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Droit
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Justice
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Soupa Anne
Justice et droit
Contexte littéraire
 
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Les prophètes appellent de tous leurs voeux un roi qui défende "la justice et le droit". Quel est l'esprit de cette formule ?
 

Quel pays – autrefois ou aujourd'hui – ne souhaite stabilité et rapports sociaux équitables ? Dans la Bible, les prophètes appellent de tous leurs vœux un roi qui défende "la justice et le droit". Quel est l'esprit de cette formule ?

Tous les peuples du Proche Orient Ancien attendent de leur roi qu'il gouverne avec justice et applique le droit. Il assure ainsi le maintien de l'ordre du monde tel que les dieux l'ont fixé. À lui, de son côté, de prévenir les critiques en montrant qu'il fait de bonnes lois, qu'il les applique et qu'il punit les juges corrompus.

Dans les royaumes d'Israël et de Juda, les prophètes reconnaissent d'autant plus volontiers au roi cette éminente fonction que, pour eux, il est le "lieu-tenant" de Dieu, le "fils" adoptif du Seigneur. À lire l'oracle de Natan (2 Samuel 7), le trône de David est voulu et soutenu par Dieu. Non seulement Dieu n'a pas besoin qu'on lui construise une maison terrestre, tâche habituellement dévolue aux rois, mais c'est lui qui "construira une maison" à David, en lui assurant une descendance royale. La stabilité dynastique est une garantie de bonheur pour peuple. Quand Isaïe 9,6 espère que le nouveau roi établira et affermira "le trône de David sur le droit et la justice" c'est parce qu’il y va du respect de la volonté divine et de l'avenir du pays.

La formule a deux termes. En effet la pensée juive utilise souvent des couples de mots pour rendre compte d'une notion complexe, aux harmoniques nombreuses. C'est ici le cas.

Le mot de "justice" – "sedaqah" en hébreu – évoque une idée d'ordre, de stabilité. Est juste celui qui tient avec rectitude et fidélité la place qui lui a été assignée dans la société. Le roi veille donc à ce que chacun assume bien son rôle et travaille en sécurité, lui-même assurant la paix aux frontières. Le second terme – "mishpat" en hébreu – peut être traduit par "droit". Dépassant la simple application des lois et des règlements, il désigne, d'une façon assez large, le bon gouvernement. Le droit concourt à l'harmonie sociale, au respect de l'autre. Il est rattaché au don de la Loi à Moïse, au temps de l'exode. C'est dire qu'il vient de loin et qu'il est donné par Dieu au roi pour le peuple.

On le voit: les deux mots, sans coïncider, se recoupent. À eux deux, ils apparaissent comme des attributs de Dieu, un Dieu à la miséricorde inépuisable, soutien des faibles et des petits.

© SBEV. Anne Soupa

 
 
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