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Hymnes du Nouveau Testament
Les Hymnes du Nouveau Testament et leurs fonctions
2-204-08702-5
Les Hymnes du Nouveau Testament et leurs fonctions
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Les Hymnes du Nouveau Testament et leurs fonctions
Actes du XXIIe congrès, D. Gerber et P. Keith (dir.). Préface de H. Cousin
« Lectio divina » 225, Le Cerf, Paris, 2009, 496 p. 34,00 €

L'Ancien Testament abonde en pièces poétiques grâce auxquelles la foi ne se trouve pas seulement exprimée dans sa dimension historique et narrative, informative, mais aussi sur le mode plus performatif de l'immédiateté et de l'émotion. Sur ce point, le Nouveau Testament est plutôt défavorisé. C'est pourquoi les quelques passages poétiques qu'on y trouve, qui sont les seuls et rares textes bibliques qui chantent le Christ de manière explicite et non en figure, méritent bien d'être appréhendés en tant que tels par la recherche : c'est ce que s'est proposé le 22e congrès de l'ACFEB, tenu à Strasbourg en 2007, en se donnant pour thème : « Les hymnes du Nouveau Testament et leurs fonctions ». Après une présentation de la fonction des hymnes dans les littératures antiques, effectuée par Yves Lehman, et une étude de Claude Coulot sur l'hymne qui conclut la Règle de la communauté de Qumran, il revient à Thomas Osborne de retracer l'histoire de la recherche sur les hymnes du Nouveau Testament, qui remonte à la fin du XIXe siècle. L'orientation de cette histoire correspond globalement à celle de la recherche biblique en général : l'intérêt, longtemps centré uniquement sur l'aspect diachronique des textes, finit par porter sur leur aspect synchronique. Jusqu'à une époque récente, on s'est en effet beaucoup préoccupé du contexte originel des hymnes et les études se sont livrées à de nombreuses hypothèses contradictoires et invérifiables, sans parvenir à un quelconque consensus. Elles ont bien sûr le grand mérite de jeter quelque lumière sur la liturgie des premiers chrétiens ; mais elles le font au détriment du contexte actuel d'insertion de ces hymnes dans leur trame narrative ou épistolaire. C'est d'ailleurs cette insertion même qui rend difficile la qualification du genre en question, ici désigné du nom d' « hymne » pour la commodité. Si donc les diverses contributions qui forment le volume prennent souvent leurs distances à l'égard de ce terme (qui en toute rigueur ne semble pouvoir s'appliquer qu'à un nombre de textes bien plus réduit que ceux qu'habituellement on désigne ainsi) et proposent chacune des qualifications variables, c'est parce qu'elles se concentrent avant tout, comme l'annonce le titre, sur la ou les fonction(s) que les passages concernés assurent dans leur contexte actuel.

C'est donc dans cette perspective que Daniel Gerber traite « les fonctions du cantique de Syméon en Luc-Actes » ; de même Camille Focant aborde 1 Corinthiens 13 comme un éloge lyrique de l'agapè jouant le rôle d'une digression rhétorique intégrée à l'argumentation ; Chantal Reynier analyse les passages de forme poétique présents dans l'épître aux Ephésiens comme des « extensions hymnologiques » ; Elian Cuvillier interroge le rôle argumentatif que l'hymne de l'épître aux Philippiens joue dans l'ensemble de la lettre ; Jacques Schlosser se propose de repérer dans la première partie de la première épître de Pierre non plus des fragments hymniques préexistants mais des « éléments hymniques » ou une « langue hymnique » dont l'auteur se sert habilement pour ennoblir son message théologique ; Michèle Morgen étudie quant à elle « la contextualisation et la fonction des passages hymniques » dans l'Apocalypse. C'est enfin Jean-Noël Aletti qui conclut l'ensemble des conférences, en revenant sur le problème du genre littéraire et en proposant une classification des passages du Nouveau Testament écrits dans une forme poétique ou en prose rythmée ; selon lui, l'idée d'une préexistence de ces passages doit être, sauf très rare exception, résolument abandonnée.

Cette opinion, qui témoigne d'une réorientation assurément salutaire de la recherche, peut néanmoins, si elle est poussée à l'extrême, causer une perte des acquis de l'histoire de la rédaction qui peut se révéler dommageable. En effet, tout comme c'est le cas pour les évangiles, on ne peut séparer diachronie et synchronie sans aplatir le sens, d'une manière ou d'une autre. Ce qui fait la richesse de ces textes où plusieurs strates sont repérables, c'est l'épaisseur historique que leur donnent les déplacements inévitables que provoque, dans un cas comme dans l'autre, l'intégration de matériaux traditionnels dans un nouvel ensemble littéraire ; c'est d'ailleurs bien à ce phénomène précis que la contribution de Michel Gourgues, qui concerne la deuxième épître à Timothée, veut avec raison nous rendre attentifs. Ces déplacements sont en outre témoins de la richesse concrète de la vie des chrétiens de l'époque, dans sa diversité et ses évolutions. Dans le cas des « hymnes » du Nouveau Testaments, un désintérêt excessif pour les contextes originels des passages concernés pourrait de ce point de vue conduire à oublier l'importance de leur éventuel terreau liturgique, ce qui est pourtant un aspect essentiel si l'on veut comprendre la forme poétique et la charge émotionnelle de ces textes. Michèle Morgen, qui veut montrer comment l'Apocalypse « fait » de l'hymne en tant qu'elle invite à entrer dans la louange de Dieu « et de l'agneau », et Elian Cuvillier, qui insiste sur la spécificité du langage « poético-mythique » employé dans l'hymne de l'épître aux Philippiens, évoquent, chacun à leur manière, les conditions anthropologiques qui font que la parole poétique, notamment en contexte liturgique, est celle qui convient le mieux à l'expression du divin.

Quoi qu'il en soit de cette dimension de la question, la concentration sur les fonctions des hymnes dans le contexte qui est aujourd'hui le leur a pour conséquence importante que ce recueil des contributions apportées au 22e congrès de l'ACFEB, qui comporte aussi nombre de séminaires sur le même sujet, tout aussi riches et fouillés que les grandes conférences, est bien loin de se réduire à un ensemble de micro-recherches ultra-sectorisées, mais traite au contraire les livres concernés dans toute leur intégrité, ce qui en fait un outil de grande valeur pour la recherche néotestamentaire en général. (S. Beauboeuf)
Niveau de lecture : exigeant
 
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