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Stricher Joseph
Jésus n'est pas accueilli par les siens (Luc 4,14-30)
Commentaire au fil du texte
 
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Jésus vient à Nazareth pour annoncer "une année d'accueil par le Seigneur", mais il est très mal reçu et ses auditeurs veulent le lyncher...
 

La scène est nettement délimitée par l’entrée et la sortie de Jésus du village. Il y entre précédé d’une bonne réputation (Lc 4,14-15). Il en sort après avoir failli être lynché. Que s’est-il donc passé ? Le drame se déroule en trois parties : la lecture d’Isaïe (v.16-20), le commentaire actualisant de Jésus et la réaction favorable des auditeurs (v.21-22), la suite du discours de Jésus et la réaction défavorable des auditeurs (v.23-30).

La lecture d'Isaïe (v.16-20)

Les actions de Jésus dans la synagogue sont décrites minutieusement. De part et d’autre de la citation, les mots se répondent deux par deux (v.17 et 20) : Jésus se lève et s’asseoit, on lui donne le livre et il le rend, il déroule le livre et le roule. Curieusement, l’acte de lecture lui-même n’est pas mentionné. On nous dit que Jésus a "trouvé" le texte. Mais l’a-t-il trouvé par hasard, l’a-t-il cherché ou bien était-ce le texte de la liturgie du jour ? L’auteur ne le dit pas. Les participants de l’office synagogal sont décrits par un seul trait : ils ont les yeux fixés sur Jésus. La citation prophétique se présente, elle aussi, en une structure "concentrique" : au début et à la fin, le Seigneur a l’initiative à la fois de l’onction d’un messager et de l’année d’accueil. Encadré par verbe proclamer et la mention d’une libération/liberté, figure, au centre de la composition, le retour à la vue des aveugles.

Le message de la grâce (v. 21-22)

Le commentaire de Jésus est bref, percutant et… mystérieux. Loin d’être une explicitation de la citation prophétique, il en proclame l’accomplissement. L’auteur de cet accomplissement n’est pas nommé mais les bénéficiaires le sont : "vous qui l’entendez". Le temps en est précisé : aujourd’hui. Pour le moment cette phrase reste énigmatique. Le lecteur cependant peut se souvenir de la première phrase de l’évangile où l’auteur parlait déjà d’accomplissement : "Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous…" Il peut se rappeler également ce que disait l’ange du Seigneur aux bergers : "Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur" (2,11) et la voix du ciel lors du baptême : "Tu es mon fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré" (3,22). Que Jésus soit Sauveur et Fils de Dieu, ses compatriotes de Nazareth semblent ici l'ignorer. Certes, ils accueillent favorablement ses paroles mais ils s’étonnent qu’elles sortent de la bouche du fils de Joseph. Paradoxalement, le lecteur en sait plus sur Jésus que les gens de Nazareth eux-mêmes.

Le refus d'accueillir (v. 23-30)

Jésus se lance ensuite dans un surprenant monologue. Il place un dicton concernant un médecin dans la bouche de ses compatriotes et leur répond par un autre dicton sur les prophètes. Le tout s’articule sur le soi-disant défi lancé à Jésus de faire la même chose dans sa patrie qu’à Capharnaüm (v.23). Il faut remarquer l’étrangeté du propos. Car les faits évoqués n’ont pas encore eu lieu ou du moins n’ont pas encore été racontés ! Jésus en effet ne se rend à Capharnaüm qu’après avoir quitté Nazareth (v.31). Ici il ne se présente pas comme un guérisseur mais comme un prophète et un prophète non accueilli par les siens. Jusqu’à présent rien ne laisse présager ce mauvais accueil, mais Jésus sait que cela se passera ainsi et l’annonce publiquement. En écho inversé à l’année d’accueil du prophète Isaïe, le prophète de Nazareth proclame donc un non-accueil chez les siens (v.24). Il vient pourtant de dire que la parole du prophète s’accomplit aux oreilles de ceux qui l’écoutent. C’est paradoxal.

Jésus appuie maintenant ses propos sur l’exemple de deux prophètes des temps anciens qui sont intervenus en faveurs de deux étrangers, une femme et un homme (v.25-27). Les deux histoires parallèles sont bâties sur le même modèle : "Il y avait beaucoup de…pourtant". Un glissement s’opère entre la petite patrie (le village) et la grande patrie (Israël). Jésus met en exergue deux épisodes mineurs de la vie des deux prophètes qui ne se sont pourtant pas tellement distingués par leur universalisme. Le coup d’éclat d’Élie a même consisté à massacrer les prêtres des divinités étrangères sur les hauteurs du mont Carmel (1 R 18). L’homélie de Jésus a quelque chose de provocateur et elle suscite une réaction violente.

Le récit se termine par une tentative de lynchage qui nous laisse perplexes. Pourquoi cette fureur des habitants de Nazareth envers l’un des leurs ? Et pourquoi le modeste village, blotti dans une vallée, est-il devenu, sous la plume de Luc, une ville située sur une colline ? La description conviendrait bien mieux à la ville de… Jérusalem ! S’agit-il d’une maladresse de Luc qui ne connaîtrait pas bien la géographie du pays ? Ne s'agirait-il pas plutôt de faire surgir, déjà, l’ombre menaçante d’une ville qui ne fera pas bon accueil à celui qui est venu annoncer l’année d’accueil du Seigneur ?

© SBEV. Joseph Stricher.

 
Lc 4,14-30
14Alors Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, et sa renommée se répandit dans toute la région.
15Il enseignait dans leurs synagogues et tous disaient sa gloire.
16Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture.
17On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit :
18L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a conféré l'onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté,
19proclamer une année d'accueil par le Seigneur.
20Il roula le livre, le rendit au servant et s'assit ; tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui.
21Alors il commença à leur dire : « Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez. »
22Tous lui rendaient témoignage ; ils s'étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph  ? »
23Alors il leur dit : « Sûrement vous allez me citer ce dicton : "Médecin, guéris-toi toi-même." Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm, fais-en donc autant ici dans ta patrie. »
24Et il ajouta : « Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie.
25En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d'Elie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays ;
26pourtant ce ne fut à aucune d'entre elles qu'Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta.
27Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d'entre eux ne fut purifié, mais bien Naamân le Syrien. »
28Tous furent remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles.
29Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas.
30Mais lui, passant au milieu d'eux, alla son chemin.
Lc 4,14-30
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org