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Lecture de la Bible
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Nouvelle évangélisation
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Carré Pierre-Marie
Lecture de la Bible et Nouvelle Évangélisation
Théologie
 
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« L'Écriture doit être l'âme de la pastorale ».
 

Après le synode d’octobre 2008 sur « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » dont est issue l’exhortation Verbum Domini (2010), le synode d’octobre 2012 porte sur « La Nouvelle Évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». Sur la place de la Bible dans cette dynamique, voici une première réflexion d’importance de Mgr P.-M. Carré qui, participant au dernier synode, est également secrétaire spécial du prochain. Nous le remercions de sa contribution. Un prochain BIB reviendra sur la question. 

« L’Écriture doit être l’âme de la pastorale ». On pourrait, par cette simple phrase, résumer largement l’exhortation Verbum Domini (2010). À bien des reprises, le Saint-Père y souligne la place essentielle que tient l’Écriture Sainte dans la vie et la mission de l’Église.

Qu’en est-il de la Nouvelle Évangélisation ? Il convient de se référer au paragraphe 122 de l’Exhortation : « Notre temps doit être toujours davantage le temps d’une nouvelle écoute de la Parole de Dieu et d’une Nouvelle Évangélisation. Redécouvrir le caractère central de la Parole divine dans la vie chrétienne nous fait retrouver aussi le sens le plus profond de ce que le pape Jean-Paul II a rappelé avec force : continuer la missio ad gentes et entreprendre avec toutes ses forces la Nouvelle Évangélisation ».

Ce paragraphe souligne le rapport qui existe entre l’écoute de la parole et l’annonce de l’Évangile.

La Nouvelle Évangélisation 

Il convient tout d’abord de préciser ce que recouvre l’expression Nouvelle Évangélisation. Les textes préparatoires au prochain synode des évêques d’octobre 2012 en proposent plusieurs définitions. En voici une : « elle est la capacité, de la part de l’Église, de vivre d’une manière renouvelée sa propre expérience communautaire de foi et d’annonce dans les nouveaux contextes culturels qui se sont constitués récemment ». Une telle définition manifeste bien qu’il n’est pas question d’imaginer quelque moyen, presque magique, susceptible de toucher à coup sûr les personnes auxquelles l’Évangile est proposé ! Le chemin à entreprendre est laborieux car il passe par une profonde conversion de tous les membres de l’Église. 

Les manières d’aborder l’Écriture peuvent être multiples. Cependant, il est impératif d’en faire une lecture croyante afin qu’elle produise des fruits qui nourrissent non seulement le savoir et l’intelligence, mais aussi la vie spirituelle, c’est-à-dire la manière de vivre en croyants devant Dieu et devant les hommes.   

Une telle lecture se situe dans la ligne de Dei Verbum n°12 : « Puisque la Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger, il ne faut pas, pour découvrir exactement le sens des textes sacrés, porter une moindre attention au contenu et à l’unité de toute l’Écriture, eu égard à la Tradition vivante de toute l’Eglise et à l’analogie de la foi ». Selon ce développement et celui de Verbum Domini n°34, elle demande de bien percevoir que la Bible est simultanément oeuvre divine et oeuvre humaine. Il convient d’y chercher ce qui est utile à notre salut et d’employer les méthodes d’étude du texte adaptées, sans oublier la totalité de l’Écriture (lecture canonique). 

Dans la lecture de la Bible, on trouve des indications particulièrement importantes pour percevoir la Nouvelle Évangélisation dans son enracinement le plus profond. Des études missiologiques sérieuses ont porté sur les figures de la mission et les différentes présentations de la mission, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Elles sont à relire, bien entendu, mais sans doute aussi à reprendre en tenant compte des facteurs nouveaux qui apparaissent aujourd’hui. Si Jésus-Christ est toujours le même, si les textes inspirés n’ont pas changé, nous leur demandons de nous aider à percevoir ce que peut signifier, selon les mots de Jean-Paul II, une évangélisation « nouvelle en son ardeur, dans ses méthodes et dans son expression ». 

Les Écritures nous montrent qu’il s’agit d’abord d’une oeuvre divine avant d’être une oeuvre humaine. Il est indispensable de le faire ressortir pour que la coopération humaine à l’oeuvre de Dieu apparaisse clairement depuis les origines. L’analyse détaillée d’un texte comme celui de la fondation de l’Église à Antioche (Ac 11,19-26) en est un exemple parmi beaucoup d’autres. Un travail identique réalisé pour Thessalonique ou Corinthe serait très utile. Bien entendu, l’Écriture ne nous présentera pas de manière immédiate les tâches à réaliser au 21e siècle dans notre pays ! Mais elle permettra de fonder en Dieu ce qui nous paraît devoir être entrepris. Elle nous mettra en garde contre des tentations toujours renaissantes : celle de croire qu’il n’existe qu’un seul modèle d’évangélisation à appliquer selon des recettes infaillibles, celle aussi de se décourager devant les échecs rencontrés, celle encore de s’attribuer les succès. Jésus lui-même n’a pas caché aux disciples qu’ils rencontreraient des oppositions allant jusqu’à la persécution.   

