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Bible
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Violence
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Wénin André
La Bible ou la violence surmontée
2-220-06021-7
La Bible ou la violence surmontée
Recension
 
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Par André Wénin
 
André Wénin
La Bible ou la violence surmontée
DDB, Paris, 2008, 253 p.,  20 €

Pourquoi la violence ? Pourquoi la violence dans la Bible, et particulièrement la violence de Dieu ? Face à ces questions, le croyant est décontenancé. Il peut réagir de deux manières : soit en laissant de côté ces nombreux passages où il est question de violence pour ne conserver que ceux qui conviennent à son approche de la Bible ; soit les prendre à bras-le-corps, en se demandant pourquoi ils sont dans la Bible.

André Wénin, bibliste enseignant à l'Université de Louvain (Belgique), travaille cette question depuis longtemps. Son livre, qui reprend plusieurs conférences, invite le lecteur croyant à s'impliquer dans la recherche du sens « de ce qui n'a pas de sens ». Il propose trois étapes : d'abord « quitter les chemins de malheur » (1e partie), pour nous retrouver sur « des chemins de bonheur » (2e  partie), et conclure par une réflexion sur la sagesse : « Mourir et naître : un art de vivre... l'espérance ». Citons un passage qui donne le ton de l'ensemble : « Une vision réaliste de la Bible lue dans son ensemble contribue à déconstruire les images que nous en avons et les images de Dieu que nous en tirons. Elle permet aussi à d'autres images d'émerger : elle n'est pas un livre de vérités religieuses, mais un livre qui reflète la vie des humains et leur histoire ; son Dieu n'est pas un "pur esprit" mais un Dieu qui s'implique corps et âme dans l'histoire, sans peur de "se mouiller", de se compromettre, même avec ce qui sème le malheur. » (p. 17). C'est dans cette vision réaliste de la Bible que A.W. nous fait entrer, par une écriture alerte qui n'abandonne rien des exigences de l'analyse narrative.

Son approche des récits bibliques fait parfois songer au travail des iconographes qui, par touches successives, vont du plus sombre au plus lumineux. Exemple : l'histoire de Joseph et de ses frères (Gn 39-50). A.W. commence, dans un chapitre intitulé « Au-delà de la violence, quelle justice ? » (p. 29ss), par nous livrer le fait divers mettant en scène ce jeune Joseph vendu comme esclave par ses frères. Quarante pages plus loin, on retrouve Joseph comme modèle de la lutte contre la convoitise humaine. Puis, plus loin encore, en une troisième évocation, il situe Joseph comme point central du devenir difficile de la fraternité. Pour y parvenir, écrit-il, « il doit trouver la voie d'une parole juste entre eux et lui » (p. 89). C'est, me semble-t-il, le souci permanent d'A.W. dans la méthode qu'il suit pour « traverser » la violence contenue dans la Bible. Pour lui, Dieu « ... ouvre aux humains une sorte de laboratoire où il est possible d'expérimenter la violence pour pouvoir en observer les ressorts et les mécanismes, pour apprendre à en mesurer les conséquences, et prendre conscience de ses probables dérives. » Un des plus beaux exemples de cette stratégie divine est sans doute le « chant du serviteur souffrant » (Is 52,13 - 53,12), poème du prophète Isaïe qui « dévoile avec force, au-delà d'une justice humaine tantôt défaillante, tantôt violente, une justice propre à Dieu, qui touche au cœur du violent pour le transformer et le détourner de ce qui le rend violent. » Voilà un parcours biblique original destiné à tous. (Maurice Autané)
Niveau de difficulté : aisé
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org