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Nouvelle évangélisation
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Parole de Dieu
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Synode 2008
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Carré Pierre-Marie
D'un Synode à l'autre : Parole de Dieu et Nouvelle Évangélisation
Théologie
 
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Les liens entre le synode des évêques de 2008 et celui de 2012...
 
En 2008, Mgr Carré, archevêque de Montpellier était l’un des évêques délégués au Synode sur la Parole de Dieu. En 2012, il a été nommé par Benoit XVI secrétaire spécial de celui sur la Nouvelle évangélisation (voir BIB n° 78, 2012, p. 23-25). Au terme des échanges et après la publication du Message final et des Propositions qui pourraient servir à l’élaboration d’une prochaine Exhortation apostolique, il met en valeur quelques fils rouges qui ont été tressés.


Y a-t-il continuité entre les deux Synodes des évêques tenus à Rome en 2008 sur la « Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » et en 2012 sur la « Nouvelle évangélisation » pour la transmission de la foi chrétienne ? Sans hésiter, je réponds positivement. Ayant participé à ces deux synodes, je puis en parler en connaissance de cause.

Ces liens sont soulignés largement dans les textes préparatoires au Synode de 2012. Qu’il me suffise de citer quelques mots des Lineamenta :

La décision de consacrer cette assemblée au thème de la nouvelle évangélisation doit être lue dans le cadre d’un dessein unitaire dont les étapes récentes sont la création du Dicastère pour la promotion de la nouvelle évangélisation et la publication de l’exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (n° 1).

La proposition numéro 2 votée par le Synode y fait également référence.

La Parole dans la vie de l’Église
Il est de coutume au début d’un Synode que le rapporteur du Synode précédent vienne présenter où en est sa mise en œuvre. Ce fut l’objet du rapport du Cardinal Ouellet. Il a tout d’abord signalé qu’environ 200 000 exemplaires de Verbum Domini avaient été diffusés. Surtout, il a cherché à relever les indices de la réception de cette exhortation dans la vie de l’Église : diffusion accrue de la Bible, développement important de la lectio divina (dont il note que c’est l’un des fruits notables de ce synode), initiatives pastorales nombreuses pour stimuler la lecture de l’Écriture. Le cardinal note aussi une place accrue donnée à la Parole de Dieu dans la liturgie (progrès dans les homélies) et la catéchèse. Déjà quelques travaux de type universitaire peuvent être recensés.

Plusieurs questions théologiques de grande importance ont été soulevées par Verbum Domini, note encore le Cardinal Ouellet. Il signale la christologie de la Parole (réflexion sur l’expression « Verbe abrégé », sur la question de l’inspiration et sur la dimension relationnelle de la Parole de Dieu), les notions de « performativité » (c’est-à-dire son caractère dynamique et efficace, spécialement dans le cadre liturgique) et de « sacramentalité » ; enfin le lien étroit qui existe entre l’Église et l’Écriture (Tradition et « analogie de la foi » en sont des signes éloquents).

Ces observations aboutissent au développement des liens qui existent entre Verbum Domini et la nouvelle évangélisation. Déjà, en conclusion de son exhortation, Benoît XVI écrivait : « que l’Esprit Saint éveille chez les hommes la faim et la soif de la Parole de Dieu et suscite de zélés messagers et témoins de l’Évangile » (n° 122). C’est à partir d’une écoute renouvelée conduisant à la conversion qu’une nouvelle annonce du Christ Jésus devient possible et efficace. Elle doit être conduite par l’Esprit Saint qui, depuis la Pentecôte, anime et soutient l’Église.

Aux côtés de la Samaritaine
Mais il ne suffit pas de dire que les thèmes des synodes s’enchaînent. Plus profondément, il est important de relever dans les deux textes votés par le Synode – le message et les propositions – la place de la Parole de Dieu.

