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Artus Olivier
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Ferry Joëlle
L’identité dans l’Écriture. Hommage au professeur Jacques Briend
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L'identité dans l'Écriture. Hommage au professeur Jacques Briend
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Par Olivier Artus et Joëlle Ferry (dir.)
 
Olivier Artus et Joëlle Ferry (dir.)
L’identité dans l’Écriture. Hommage au professeur Jacques Briend

« Lectio Divina » 228, Le Cerf, Paris 2009, 404 pages, 42 €

Le P. Jacques Briend conjoint les compétences d’archéologue et d’exégète. Un premier ensemble de « mélanges » lui a été offert en 1998 dans la revue Transeuphratène au titre de spécialiste du Proche-Orient. Voici maintenant des études plus directement bibliques. Au nombre de dix-sept, elles balaient l’A.T. et le N.T. Le thème unificateur est celui de l’identité. Thème capital qui permet d’aborder le corpus biblique dans son originalité fondatrice pour les juifs et les chrétiens.

Concernant Israël et l’identité juive, l’approche historique de T. Römer sur la constitution de la Torah est un modèle de synthèse (voir ce C.E. p. 69-74). Synthèse aussi que celle de P. Abadie sur la figure plus récente d’Israël élaborée par le livre des Chroniques. Lorsque D. Noël part à la recherche des tribus d’Israël dans le cantique de Débora (Jg 5,14-18), on a droit à une enquête historique très fouillée (30 pages pour 5 versets), presque autant que A. Schenker examinant par la critique textuelle les diverses versions de la mort du roi Achab. À ces deux approches minutieuses, J.-M. Carrière oppose un parcours plus théologique et spirituel qui reprend la catégorie fondamentale d’alliance telle qu’elle s’affiche à la fin de la Torah, dans le Deutéronome.

Définir une identité, c’est aller au centre mais aussi examiner les bords. De ce point de vue, les contributions de O. Artus (sur Joseph en Égypte), J. Vermeylen et W. A. Beuken (sur les rapports avec les pays étrangers), J. Ferry (sur la « lettre aux exilés » en Jr 29), J.-D. Macchi (sur la participation d’Esther à des banquets non-juifs) apportent d’étonnants éclairages concernant la nécessaire tension entre Israël et les nations. La simple énumération précédente ne rend pas justice à ce qui fait l’intérêt de ces études : dans la diversité des témoignages littéraires, la question murmurée : « qui suis-je pour les autres ? » rebondit en « qui donc est notre Dieu (particulier) que nous confessons Dieu Un, créateur de l’univers ? ». Double interrogation dont les réponses varient suivant que l’on se situe sous l’ombre de l’exil à Babylone (VIe s. av. J.-C.) ou dans la confrontation avec l’hellénisme (IIe s. av. J.-C.). Dans ce dernier cas, l’identité s’affiche en face de la culture de l’autre  selon J. Asurmendi qui fait dialoguer le Siracide avec les stoïciens  ou bien se redéfinit dans des catégories nouvelles selon S. Ramond qui étudie le discours du livre de la Sagesse devant la mort (« les destinataires sont invités à méditer sur le païen, l’impie qui est en eux », p. 278). L’ensemble de ces contributions est varié et veut honorer la palette du canon hébraïque jusque dans ses limites (juives mais grecques avec la Sagesse). À l’aube du christianisme, selon l’étude de E. Puech, les Esséniens de Qumrân portent un regard rétrospectif pour se définir comme Israël biblique.

De leur côté, c’est moins à une entité politico-théologique que les écrits chrétiens se réfèrent qu’à la « patrie portative » constituée par les Écritures. Éclairante est l’étude de C. Tassin sur les procédés de relecture à l’œuvre dans les Actes des Apôtres, avec, en finale, des pistes suggestives sur le rôle de l’Esprit. En relisant Ro 12–15, M. Quesnel montre comment Paul reconnaît des identités distinctes (biologiques, sociales, religieuses) qui, en Christ, ne doivent être ni fondues ni figées. Il anticipe en cela une conviction du théologien G. Defois pour lequel la question de l’identité « relève davantage de l’ecclésiologie que de la christologie » (p. 382). Enfin, de l’un à l’autre Testament, M. Girard propose une réflexion globale sur l’interprétation (historique, symbolique) des textes qui parlent de la ville-mère Jérusalem.

Comme souvent dans ce genre d’ouvrage, chaque étude peut être lue pour elle-même. La précision de certaines semblent les réserver aux spécialistes, mais l’on aurait tort de n’y voir qu’un ouvrage de savants pour des savants. On sera sensible à l’importance du thème, plus actuel que l’on ne croit, comme le souligne P. Bordeyne dans l’introduction générale. L’ouvrage fera autorité et demande à être lu attentivement. Bel hommage à l’œuvre universitaire, confessante et œcuménique de J. Briend. Témoignage, s’il en était besoin, que (bien) lire la Bible renouvelle l’engagement dans l’Église. (G. Billon)
Niveau de lecture : exigeant
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org