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Histoire
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Jésus
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Juif
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Meier John P.
Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire. IV. La Loi et l'amour
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Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire. IV. La Loi et l'amour
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Par John P. Meier
 
John P. Meier
Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire. IV. La Loi et l'amour
traduit de l'anglais par D. Barrios, C. Ehlinger et N. Lucas, « Lectio Divina », Le Cerf, Paris, 2009, 744 pages, 60 euros

Avec le présent ouvrage, le savant américain John P. Meier poursuit son grand projet d'étude : repenser le Jésus historique. Par la mise en œuvre des méthodes et critères de la science historique, l'auteur s'efforce de dresser un portrait raisonnablement fiable du Jésus de l'histoire. L'enquête est passionnante, menée avec une érudition hors du commun.

Trois tomes sont déjà parus. J.P.M. avait commencé par considérer Jésus seul dans son cadre et ses premières années (t. 1), puis il s'était arrêté à la prédication du Règne de Dieu et aux miracles (t. 2) ; enfin, il avait décrit l'environnement humain de Jésus, ses relations aux individus et aux groupes qui étaient en interaction avec lui (t. 3). Dans ce quatrième volume : La Loi et l'amour, J.P.M. traite des rapports de Jésus avec la Loi juive : comment Jésus a-t-il compris le judaïsme, comment a-t-il interprété la Torah ?

D'emblée, J.P.M. prévient : la question est difficile et a donné lieu à des positions extrêmes : pour les uns, Jésus était anti-Loi, alors que pour d'autres il ne s'opposait en presque rien à la Loi. Il se distancie de ces opinions et affirme que Jésus était enraciné dans la vie juive et qu'il a pris part aux débats sur la Loi : « Le Jésus historique est le Jésus halakhique, c'est-à-dire le Jésus qui s'intéresse à la loi mosaïque et se préoccupe des questions de pratique qui en découlent » (p. 20). Telle est la thèse que J.P.M. vérifiera tout au long de l'ouvrage.

Dans un premier chapitre, il s'interroge sur ce qu'est la Loi. Puis, s'appuyant sur une étude fouillée des textes de la tradition juive et de ceux du N.T., il examine les cas où Jésus semble révoquer un commandement. Alors que presque tous les textes juifs antérieurs à 70 permettent à un homme de répudier sa femme pour n'importe quel motif, Jésus dénonce le divorce et le remariage comme adultère - ce qui constitue une violation d'un commandement du Décalogue. Avec la même radicalité, et sans prêter attention aux conséquences pratiques, Jésus interdit totalement les serments autorisés par la Loi de Moïse.

L'étude de l'enseignement de Jésus sur le sabbat donne lieu à des conclusions différentes. J.P.M. commence par une enquête sur l'origine et la nature du sabbat. En des pages très intéressantes, il passe en revue les textes juifs, depuis les Écritures jusqu'à la Mishna en passant par Aristobule, Philon et Josèphe, et montre que ce n'est qu'après 70 que certains juifs estimeront qu'on viole le sabbat en guérissant ce jour-là. Par suite, les récits du N.T. où Jésus discute à propos du sabbat reflèteraient les polémiques chrétiennes. En revanche, les déclarations sur le sabbat (Mt 12,11 ; Lc 13,15) remontent à Jésus ; au milieu des conceptions concurrentes de son temps, Jésus propose son approche plus humaine et modérée du sabbat qu'il ne remet pas en cause, mais qu'il veut rendre viable pour les juifs pieux ordinaires. Là encore, « le Jésus historique est le Jésus halakhique » ! Pour ce qui est de la pureté rituelle, enfin, la plupart des passages qui l'évoquent ne remontent pas à Jésus. « Apparemment, pour Jésus, la pureté rituelle est non seulement une question non brûlante ; ce n'est pas une question du tout. » (p. 275)

L'attitude du Jésus historique par rapport à la Loi n'est donc pas « unidirectionnelle », et il n'y a pas chez lui de principe d'organisation de la Torah qui fasse sens pour l'ensemble. Quant au commandement d'amour, que J.P.M. étudie en finale, il a importé à Jésus, certes, mais sans jamais devenir le principe d'interprétation de la Torah - c'est Matthieu qui a fait de l'amour le critère d'organisation de la Loi ! Et si Jésus a pu affirmer la Loi comme volonté divine pour Israël et, en même temps, enseigner de sa seule autorité ce qui est contraire à la Loi, c'est certainement parce qu'en tant que prophète charismatique il détenait son autorité de Dieu, et que cela suffisait à justifier ses déclarations et commentaires.

L'ouvrage est, certes, d'une lecture exigeante, mais l'enquête et en particulier les études des sources juives et chrétiennes sont passionnantes. En outre, la forme du livre (texte assez simple et notes plus spécialisées regroupées en fin de livre ; index thématique...) le rend intéressant et accessible pour un public assez large. Déjà, on attend avec impatience le dernier volume sur les discours en paraboles, les « auto-désignations » et l'énigme de la mort de Jésus. (C. Runacher)
Niveau de lecture : moyen
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org