Avant tout, il convient de noter la différence de genre littéraire. Le message est destiné au Peuple de Dieu. C’est donc un texte d’encouragement qui présente les travaux du Synode et montre comment chacun est engagé dans la nouvelle évangélisation. Il est rédigé par une commission dans laquelle le président et le vice-président ont un rôle essentiel.

Les propositions sont le fruit de la réflexion de tous. Même si elles sont rendues publiques, elles s’adressent au Pape en lui présentant ce qui paraît important dans la réflexion, mais surtout dans le domaine de l’action pastorale. Provenant du travail réalisé dans les groupes linguistiques, elles rassemblent des perspectives venues de chacun des continents, ce qui peut donner l’impression d’un certain nivellement des points de vue. Enfin, elles ne sont pas organisées à la manière d’une thèse. L’ordre des propositions est aléatoire. Le rédacteur ultime (le cardinal Wuerl), que j’assistais, n’a pas cherché à compléter ce qui pouvait manquer. Il n’en n’avait d’ailleurs pas le droit, puisque sa mission consistait à organiser ce qui était exprimé par les membres du Synode.

Le message est porté par la présentation du récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Jn 4). Dans une lecture de type spirituel, les destinataires sont invités à entrer dans une relation personnelle avec Jésus, comme l’a vécue la femme de Samarie, et appelés à permettre à d’autres de le faire, comme ce fut le cas pour les habitants du village. Le choix de ce passage évangélique paraît particulièrement judicieux pour faire percevoir ce qu’est le cœur de toute évangélisation : la rencontre personnelle avec le Christ Jésus.

Bien d’autres références bibliques émaillent le texte : la mention des rencontres multiples de Jésus et l’expérience de saint Paul en particulier. Mais aussi (§ 4), il est ajouté que :

La lecture fréquente des Saintes Écritures, illuminée par la tradition de l’Église qui nous les a transmises et en est l’authentique interprète, est non seulement un passage obligé pour connaître le contenu même de l’Évangile , c’est-à-dire la personne de Jésus dans le contexte de l’histoire du salut, mais elle nous aide à trouver de nouveaux espaces de rencontre avec lui, des modalités vraiment évangéliques, enracinées dans les dimensions fondamentales de la vie humaine : la famille, le travail, l’amitié, la pauvreté, les épreuves de la vie...

Il est redit que pour pouvoir évangéliser le monde, l’Église doit se mettre à l’écoute de la Parole (§ 5) car l’évangélisation commence par une conversion renouvelée de ceux qui veulent être témoins du Christ.

Les propositions se réfèrent également à la Parole de Dieu. On peut tout d’abord relever que les passages du Nouveau Testament relatifs à l’envoi en mission sont plusieurs fois cités, en particulier Mt 28,16-20 et Mc 16,9-20. Une proposition (n° 11) se réfère directement à la lecture priante des Écritures. En voici le texte intégral :

La nouvelle évangélisation et la lecture priante de l’Écriture Sainte.

Dieu s’est communiqué lui-même à nous dans son Verbe fait chair. Cette Parole divine, entendue et célébrée dans la liturgie de l’Église, en particulier dans l’Eucharistie, renforce intérieurement les fidèles et les rend capables de témoignage évangélique authentique dans leur vie quotidienne. Les Pères synodaux souhaitent donc que la Parole divine "soit toujours davantage au cœur de toute activité ecclésiale" (Verbum Domini n° 1).

La porte de la Sainte Écriture doit être ouverte à tous les croyants. Dans le contexte de la nouvelle évangélisation toute occasion pour l’étude de la Sainte Écriture doit être saisie. L’Écriture doit imprégner les homélies, la catéchèse et tous les efforts pour promouvoir et transmettre la foi. En tenant compte de la nécessaire familiarité avec la Parole de Dieu pour la nouvelle évangélisation et pour la croissance spirituelle des fidèles, le Synode encourage les diocèses, les paroisses, les petites communautés chrétiennes à continuer l’étude sérieuse de la Bible et de la lectio divina qui est la lecture priante de l’Écriture (cf. Dei Verbum n° 21 et 22).

