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Paul et le judaïsme (E. Cuvillier)
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Bible de Luther :L’Apôtre Paul envoie une lettre aux Galates
La question du rapport à la Loi reste au coeur de la partition entre le judaïsme du premier siècle et les disciples de Jésus...
 

Paul et le Judaïsme : Chronique d’une rupture annoncée

 « C’est à bon droit que Paul qualifie ce monde de mauvais car c’est alors qu’il est le meilleur qu’il est le pire. C’est en la personne des religieux, des sages, des hommes doctes que ce monde est le meilleur est c’est là, en vérité, qu’il est doublement mauvais. »

Martin Luther, Commentaire de l’épître aux Galates (sur Ga 1,4)

La comparaison entre la fonction de la Loi dans le judaïsme du premier siècle et chez Paul est un thème bien connu des chercheurs. Le sujet est d’autant plus complexe que, pendant longtemps, se sont entremêlés analyse des phénomènes historiques et littéraires du passé et questions confessionnelles, sans oublier le lourd passif de l’antisémitisme chrétien. Bref, rien qui ne facilitait une approche sereine de la question. Fort heureusement, depuis quelques décennies, une meilleure connaissance historique du judaïsme et du christianisme anciens a conduit à modifier un certain nombre de paradigmes dans la recherche. En outre, un réel décentrement du regard permet une analyse dépassionnée de la question qui n’exclut pas le débat contradictoire.  Le sujet est en effet d’un grand intérêt tant sur le plan de la connaissance historique, que du point de vue de l’analyse du fait religieux. La question du rapport à la Loi reste en effet au cœur de la partition entre le judaïsme du premier siècle et les disciples de Jésus.

 Je me propose de traiter de ce sujet en trois temps. Tout d’abord, je dégagerai la compréhension de la Loi dont témoignent trois textes choisis dans le corpus des écrits du judaïsme du premier siècle. Je consacrerai la seconde partie de mon exposé à une analyse de la compréhension de la Loi dans deux textes clefs de Paul, Ga 3,6-14 et Rm 7,1-25. Enfin, je conclurai en dégageant les parallèles et les points de divergences entre Paul et les trois textes juifs précédemment analysés.

1. Place et fonction de la Loi dans le judaïsme du premier siècle : trois exemples

 La place et la fonction de la Loi dans le judaïsme du premier siècle est une question complexe eu égard à plusieurs paramètres étroitement imbriqués. Tout d’abord la diversité du judaïsme dit du second Temple, au moins jusqu’en 70 de notre ère et sans doute même un peu au-delà — disons jusque vers 135 et la révolte de Bar Korba. Deuxièmement, la période qui nous intéresse, période au cours de laquelle se situe la destruction du Temple qui modifie profondément le judaïsme en ce qui concerne sa composition sociologique mais également la compréhension qu’il a de lui-même au plan religieux. Enfin, l’abondance et l’extrême diversité du corpus de textes à notre disposition.

 Ces facteurs interdisant toute généralisation, je me limiterai à l’analyse de trois textes en relevant quelle compréhension se dégage de la Loi dans chacun d’eux. Le premier (Règle de la Communauté de Qumran) émane d’un milieu « sectaire » — au sens sociologique de ce terme —, le second (Contre Apion de Josèphe) est celui d’un auteur prônant une intégration du judaïsme dans la société de son temps. Enfin, le troisième texte (IV Esdras) constitue un regard orignal, dans la mesure où il se rapproche par certains côtés du texte de Qumran en même temps qu’il s’en distingue par un plus grand souci du monde extérieur et une interrogation particulièrement prononcée sur la destinée humaine. Dans ces trois textes, la place et la fonction de la Loi seront interrogées pour tenter d’en dégager les points communs mais aussi les spécificités. Regard partiel qui ne prétend pas tout dire des textes eux-mêmes, mais qui doit permettre d’offrir des points de comparaison plus précis avec le corpus néotestamentaire étudié.

