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Paul André
Qumrân et les Esséniens. L'éclatement d'un dogme
2-204-08691-2
Qumrân et les Esséniens. L'éclatement d'un dogme
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Par André Paul
 
André Paul
Qumrân et les Esséniens. L'éclatement d'un dogme
Préface de Mgr Joseph Doré. Éd. du Cerf, Paris, 2008, 172 p., 20 €

André Paul (A.P.), bien connu pour ses travaux scientifiques sur le judaïsme ancien et les écrits de Qumrân, partage à un plus grand public l'histoire des découvertes et de la publication des « Manuscrits de la mer Morte ». Encore un livre sur le sujet, pourrait-on penser au premier abord ! Eh bien, le lecteur qui commence ce livre ne sera pas déçu par sa nouveauté et les perspectives qu'il ouvre.

Dans une première partie, A.P., à la suite des travaux d'une nouvelle génération d'archéologues, fait voler en éclat le consensus établi depuis les années 1950 (quasiment un « dogme ») en montrant que c'est bien hâtivement et sur des indices trop ténus que les premiers chercheurs, avec le Père Roland de Vaux, ont donné à l'ensemble des manuscrits trouvés à Qumrân et dans les grottes de la mer Morte une origine essénienne. En effet, dans des conditions historico-politiques souvent mouvementées, ils ont recherché surtout un maximum de correspondances entre les témoignages antiques sur les Esséniens (notamment les fameux textes de Pline le Jeune et de Philon d'Alexandrie), les textes découverts dans les grottes et les ruines de Qumrân, jusqu'à développer une sorte de « pan-essénisme » : Jean-Baptiste, et même Jésus de Nazareth, étaient perçus comme issus du milieu essénien. La mise à jour de l'ensemble de la riche bibliothèque que constituent ces manuscrits (900 rouleaux déposés dans 11 grottes, dont les textes bibliques constituent environ 1/4) a permis de poser un autre regard sur ces documents : bien loin d'être issus du seul groupe essénien, les manuscrits dits de Qumrân sont « un conservatoire littéraire représentant différents courants de pensée et d'idéaux de la société judaïque préchrétienne ». Il importe selon A.P. de désenclaver ces manuscrits. Ils ne sont pas une collection d'écrits à part des autres, œuvre d'un mouvement sectaire ; ils font partie de la production littéraire abondante de la société judaïque qui s'y construit et s'y exprime. Tout le monde ne suivra pas ces positions d'A.P. Lui-même reconnaît que les deux thèses, celle d'une origine essénienne et celle qui « décommunautarise » le site de Qumrân, ont leurs arguments et leurs partisans. La question que pose la perspective d'A.P. est celle de l'origine des Manuscrits de la mer Morte ; ils ont une dimension clairement communautaire : quel serait alors le groupe (ou les groupes) à l'origine de tels écrits ? Car si l'on élimine la thèse essénienne, on ne sait trop en définitive d'où viennent ces manuscrits, ni qui les a écrits.

Après ce dossier historique, dans une deuxième partie (les chapitres 5 à 7), l'auteur tire des conséquences pour la compréhension de la figure de Jésus et la contribution décisive de Paul de Tarse à la constitution du christianisme. Ce petit livre d'un éminent spécialiste se lit avec grand intérêt. Le lecteur suit facilement les étapes des découvertes et des interprétations de ces manuscrits qui ont marqué la connaissance du judaïsme et de la naissance du christianisme. Il en retiendra qu'il convient de désacraliser le mouvement essénien que l'on a considéré longtemps comme un véritable courant monastique et de s'ouvrir à de nouvelles hypothèses. (Joëlle Ferry)
Niveau de difficulté : moyen
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org