Dieu a parlé aux hommes. Il s’est fait connaître. Le Synode précédent a réfléchi à ce mystère. La question posée aujourd’hui consiste à savoir comment cette Bonne Nouvelle pourra atteindre les hommes d’aujourd’hui.

La Pentecôte a manifesté que l’Esprit de Dieu allait conduire l’Église et lui donner de s’adresser à chacun dans sa propre langue pour dire les merveilles que Dieu réalise pour les hommes. L’Esprit Saint continue à agir de bien des manières, tant chez les évangélisateurs pour leur donner l’ardeur nécessaire et les aptitudes à trouver la manière de confesser la foi, qu’auprès de ceux qui les entendent, si bien que saint Paul a pu écrire que « sans l’Esprit Saint, nul ne peut proclamer que Jésus est Seigneur » (1 Co 12, 3).

Il n’était pas possible aux membres du Synode de réécrire une théologie de l’évangélisation, ni même d’étudier les textes bibliques majeurs. D’excellents ouvrages existent à cet égard ! Le Synode a surtout voulu exhorter les membres de l’Église à revenir à ce qui est l’essentiel de la foi et de son annonce dans le contexte actuel.

+ Comme la prédication initiale de Jésus l’exprimait (cf. Mc 1,14-15), chacun des fidèles est invité à une profonde conversion à entendre dans ses différentes dimensions : morale, spirituelle et pastorale. En un mot, aujourd’hui plus que jamais, il faut que le Christ soit au centre !

+ Dans l’envoi en mission selon Mt 28, 16-20, Jésus demande : « de toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les … ». Le Synode a voulu souligner fortement le parcours spirituel que représentent le catéchuménat et les sacrements de l’initiation. Il y a beaucoup à faire pour que ces sacrements structurent réellement chacun des baptisés dans sa vie de foi.

+ La 1re lettre de Pierre (3,15) invite à savoir rendre compte de l’espérance qui est en nous. Ce texte a été évoqué lors de plusieurs interventions, en particulier pour souligner le besoin d’appuis solides et simples pour présenter la foi chrétienne face aux objections habituellement entendues. Ainsi une forme simple d’apologétique est-elle souhaitée.

Les réflexions du Synode constituent comme une corde composée de plusieurs fils tressés entre eux. La brièveté du temps imparti à son déroulement ne permet pas une étude détaillée des diverses questions, mais il est important d’en signaler les principales en percevant la place que peut tenir la Parole de Dieu dans chacun de ces points.

+ L’annonce kérygmatique du message central de la foi chrétienne : Jésus est ressuscité ! Il est le Sauveur du monde, le Fils de Dieu. Bien des formules des Actes des Apôtres rendent ce témoignage. Il importe aujourd’hui de l’exprimer d’une manière forte, en référence à une expérience personnelle et communautaire.

+ La dimension spirituelle, liturgique et sacramentelle de la foi. Elle conduit à une véritable communion avec le Christ. J’ajouterai que les sacrements de l’initiation chrétienne et celui de la pénitence et de la réconciliation ont été plus particulièrement cités. En parlant des sacrements, le Synode ne se limite pas à leur seule célébration, mais vise la préparation et la suite donnée aux sacrements, en particulier la mystagogie.

+ Dans les conditions d’aujourd’hui, une formation solide est requise. Elle s’adresse, de manière adaptée, à chacun : aux enfants, aux jeunes et aux adultes. Cette formation donne une place éminente à la Parole de Dieu qu’il s’agit de connaître et de bien interpréter, y compris devant les questions sur les relations entre sciences et foi.

La Parole de Dieu est appelée à être au centre de ces domaines d’activité de l’Église car elle éclaire et nourrit. Comme l’avait exprimé le Synode sur la Parole de Dieu, elle n’est pas à part mais elle irrigue l’ensemble de la vie pastorale.


© Monseigneur Pierre-Marie Carré, SBEV, Bulletin Information Biblique n° 79 (décembre 2012) p. 20.


 
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