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Emmanuel
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Carrière Jean-Marie
"Emmanuel", "Dieu est avec nous"...
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Si Dieu est quelqu'un, il doit avoir un nom...
 
Si Dieu est quelqu’un, il doit avoir un nom. Mais ce n’est pas aussi simple… Donner un nom à Dieu dépend de ce qu’Il donne à connaître de Lui, et de notre capacité, selon les circonstances, à l’accueillir. Qu’en est-il pour Isaïe ?

Au chapitre 6, Isaïe raconte la vision qu’il a eue dans le Temple. Il a vu Le Seigneur (YHWH en hébreu) siégeant sur un trône, comme un roi, et les séraphins criant à pleine voix : "Saint, Saint, Saint YHWH Tsebaoth !" (Isaïe 6,3). YHWH est le nom que Dieu a donné à Moïse lorsqu’il l’a envoyé libérer son peuple de l’oppression (Exode 3 ; suivant les traductions, on prononce "Yahweh" ou "Le Seigneur"). Dans la vision d’Isaïe, YHWH est proclamé saint, et le nom pour le désigner est YHWH Tsebaoth – qu’on pourrait traduire par "YHWH des armées" (ou, selon la TOB, "Le Seigneur tout-puissant"). Ce nom est assez souvent utilisé par Isaïe dans les premiers chapitres du livre. La sainteté de Dieu est liée à sa puissance : comment bien comprendre cela ?

 Le signe de l’Emmanuel

Pendant la guerre contre Jérusalem, où tous sont tremblants de peur (Is 7,2), le nom de YHWH Tsebaoth n’est pas utilisé (sinon à la fin des oracles : Is 8,13). Le Dieu sur lequel il convient de s’appuyer dans cette épreuve n’est pas "YHWH des armées", le Dieu de l’ancienne théologie de la guerre sainte. Il s’agit plutôt de s’appuyer sur la parole de Dieu qui affirme : "Cela (c'est-à-dire la coalition armée contre Jérusalem) ne tiendra pas" (Is 7,7). Un Dieu qui, de plus, donne un signe : la naissance d’un enfant dont le nom sera "Immanouel" (ou "Emmanuel"), littéralement "Dieu-est-avec-nous". Non pas le Dieu de la puissance des armes, mais le Dieu de la proximité, le Dieu qui accompagne son peuple et chemine avec lui (cf. l'oracle à David en 2 Samuel 7,7).

 La sainteté de Dieu

La seule crainte qu’il faut avoir, même devant un ennemi puissant et dévastateur, c’est la crainte du Dieu saint : "C’est YHWH Tsebaoth que vous tiendrez pour saint, c’est lui que vous craindrez" (Is 8,13). Interpellation radicale, celle de la foi vraiment. Car il s’agit de croire que la puissance de Dieu est celle de sa sainteté et non pas celle de la force violente – sainteté éprouvée par Isaïe lors de la vision dans le Temple –, et surtout définie un peu avant dans le livre : "YHWH Tsebaoth sera exalté en son jugement, et le Dieu saint se montrera saint par sa justice" (Is 5,16). La puissance d’un Dieu qui se révèle proche ("Immanouel"), c’est la puissance de son dessein de justice, qui ne laisse pas son peuple à la merci de l’oppresseur. Ainsi, sans la théologie d’Isaïe, le nom de Dieu change. Il n'est plus le Dieu des armées, mais "Dieu avec nous", ou, mieux encore, "le Saint d’Israël" (Is 12,6).

 
© SBEV. Jean-Marie Carrière
 
Is 7,1-17
1Aux jours d'Akhaz, fils de Yotam, fils d'Ozias, roi de Juda, Recîn, roi d'Aram, et Péqah, fils de Remalyahou, roi d'Israël, montèrent contre Jérusalem pour l'attaquer, mais ils ne purent lui donner l'assaut.
2On annonça à la maison de David : « Aram a pris position en Ephraïm. » Alors, son coeur et le coeur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent.
3Le SEIGNEUR dit à Esaïe : « Sors à la rencontre d'Akhaz, toi et ton fils Shéar-Yashouv, vers l'extrémité du canal du réservoir supérieur, vers la chaussée du champ du Foulon.
4Tu lui diras : Veille à rester calme, ne crains pas ! Que ton coeur ne défaille pas à cause de ces deux bouts de tison fumants, sous l'effet de l'ardente colère de Recîn, d'Aram et du fils de Remalyahou.
5Puisque Aram - avec Ephraïm et le fils de Remalyahou - a résolu ta perte en disant :
6"Montons contre Juda pour l'effrayer, pénétrons chez lui pour l'amener à nous et installons-y comme roi le fils de Tavéel",
7ainsi parle le Seigneur DIEU  : Cela ne tiendra pas, cela ne sera pas !
8Car la tête d'Aram, c'est Damas et la tête de Damas, c'est Recîn - encore soixante-cinq ans et Ephraïm écrasé cessera d'être un peuple -
9la tête d'Ephraïm c'est Samarie et la tête de Samarie, c'est le fils de Remalyahou. Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas. »
10Le SEIGNEUR parla encore à Akhaz en ces termes :
11« Demande un signe pour toi au SEIGNEUR ton Dieu, demande-le au plus profond ou sur les sommets, là-haut. »
12Akhaz répondit : « Je n'en demanderai pas et je ne mettrai pas le SEIGNEUR à l'épreuve. »
13Il dit alors : Ecoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, que vous fatiguiez aussi mon Dieu ?
14Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.
15De crème et de miel il se nourrira, sachant rejeter le mal et choisir le bien.
16Avant même que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont tu crains les deux rois.
17Le SEIGNEUR fera venir sur toi, sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours tels qu'il n'en est pas venu depuis qu'Ephraïm s'est détaché de Juda - le roi d'Assyrie.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org