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Abadie Philippe
L’histoire d’Israël entre mémoire et relecture
2-204-09015-5
L'histoire d'Israël entre mémoire et relecture
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Par Philippe Abadie
 
Philippe Abadie
L’histoire d’Israël entre mémoire et relecture

« Lectio Divina » n° 229, Le Cerf, Paris, 2009, 240 p., 19 €.

L’archéologie moderne, dans les domaines où les documents bibliques interfèrent, est devenue une vraie science, en ce sens qu’elle s’est émancipée d’un rapport servile à la Bible, pour contribuer maintenant, avec les moyens qui sont les siens et qui sont désormais bien au point, à la quête moderne d’historicité. En témoigne, entre autres, le livre d’I. Finkelstein et N. A. Silbermann paru en 2002, dont le titre en traduction française (La Bible dévoilée) dépasse quelque peu le projet des auteurs (The Bible Unearthed, c’est-à-dire… « découverte, déterrée », avec une allusion à l’archéologie ; voir C.E. n° 121, p. 66 et n° 122, p. 62-65). L’ouvrage de Philippe Abadie (P.A.), professeur à la faculté de théologie de Lyon, s’efforce de répondre aux questions soulevées suite au succès de cet ouvrage, dans le débat qui nous occupe depuis plusieurs décennies sur le rapport entre Bible et histoire.

Le livre offre un point de vue équilibré et solide sur ce débat, grâce à trois atouts. D’une part, P.A. est un très bon connaisseur des dossiers historiques quelque peu cruciaux de la Bible, tout autant que des sources externes qu’il manie avec précision et pertinence. Et, de plus, il met à notre disposition une grande pratique du maniement de la critique littéraire (histoire des textes) et de la critique historique, selon une articulation féconde.

D’autre part, il prend le temps de nous introduire dans le débat sur Bible et histoire, grâce à deux bibliographies très bien ordonnées, l’une en tête du livre, plus globale, l’autre à la fin, très complète.

Enfin, et c’est surtout là l’apport du livre, il traite de manière exhaustive et vivante les dossiers historiques qui permettent de discuter l’hypothèse de La Bible dévoilée : les origines du peuple d’Israël en Palestine (pesant de manière critique les diverses hypothèses), la question de la prise de Jéricho comme symbolique de la « conquête », la taille réelle de la figure de Salomon, les récits concernant la « division » en deux royaumes, et la représentation du royaume des Omrides. On apprend beaucoup et de manière très pédagogique en ces chapitres.

À partir de ces études précises et fines, on comprend mieux comment on ne peut plus utiliser les textes bibliques comme documents pour l’histoire sans les avoir pesés d’abord à l’aune de la critique rédactionnelle, puis de la critique historique. Est ainsi mieux mise en évidence l’intentionnalité historienne propre aux auteurs bibliques, que nous ne pouvons plus confondre avec la quête moderne d’historicité. Là-dessus P.A. rejoint M. Liverani, La Bible et l’Invention de l’histoire (trad. fr. 2008, voir C.E. n° 131, p. 41-42 et n° 148, p. 69-70).

Reste peut-être une question, après cette mise au point. La Bible n’est pas un document pour l’histoire au sens moderne du terme, certes ; elle peut cependant y contribuer, d’accord ; mais que signifie le fait que la matière propre à la Bible soit précisément l’histoire ? Comment doit-on alors lire la Bible ? Vaste question abordée par le congrès de l’ACFEB en 2005, et dont les actes ont été publiés dans Comment la Bible saisit-elle l’histoire ? (Le Cerf, 2007 ; voir C.E. n° 134, p. 50-53 et n° 148, p. 78). (J.-M. Carrière)
Niveau de lecture : moyen
 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org