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Evangile de Marc
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Delorme Jean
L'heureuse annonce selon Marc. Lecture intégrale du 2e évangile, tome 1 & 2
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L'heureuse annonce selon Marc. Lecture intégrale du 2e évangile, tome 1 & 2
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Par Jean Delorme
 
Jean Delorme
L'heureuse annonce selon Marc. Lecture intégrale du 2e évangile, tome 1 & 2
Rédaction finale par Jean-Yves Thériault
Paris-Montréal, Cerf-Mediaspaul, 2007-2008, 574 p. + 613 p., 39 € + 40 €

Professeur de N.T. à la faculté de théologie de Lyon et formé à l'exégèse historico-critique, Jean Delorme (J.D.) se tourna dès la fin des années 1960 vers la lecture sémiotique du texte biblique inspirée par A.J. Greimas. Il fut ainsi le co-fondateur du CADIR (Centre pour l'analyse du discours religieux) et de la revue Sémiotique et Bible, et il centra sa réflexion autour de l'acte de lecture. L'évangile de Marc fut le texte qu'il ne cessa de lire et de relire, en cours ou en session. À sa mort, survenue le 30 août 2005, J.D. laissait un manuscrit de son commentaire, pratiquement achevé jusqu'à Mc 8. Exégète et universitaire sémioticien québécois, J.Y. Thériault l'avait aidé dans cette tâche. Le travail de ce dernier est plus considérable dans le second volume, puisqu'il en a assuré la mise en forme à partir de cours, de séminaires et de sessions donnés par J.D. de la Lituanie à Madagascar, de la Corée au Québec ; le style en est plus oral et la lecture, peut-être plus aisée. Mais l'ensemble est homogène.

« Lecture ou commentaire ? » Le sous-titre répond à la question. J.D. tente « une démarche de lecteur qui cherche à se situer à l'intersection des possibilités ouvertes par le texte et des propositions de sens qui peuvent lui être faites ». Il ne veut pas « compromettre le mouvement du récit et sa tension dramatique par l'abondance des explications de détail et le dialogue avec d'autres types d'approches ». L'ouvrage paru en 2006, Parole et récit évangéliques. Études sur l'évangile de Marc, qui rassemble dix articles sur des péricopes marciennes et une longue lecture de Mc 1,1-15, a été conçu précisément en vue d'alléger la présente « lecture » qui fait déjà près de 1200 pages ! Cet ouvrage est précieux aussi parce qu'il manifeste combien J.D. se tenait informé des travaux des autres biblistes.

Il s'agit donc d'une «lecture liée et constructive » de Mc. Elle se veut « attentive à tout ce qui relie les divers éléments et niveaux de l'écriture pour en faire un tout signifiant ». « Elle ne se contente pas de recevoir un sens qui serait déjà là », mais essaye de « construire le tissu textuel en un ensemble signifiant ». Elle ne cède pas à « la maladie de tout expliquer, de tout raconter. »

L'introduction ne fournit pas un « plan d'avance » de Mc, et ce, afin de laisser le texte s'organiser au fil de la lecture. Aussi ai-je eu conscience de trahir quelque peu J.D. en recourant, dès le début de ma lecture, aux tables des matières où sont détaillés les contenus des vingt-deux chapitres de l'ouvrage, ce qui permet de retrouver une séquence. J.D. s'interroge  régulièrement sur le chemin parcouru, d'où des « bilans » qui dégagent les lignes de fond de l'ensemble d'une séquence. C'est ainsi qu'à la fin du ch. 15 (sur Mc 10,32-52), neuf pages font le bilan de la grande séquence de Mc 8,22 - 10,52, Bethsaïde (v. 22) marquant « le lieu d'arrivée d'une grande section enclenchée par le questionnement autour de la personne de Jésus (6,14-29), interrogation soutenue par l'énigme du pain inépuisable... (6,30 - 8,21) ». Ces « bilans » ainsi que le « retour sur le parcours effectué » qui clôture le ch. 22 ne sont ni des résumés, ni des conclusions ; ils délivrent un approfondissement que je qualifierais de théologique, au sens le plus riche du terme. Ainsi, par exemple, les ultimes pages sur le « changement d'esprit » qui « se fait souvent par soustraction, en faisant le vide des illusions qui correspondent aux attentes imprégnées d'images rassurantes, pour un approfondissement du côté du mystère donné en paraboles et en signes qui ouvrent le questionnement  et qui transforment la vie des sujets qui s'en remettent à la parole de l'autre puisque c'est le seul espoir qui leur reste » (t. 2, p. 601).

Grâce à cet ouvrage, la méthode sémiotique me paraît consacrée, parmi les disciplines bibliques, comme « un moment obligé de l'interprétation des textes » (F. Genuyt). (H. Cousin)
Niveau de lecture : moyen
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org