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Alliance
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Salut
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Le Saux Madeleine
"Le salut vient des Juifs"
Théologie
 
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Cette affirmation de Saint Jean (4,22) paraît étonnante...
 

L'affirmation du v. 22 paraît étonnante. Une telle manière de parler n'est pas habituelle dans l'Évangile de Jean où les Juifs paraissent former un bloc hostile à Jésus.

Ce verset souligne une idée chère aux premiers chrétiens – Paul, de son côté, la défendra dans la Lettre aux Romains – à savoir que Dieu a élu le peuple juif et que c'est de ce peuple qu'est venu le Christ. Pourquoi alors le "Sauveur du monde" n'a-t-il pas été accueilli par les siens ?

Le Sauveur et le salut

Jésus est Juif. Ce n'est plus à prouver. La Samaritaine, issue d'une autre tradition religieuse, l'a reconnu comme tel. Et lui-même marque sa différence ethnique et croyante en disant : "Nous adorons ce que nous connaissons, pas vous…". Le "salut provient des Juifs" doit donc être entendu comme le "Sauveur du monde est issu du peuple de l'Alliance". Mais pas seulement. La phrase dit plus. Le mot "salut" y est utilisé sans complément, de façon absolue. Le texte johannique veut "maintenir la valeur permanente du processus que Dieu a voulu engager dans l'Histoire" en choisissant un peuple particulier (Xavier Léon-Dufour).

Le peuple de l'Alliance

Les chrétiens sont les disciples de Jésus Christ, Messie d'Israël. Leur foi s'enracine dans celle des Juifs. Aujourd'hui beaucoup de chrétiens l'ont compris et se passionnent, avec eux et comme eux, pour l'étude du Premier Testament. Un pape, Pie XI, a déclaré : "Nous sommes spirituellement des sémites". Il le disait en 1937 face à un antisémitisme croissant qui atteignait même des chrétiens. C'est pourquoi l'Église a entrepris de se ressaisir. Jusqu'à ce jour de mars 2000 où, à Jérusalem, un autre pape, Jean-Paul II, a demandé pardon pour le mal commis envers le "peuple de l'Alliance".

On dit parfois que le Quatrième Évangile, en parlant des "Juifs" hostiles, désigne non pas l'ensemble de la nation juive mais seulement ceux qui n'ont pas cru en Jésus Christ ; ou encore ceux qui, vers 75 (quelques années après la guerre de 70 et la destruction du Temple), chassaient les chrétiens des synagogues. Il faut aller plus loin. L'évangéliste manifeste un amour envers ses frères Juifs, mais un amour déçu. Pourquoi n'ont-ils pas cru ? À lire Jean 8, une réponse s'ébauche : ils ont buté sur le mystère de l'Incarnation. Or le scandale reste actuel : beaucoup de nos contemporains disent croire en Dieu, mais résistent à l'idée d'un Dieu fait homme.

Où adorer ?

Dans l'Histoire, le peuple d'Israël demeure le signe de l'amour de Dieu pour l'humanité. L'Église a connu cet amour grâce à ce peuple. À la Samaritaine – et à travers elle à tous les chrétiens – Jésus réaffirme cette priorité… sans obliger celui (celle) qui s'ouvre à la foi à reprendre toutes les particularités nées de l'Histoire. Faut-il adorer à Jérusalem ou au Garizim ? La question est déplacée moins vers un lieu donné – ils varient – que vers une attitude intérieure : "adorer en Esprit et en vérité".


© SBEV. Madeleine Le Saux.

 
Jn 4,22
22Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Jn 4,22
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org