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Judas
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Burnet Régis
L'évangile de la trahison. Une biographie de Judas.
2-02-087853-1
L'évangile de la trahison. Une biographie de Judas.
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Par Régis Burnet
 
Régis Burnet
L'évangile de la trahison. Une biographie de Judas.
Le Seuil, Paris, 2008, 375 p., 22 €

Après la série de publications consécutives à la trop médiatique mise au jour de l'« évangile de Judas », cet ouvrage vient fort justement nous proposer un portrait contemporain de la figure de Judas à partir de l'ensemble des sources existantes, canoniques ou apocryphes. Improprement qualifié en sous-titre de « biographie », l'ouvrage, tout à fait bien documenté et annoté, se fait fort de reprendre en fait systématiquement l'histoire de la réception d'un « personnage » a priori très négatif. L'évolution de la compréhension de Judas à travers les époques n'en est que plus intéressante pour nous.

À l'origine de la construction du « personnage », il y a bien sûr le disciple des Évangiles, figure négative qui se met en place progressivement depuis le récit primitif de Marc. Les apports successifs de Matthieu puis ceux de Luc et bien davantage ceux de Jean ajoutent à la complexité de la figure en composant celle du « traître », qui n'était pas originelle. C'est seulement le début d'une légende noire, renforcée par les commentaires des Pères, à l'exception notable d'Origène, et aggravée par le traitement du suicide du personnage, définitivement condamné par Augustin. La figure du traître est alors devenue purement édifiante : le personnage est logiquement maudit. Les légendes médiévales ne font que noircir encore le tableau, avec le passage progressif d'un antijudaïsme chrétien à un antisémitisme des Temps modernes, également bien commenté par l'auteur.

Puis vient le temps de l'individualisme, apporté notamment par la modernité, qui a pour résultat de réhabiliter peu à peu la sombre figure : l'Histoire et ses méthodes viennent ainsi adoucir le destin du personnage. Ce que l'auteur qualifie de « quête du Judas historique » permet bien de nouvelles approches, souvent psychologisantes ou moralisantes, et l'on voit la recherche se tourner vers les sciences politiques, notamment dans les tentatives d'élucidation des motivations supposées du disciple. Et c'est assez naturellement que la littérature générale vient au secours des nombreuses lacunes des sources, construisant bien des romans autour du personnage. Quoi qu'il en soit, le résultat est là : tantôt complice, tantôt contestataire, le personnage de Judas redevient pour nous pleinement humain.

Reste alors la théologie, mise un temps de côté : comment penser aujourd'hui un Judas coupable ? Une analyse finale des travaux de Karl Barth sur la figure du réprouvé dans le Nouveau Testament est assez fructueuse, même si, pour l'auteur, le théologien réformé reste sur le seuil de la condamnation. Voilà qui lui permet finalement  de conclure sur le mystère de ce personnage-clé de l'histoire du salut : malgré les apories des textes d'origine et la mise en place de la légende, Judas est bel et bien devenu une figure d'humanité, au fond livrée à la contingence humaine.

L'ouvrage est très accessible, sa bibliographie est complète et parfaitement à jour. On pourrait cependant reprocher à son auteur de mêler trop souvent littérature et exégèse, histoire et théologie, sans toujours définir clairement les contours de son approche, juxtaposant parfois sans hésiter des auteurs aux intentions fort différentes. Le résultat est cependant très plaisant et intéressera tous ceux qui veulent en savoir un peu plus sur ce « personnage » paradoxal : le mystère de Judas reste redoutable. (Hervé Giraud)
Niveau de difficulté : aisé
 
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