Sans doute faut-il souligner qu’il est important de chercher à avoir une lecture large des textes bibliques qui parlent de l’annonce de l’Évangile. Il est très facile d’en réaliser une sélection qui aboutirait à renforcer les idées préconçues du lecteur.   

L’Esprit de Dieu est capable de toucher les coeurs de manière très diverse. Cependant, lors du parcours qui mène à la confession de foi dans l’Église et aux sacrements de l’initiation chrétienne, la lecture de la Parole de Dieu tient une place essentielle.   

Il arrive que des personnes soient touchées par un récit évangélique qui éclaire leur recherche et leur parcours et leur révèle le sens profond de ce qui les anime. A d’autres, l’Écriture sera un appui pour leur connaissance de Jésus, à la fois intellectuelle et spirituelle. Nul ne maîtrise ces découvertes, fruits de l’action de Dieu dans les circonstances d’une vie. Mais il importe qu’il puisse y avoir auprès de ces personnes des gens capables de redire la question de Philippe à l’eunuque : « comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8, 30) et d’écouter les réponses données tout en pouvant exprimer leur propre expérience de croyants. Chacun peut mesurer ici ce que cela demande comme travail de formation, tant intellectuel que spirituel. 

Dans la lettre écrite en janvier 2001 pour marquer l’entrée dans le nouveau millénaire, Jean-Paul II redisait le programme proposé à l’Église pour cette nouvelle étape de sa vie. Il le caractérisait en utilisant plusieurs verbes qui renvoient à une lecture attentive de l’Écriture : « Ce programme existe déjà : c’est celui de toujours, tiré de l’Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ Lui-même, qu’il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem céleste » (Novo Millenio Ineunte n° 29). Nous avons dans ces quelques lignes un véritable programme présenté d’une manière logique. Le plus difficile reste à faire ! Car un tel contenu doit pouvoir animer profondément les parcours d’initiation à la foi, tant pour les enfants et les jeunes que les adultes.   

La Nouvelle Évangélisation repose sur les personnes convaincues qui en perçoivent l’importance et sont prêtes à y engager leurs capacités. Mais je suis convaincu qu’elle n’atteindra sa pleine dimension que si elle est au centre des perspectives pastorales des diocèses, des paroisses, des mouvements et des services, chacun avec ses caractéristiques propres  

La lecture de la Bible 

La lecture de la Bible a-t-elle ici une place à tenir ? La réponse est évidente, surtout si on se remet devant les affirmations fortes de Verbum Domini reprenant très clairement une proposition du Synode. « Le Synode a invité à un engagement pastoral particulier pour faire ressortir la place centrale de la Parole de Dieu dans la vie ecclésiale, recommandant d’intensifier la pastorale biblique non en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale ». Le Saint-Père ajoute un peu plus loin : « il faut s’assurer que dans les activités habituelles des communautés chrétiennes […] on ait vraiment à coeur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole » (n° 73).   

« Le retour aux Écritures n’est jamais le retour au temps des Écritures, mais la forme présente de nos rencontres » écrivait Emile Poulat. La lecture de la Bible ne peut pas se réduire à une simple connaissance ou à une réflexion intellectuelle. Elle est appelée à se faire dans un esprit de prière pour que la Parole de Dieu agisse et opère, peu à peu, la ressemblance à Dieu. Mais nous savons bien que dans nos pays occidentaux, le premier obstacle à franchir - et c’est le plus difficile- consiste à donner envie de lire la Bible et de la lire avec fruit. Il n’y a pas, à ma connaissance, de moyen infaillible pour le réaliser. Je rêve de personnes capables à la fois de dire à d’autres ce que la lecture et la méditation de passages de l’Écriture ont touché et transformé en elles et de leur en proposer une mise en oeuvre simple et pratique. Beaucoup ont peur de la Bible, s’imaginant qu’il faut être un exégète patenté pour en retirer des fruits ; certains pensent que c’est un livre du passé ; d’autres encore ne savent pas comment l’aborder. L’action missionnaire s’enracine dans l’Écriture et y trouve ses principes d’action et de discernement.   

Pourquoi ne pas réaliser une sorte de forum d’échange d’expériences ? Pour ma part, par exemple, j’ai vu des jeunes pratiquer ce qu’ils appelaient un « bibliodrame ». Il s’agit de permettre à ceux qui écoutent un récit biblique de choisir d’être l’un des personnages du récit, d’entrer dans le rôle et d’exprimer à haute voix devant les autres ce que le personnage pense, ressent. Cette manière de faire s’inspire de ce que saint Ignace de Loyola propose au retraitant de faire dans la prière personnelle au cours des exercices. Voilà une porte d’entrée bien modeste, mais fructueuse, à la lecture de la Bible !

Ainsi, en commençant à lire les Écritures à partir des pages les plus accessibles, naît peu à peu une familiarité qui forme le croyant. Il y fait l’expérience de ce que « le Père qui est aux cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux pour les inviter à partager sa propre vie » (Dei Verbum n° 2). N’est-ce pas le parcours de toute évangélisation ?     

© Mgr Pierre-Marie CARRÉ, archevêque de Montpellier, Secrétaire spécial du synode sur la nouvelle évangélisation, SBEV, Bulletin Information Biblique n° 78 (Juin 2012), p, 23.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org