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Ngangura Manyanya Lévi
La Fraternité de Jacob et d’Ésaü (Gn 25-36). Quel frère aîné pour Jacob ?
La Fraternité de Jacob et d'Ésaü (Gn 25-36). Quel frère aîné pour Jacob ?
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Par Lévi Ngangura Manyanya
 
Lévi Ngangura Manyanya
La Fraternité de Jacob et d’Ésaü (Gn 25-36). Quel frère aîné pour Jacob ?

Genève, Labor et fides, « Actes et recherches », 2009, 400 p., 25 €

Professeur d’A. T. à l’Université Libre des Pays des Grands Lacs, à Ngoma, Lévi Ngangura Manyanya (L.N.M.) présente ici une reprise de sa thèse de doctorat soutenue à l’Université de Genève. La thématique de la fraternité, si présente dans le livre de la Genèse, est au cœur de cet ouvrage, qui se consacre à explorer l’histoire de Jacob et Ésaü, en tant qu’elle développe cette problématique, une fraternité mêlée de rivalité, une fraternité conflictuelle et douloureuse, à peine résolue à la fin de l’histoire, une thématique dont les échos dans le reste de la Bible, et dans l’histoire de sa réception sont importants.

La démarche exégétique a recours à l’analyse narrative tout en prenant en compte l’histoire rédactionnelle des chapitres 25–36 de la Genèse. L.N.M. examine d’abord l’organisation narrative du texte dans sa disposition canonique. Il distingue ensuite la version sacerdotale de cette histoire, qu’il analyse pour elle-même en ses caractères principaux, notamment autour de la question des mariages mixtes qui sont alors mis en rapport avec les positions deutéronomistes – et cela permet de situer la position des textes étudiés dans le débat du retour d’exil en Judée perse. L.N.M. en vient alors à l’examen de la version qu’il appelle prudemment « non sacerdotale » ; il y fait le même travail de caractérisation de cette tradition dans le cycle Jacob-Ésaü, en le centrant cette fois de manière plus nette autour de la rivalité fraternelle ; le chapitre s’achève par une étude des mentions de Séïr-Édom dans la Bible hébraïque. Les deux chapitres suivants sont consacrés à la fraternité conflictuelle de Jacob et d’Ésaü dans le reste de la Bible hébraïque d’abord, puis dans la littérature juive extra-canonique, avec un excursus sur le N. T.

Les analyses tendent en fait à montrer que l’identification d’Ésaü et d’Édom est secondaire dans le cycle de Jacob ; le « séïrite » primitif Ésaü serait plutôt un ancêtre de la Transjordanie du Nord que l’Édom méridional. Le cadre du texte canonique est fourni en fait par la rédaction non sacerdotale, que l’auteur situe du côté de Béthel, après la chute de Samarie ; elle est dominée par une thématique d’affrontement entre Jacob et son frère Ésaü, mais aussi avec son oncle Laban. L’auteur sacerdotal intègre l’histoire de l’ancêtre tribal dans le projet global qui raconte les origines d’Israël, sans toutefois trop changer la version antérieure ; il rattache Jacob aux « Abrahamides », il nuance la rivalité entre les deux frères, introduit la question des mariages comme point de départ du voyage de Jacob, et il réunit les deux frères lors de l’enterrement de leur père Isaac.

Dans la réception de l’histoire de la fraternité de Jacob et Ésaü, une revalorisation forte de Jacob s’opère en fait par un dénigrement excessif d’Ésaü dans la littérature juive extra-canonique, mais déjà auparavant dans les virulentes polémiques contre Édom chez plusieurs prophètes.

L’organisation de l’ouvrage est parfois un peu touffue, du fait de détours ou d’excursus pas assez séparés de la ligne du développement. Il s’agit d’une thèse, ce qui signifie un abord assez technique, mais sans excès. Les résultats obtenus sont solides et intéressants. Peut-être un développement plus conséquent sur l’effet de la lecture dans le contexte contemporain, notamment africain, auquel appartient L.N.M., aurait-il été bienvenu. (J.-M. Carrière)
Niveau de lecture : exigeant
 
Gn 25-36
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org