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Apocalypse
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Dragon
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Femme
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Billon Gérard
Des signes dans le ciel (Apocalypse, chapitre 12)
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Sommes-nous devant un conte fantastique ? Peut-être, mais pas sûr...
 
Une femme, un enfant, un dragon. Des combats, dans le ciel et sur la terre. Une historie “pleine de bruit et de fureur”. Sommes-nous devant un conte fantastique ? Peut-être, mais pas sûr…

Dans l'Apocalypse, Jean est allé de surprises en surprises, en particulier depuis le moment où il a franchi la porte du ciel et vu un agneau "debout, qui semblait immolé" (Ap 5,6). Celui-ci a brisé les sceaux d'un livre mystérieux et les visions se sont succédé, plus extraordinaires les unes que les autres. Puis viennent deux signes : celui de la femme vêtue de soleil et celui du dragon. Quelle réalité est visée par ces deux signes ? Comment comprendre les trois scènes violentes qui s'enchaînent, au ciel d'abord, sur la terre ensuite ? Dans son récit, Jean soulève bien un coin du voile, mais il ne le retire pas totalement.

Du ciel à la terre

La première scène (au ciel, v. 1-6) et la troisième (sur terre, v. 13-18) mettent aux prises la femme et le dragon. La deuxième scène assure une transition : Michaël précipite le dragon du ciel sur la terre (v.7-12), victoire dont une voix céleste tire les conséquences : joie pour le ciel, malheur – temporaire – pour la terre.

La première scène se déroule dans le ciel (v. 1-6). Elle est toute en contrastes. Contraste entre la beauté de la femme et la laideur du dragon. Les étoiles couronnent l'une et sont balayées par l'autre. La femme donne la vie. Le monstre, lui, veut dévorer la vie. Dans ce climat d'hostilité, l'enfant reçoit un sceptre de fer. Remarquons que, contrairement à la femme et au dragon, Jean ne nous dit rien de l'aspect de l'enfant. Mais – et c'est plus important – il nous donne un aperçu de son destin et donc de son identité. L'enfant enlevé auprès de Dieu, sa mère se réfugie au désert pour une période donnée. Dieu n'a rien laissé au hasard. Que va faire le dragon ?

La deuxième scène nous plonge immédiatement dans un gigantesque combat (v. 7-12). De la femme il n'est plus question. L'action met deux armées en présence : celle de Michaël et celle du dragon. Au terme, le dragon est précipité sur la terre. Jean – qui décidément en sait beaucoup – nous apprend alors qu'il est "l'antique serpent, Diable et Satan", mots terribles qui éveillent en nous le souvenir de bien des pages bibliques. La voix dans le ciel ajoute qu'il accusait les "frères" devant Dieu et qu'il a été vaincu par eux. Nouvelles questions : qui sont ces 'frères" ? Quel rapport ont-ils avec les anges de l'armée céleste ?

La troisième scène se déroule sur la terre (v. 13-18). Le dragon rejoint la femme. Elle lui échappe une première fois par la voie des airs, une deuxième fois grâce à la terre elle-même. Furieux, le dragon se tourne vers le "reste de la descendance" de la femme – une descendance que Jean semble connaître mais dont nous apprenons l'existence. Posté "sur le rivage de la mer", le monstre attend. Même attitude que dans la première scène, quand il guettait la femme. L'histoire va-t-elle recommencer ? Sur terre cette fois, avec d'autres proies ?

La mémoire des récits bibliques

À relire calmement cet étrange récit dont l'issue reste suspendue, une chose nous frappe : Jean en sait plus qu'il ne veut bien le dire. Il nous dévoile l'identité de chacun des personnages à un moment ou à un autre mais il garde mystérieux le nom de la femme.

Le dragon est "l'antique serpent […] accusateur de nos frères" (v. 9-10). En quelques mots affluent toutes les figures du mal depuis le jardin de la Genèse. L'enfant est celui qui "doit mener paître toutes les nations avec une verge de fer" (v. 5). Le lecteur attentif reconnaît là une formule de psaume déjà entendue au début du livre (Ps 2,9; cf. Ap 2,27) qui renvoie au destin du Roi-Messie. Destin précisé par la voix céleste : le "temps du Salut" est celui "du Règne de Dieu et de l'autorité de son Christ" (v. 10). Quant aux “frères” (v. 10), Jean les rapproche de "ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus" (v. 17), autrement dit les chrétiens.

Mais qui est la femme ? Dans la première scène, elle enfante le Messie. Dans la dernière, nous découvrons avec surprise qu'elle a d'autres enfants et qu'elle subit victorieusement des épreuves au désert. Et si cette énigme était voulue par Jean ?

D'abord pour nous inviter à faire nous-mêmes un travail d'interprétation. Concernant l'enfant et le dragon, il nous donne une piste de recherche : la mémoire des récits bibliques. Suivons-le sur cette piste. Ensuite pour nous orienter vers la réalité profonde dont la femme est le signe : le salut offert par Dieu. N'oublions pas que tout ceci a lieu juste après l'apparition de l'arche de l'alliance, symbole des liens entre Dieu et son peuple (Ap 11,19). Dieu protège la femme en danger : comment ne protégerait-il pas sa descendance, dans laquelle nous sommes en droit de nous reconnaître ? Décidément nous n'avons pas affaire à un conte fantastique, mais à une relecture de l'histoire du salut, un regard lucide sur les malheurs du temps, un chant d'espoir pour aujourd'hui et pour demain.



SBEV. Gérard Billon
 
Ap 12
1Un grand signe apparut dans le ciel  : une femme, vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.
2Elle était enceinte et criait dans le travail et les douleurs de l'enfantement.
3Alors un autre signe apparut dans le ciel : C'était un grand dragon rouge feu. Il avait sept têtes et dix cornes et, sur ses têtes, sept diadèmes.
4Sa queue, qui balayait le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le dragon se posta devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance.
5Elle mit au monde un fils, un enfant mâle ; c'est lui qui doit mener paître toutes les nations avec une verge de fer. Et son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône.
6Alors la femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a fait préparer une place, pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.
7Il y eut alors un combat dans le ciel : Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges,
8mais il n'eut pas le dessus : il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel.
9Il fut précipité, le grand dragon, l'antique serpent, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier, il fut précipité sur la terre et ses anges avec lui.
10Et j'entendis une voix forte qui, dans le ciel, disait : Voici le temps du salut, de la puissance et du Règne de notre Dieu, et de l'autorité de son Christ ; car il a été précipité, l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu, jour et nuit.
11Mais eux, ils l'ont vaincu par le sang de l'agneau et par la parole dont ils ont rendu témoignage : Ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort.
12C'est pourquoi soyez dans la joie, vous les cieux et vous qui y avez votre demeure ! Malheur à vous, la terre et la mer, car le diable est descendu vers vous, emporté de fureur, sachant que peu de temps lui reste.
13Quand le dragon se vit précipité sur la terre, il se lança à la poursuite de la femme qui avait mis au monde l'enfant mâle.
14Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la femme pour qu'elle s'envole au désert, au lieu qui lui est réservé pour y être nourrie, loin du serpent, un temps, des temps et la moitié d'un temps.
15Alors le serpent vomit comme un fleuve d'eau derrière la femme pour la faire emporter par les flots.
16Mais la terre vint au secours de la femme : la terre s'ouvrit et engloutit le fleuve vomi par le dragon.
17Dans sa fureur contre la femme, le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus.
18Puis il se posta sur le sable de la mer.
Ap 12
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org