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Qohélet
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Carrière Jean-Marie
L'auteur du livre de Qohélet
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Qui est l'auteur du livre de Qohélet ?
 

Il se présente lui-même d'entrée de jeu : "Paroles de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem" (1,1). Et à nouveau : "Moi, Qohélet, j'ai été roi d'Israël à Jérusalem" (1,12). On pense évidemment à Salomon, successeur de David et roi sage par excellence.

Sous un haut patronage

Mais Qohélet n'est pas Salomon. Composé à partir de la racine hébraïque "qahal" (assemblée), son nom désignerait simplement une fonction : celui qui convoque ou qui parle dans une assemblée ; certains le traduisent par "le Rassembleur", d'autres par "le Prédicateur". Nous ignorons l'identité véritable de Qohélet mais en se disant "fils de David" et "roi à Jérusalem", il attribue fictivement ses écrits à Salomon. Ce procédé qui nous étonne est courant dans la Bible et c'est une sorte d'hommage qui vaut pour d'autres livres : le Cantique des Cantiques, les Proverbes, le livre de la Sagesse… Car, dans la mémoire du peuple d'Israël, Salomon est resté un modèle de sagesse qui avait prononcé, paraît-il, "trois mille sentences et ses cantiques étaient au nombre de mille cinq" (1 Rois 5,12). Salomon vivait au 10e siècle av. J.-C. Mais Qohélet, lui, vit à Jérusalem au 3e siècle avant J.-C. : sa manière d'écrire, son style, son vocabulaire, en témoignent.

Un maître d'école ?

En mettant son ouvrage sous le patronage du vieux roi, l'anonyme qui se cache sous le nom de Qohélet, mine de rien, se montre critique vis-à-vis de son temps. Celui-ci est marqué par la pénétration de la culture grecque : outre l'architecture, s'imposent dans la capitale de la Judée des idées philosophiques comme le stoïcisme, l'épicurisme – et bien d'autres – qui marquent les mentalités et avec lesquelles Qohélet semble discuter. Il n'est pas interdit de penser que le "Prédicateur" ait été un intellectuel aimant débattre, un éducateur ayant le goût d'instruire, bref une sorte de maître d'"école" (au sens des écoles philosophiques grecques) rassemblant les jeunes gens cultivés de Jérusalem.

Qohélet était un débatteur. Son œuvre elle-même a été débattue mais sa leçon entendue. Aujourd'hui, les juifs la méditent à l'automne, lors de Soukkot (fête des Tentes). Les récoltes mûries au soleil étant engrangées, ils se fabriquent un abri précaire – des huttes de branchages – et laissent retentir en eux les propos du sage : "Tout est vanité…" 

 

Note :

Qohélet ou Ecclésiaste ? Le nom Qohélet est à rapprocher de la racine de "qahal" (assemblée). Or la traduction grecque de "qahal" étant "ekklésia" (que l'on retrouve dans le mot "église"), celle de "Qohélet" a donné "Ekklésiastès" (litt. "membre – ou orateur – de l'assemblée"). C'est de là que vient le mot "Ecclésiaste", popularisé par les anciennes Bibles.

 

© SBEV. Jean-Marie Carrière.

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org