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Chantres
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musique
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Temple
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Billon Gérard
Les chantres du Temple
Note historique
 
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Organisation, rôle et importance des chantres dans la liturgie du Temple...
 

Les psaumes racontent les merveilles de Dieu : création, libération, salut. En hébreu le psautier s'appelle donc tehillim, "livre des louanges". En français, les noms psaumes et psautier viennent du grec psalmoi (mélodie) et psalterion (sorte de lyre). Le mode d'expression en est venu à désigner ce qu'il exprime car, même dans la détresse, la louange reste présente, serait-ce en creux. Composés à diverses époques, les 150 psaumes furent réunis en recueil vers le 3e siècle av. J.-C., alors que le culte était centré sur le Temple. Le psautier a pu alors assumer, par la bouche de ceux qui le chantaient, une sorte de relais de la parole prophétique.

Le Second Temple

Le Temple de Salomon avait été incendié par les armées du roi de Babylone en 587 (2 Rois 25). Lorsqu'en 538, le roi perse Cyrus autorisa le retour des juifs exilés, l'une de leurs premières tâches fut de reconstruite le Temple sur la colline de Sion et de restaurer le culte. Les prêtres, descendants d'Aaron, eurent désormais dans la vie du peuple un place prédominante. Des institutions de l'ancien Israël, ils étaient les seuls à être sortis renforcés de l'épreuve : la royauté avait disparu et la prophétie, qui y était attachée, s'éteignit peu à peu.

À l'époque du Second Temple, du 5e au 1er siècle av. J.-C., sous les Perses, les Grecs et les Romains, les prêtres organisent la vie religieuse du peuple et conseillent les politiques. Mais il y a aussi les lévites. Le livre des Chroniques, écrit vers 350, attire l'attention sur eux, en particulier sur les portiers et les chantres. Les portiers sont les garants de la séparation entre sacré et profane, les chantres sont chargés des psaumes.

Chant et prophétie

Les chantres se répartissent alors en trois branches : les fils d'Asaf, de Yedoutoun (ou d'Etân) et de Hémân. David lui-même, autrefois, leur aurait confié "la charge du Chant dans la Maison du Seigneur, dès que l'arche eut un lieu de repos" (1 Ch 6,16), avant même que Salomon ne bâtisse le Temple. Ils chantent et s'accompagnent de divers instruments : bois, cordes, percussions… À défaut de notation musicale, le psautier a gardé les titres de certains airs alors composés : "Biche de l'aurore" (Ps 22) ou "Ne détruit pas" (Ps 57, 58 etc.). Mais on se tromperait en ne voyant en eux que des musiciens sacrés. En effet, ils disent avoir hérité de l'esprit prophétique et cela dès leur création. Le livre des Chroniques rapporte un épisode significatif : le roi Josaphat (8e siècle av. J.-C.), attaqué par les gens d'Ammon et de Moab, prend peur. Qui lui redonne courage ? Yahaziël, un chantre que l'esprit du Seigneur avait investi (2 Ch 20,14-15) ! Quatre siècles plus tard, à l'époque du Second Temple, il n'y a peut-être plus de prophète comme Isaïe ou Jérémie. Les chantres, parce qu'ils font monter quotidiennement louanges et supplications, assument une part de leur rôle : rappeler les hauts faits du Dieu de l'Alliance, exhorter à observer la Loi, ouvrir à l'espérance messianique.

Suite à l'échec de la royauté, face au silence de Dieu et à l'ironie des nations ("Où est leur Dieu ?" Ps 79,10), les lévites-chantres répondent que la colline de Sion rebâtie est devenue comme un autre Sinaï. C'est là que la Parole continue à se faire entendre dans les hymnes composés par les pères, en particulier par David. C'est là, dans les mots et la musique, que trône le Seigneur – "le Saint", disait Isaïe – et qu'il se donne à voir.
 

© SBEV. Gérard Billon.

 
 
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