon laquelle ce serait dans des communautés « non juives hellénistiques » et, dans un second temps, que l’on aurait considéré le Ressuscité comme le Sauveur divin ; l’École des religions voyait dans cette filiation divine une influence de l’environnement religieux païen du Ier s. La longueur de l’ouvrage de L.H. s’explique notamment par le soin avec lequel ce dernier rend compte de tous les travaux rencontrés sur sa route, et le soin avec il s’en nourrit ou les réfute, plus ou moins totalement.

Le premier chapitre (p. 41-92), « Facteurs et influences », propose la « théorie » de L.H. qui s’enracine sur l’analyse historique réalisée dans les chapitres suivants. C’est dans le monothéisme absolu du judaïsme que s’inscrit la dévotion à Jésus Christ. Celle-ci « constituerait une forme variante », « une forme binitaire » de monothéisme absolu ; les premiers chrétiens se sentirent « obligés par Dieu » d’accorder une telle vénération à Jésus ressuscité ; le Dieu Un leur demandait que d’honorer Jésus comme Seigneur ». Les chrétiens ne rendent pas un culte à une seconde divinité ; il y a certes «deux figures distinctes » (Dieu le Père et Jésus), mais « la relation dans laquelle elles sont situées semble vouloir éviter un dithéisme (deux dieux), et la pratique de dévotion témoigne d’un souci identique (ainsi les prières adressées à Dieu par Jésus ou au nom de Jésus) ». Cette « innovation sans équivalent » à l’intérieur du monothéisme absolu est « très probablement l’effet d’expériences religieuses marquantes chez les premiers chrétiens », lesquelles ne sont autres que ce qu’on nomme communément les apparitions pascales. Celles-ci ont donné aux croyants « la conviction que Jésus avait été admis dans la gloire céleste et que c’était la volonté de Dieu qu’il occupe une place extraordinaire dans leur dévotion ». Notons d’ailleurs qu’à l’encontre de la thèse de l’École des religions, bien des biblistes s’appuient depuis longtemps sur le « Marana tha » de 1 Co 16,22 pour affirmer que la Seigneurie de Jésus était déjà affirmée dans le culte des chrétiens de langue araméenne.

En ce premier chapitre (et la récapitulation des p. 91-92) se trouve condensée la thèse de L.H. Les chapitres suivants, énumérés ci-dessus, ne sont pas d’un moindre intérêt, notamment par l’analyse des différents textes scripturaires. Un exemple parmi d’autres : les quarante pages consacrées à la source des Paroles (Q) donnent une excellente synthèse des travaux qui y sont consacrés.

L’importance de ce travail de L.H. sur le « christianisme du premier âge » est capitale et je n’en donnerai ici qu’une raison. Parler du Christ, dans le dialogue avec le judaïsme ou avec des musulmans, en partant de la foi trinitaire et de l’incarnation, est à mon sens, infructueux. Il nous faut reprendre le cheminement de la chrétienté primitive : l’expérience pascale, l’affirmation que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus crucifié. Il nous faut resituer la foi en Jésus Seigneur et Fils de Dieu à l’intérieur du monothéisme strict de judaïsme : « Chema Israël… Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est Un » ; « Jésus est Seigneur ! » Pour autant, il n’y a pas au matin de Pâques deux dieux ou deux seigneurs. Là est la pointe de l’ouvrage d’Hurtado qui nous aide à rendre compte de notre foi : « Il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes » (1 Co 8,6). (Avis au lecteur : les p. 144-145 sont inversées). (H. Cousin)
Niveau de lecture : exigeant
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org