1.1. Place et fonction de la Torah dans la Règle de la Communauté (1 QS)

 Le mot d’ordre de la Règle est résumé dans le programme proposé à celui qui veut intégrer la communauté : « se convertir à la Loi de Moïse » (1 QS 5,8). La Tora, sa lecture, son exégèse et l’obéissance qu’elle requiert déterminent la vie de la communauté et de chacun dans tous les aspects de l’existence. Lors du serment d’entrée (1QS 5,7ss) celui qui veut adhérer s’oblige à observer la Tora avec toutes ses implications. L’observance de la Tora est synonyme de bénédiction divine, sa non observance de malédiction. L’appartenance à la communauté signifie séparation entre ceux qui se soumettent à l’obligation de l’alliance et les impies du dehors (1 QS 5,8-11). La séparation se fait à l’aune de la Tora considérée comme expression de la volonté divine. Pour les membres de la communauté, l’amour envers les frères et la haine envers les impies de l’extérieur sont imitation de Dieu qui Lui-même hait le mal et aime le bien (1 QS 1,3-4). L’action juste est prescrite par Dieu « par l’intermédiaire de Moïse et par l’intermédiaire de tous Ses serviteurs, les prophètes » (1 QS 1,3). À l’instar de tout groupe juif, « faire ce qui est bon et droit devant Lui » (1 QS 1,2) est indiqué par la loi et les prophètes. Plus original est le reproche fait à ceux de l’extérieur — et il ne s’agit sûrement pas des païens : « ils n’ont pas enquêté et ils ne L’ont pas recherché en ce qui concerne Ses préceptes en vue de connaître les choses cachées dans lesquelles ils s’étaient égarés de façon coupable » (1 QS 5,11-12).

L’obligation à laquelle le nouveau membre se soumet est synonyme d’appartenance à l’alliance établie par Dieu. Ceux qui entrent en cette alliance doivent « agir selon tout ce qu’Il a prescrit » (1 QS 1,16s). Les « malédictions de cette alliance » (1 QS 2,16) frapperont celui qui s’y oppose. Dans un cadre qui réfère l’homme à la Tora, l’adhésion à la communauté est donc conçue comme un abandon volontaire du péché et des pécheurs par la conversion à la Tora de Moïse et par l’acceptation des ordonnances de la communauté. La vie selon la Torah peut être décrite comme une conduite parfaite sur les chemins de Dieu (1QS 2,2). Bénédiction et malédiction renforcent l’opposition stricte entre justes et impies telle qu’elle apparaît à travers les actions de chacun. La possibilité d’accomplir la Tora est présupposée ainsi que la liberté de refuser l’obéissance. La Tora est le critère qui permet de distinguer entre justes et impies, entre ceux qui appartiennent à la communauté et ceux qui lui refusent allégeance. La Tora donne  à chaque membre de la communauté, une référence fixe pour sa relation à Dieu et au prochain et crée le cadre qui lui permet de vivre sa vie  sous le regard bienveillant de Dieu et des promesses de salut.

1.2. Josèphe, apologue de la Loi juive dans le Contre Apion

 La démarche de Josèphe se situe aux antipodes du texte précédent. Il s’agit pour lui, à travers ce texte comme d’ailleurs à travers toute son œuvre, de faire l’apologie du judaïsme mais également de lui-même. Daté entre 89 et 96, l’objet principal du Contre Apion est de répondre à certaines critiques qu’avaient soulevées les Antiquités Juives, notamment en ce qui concerne l’ancienneté du peuple juif. Relevons quelques traits caractéristiques de la façon par laquelle Josèphe fait de la Loi un facteur d’identification et de légitimation communautaire et personnelle.

Avec l’assurance de l’apologiste Josèphe met en évidence l’age inégalé de la législation juive. Moïse est plus vieux que toutes les figures mythologiques ou historiques des Grecs : « Car d’abord les philosophes grecs, tout en faisant mine de tenir aux ordonnances  de leur pays, se sont ralliés en actions et enseignements à Moïse » (Ap 2, 281). À partir d’Israël la Loi est venue vers les autres peuples : « Nous avons enseigné les lois aussi à tous les autres hommes et on les a toujours pris comme exemple [...] Il n’y a pas de peuple et pas de ville grecque ou barbare où notre coutume de chômer le septième jour n’aurait pas trouvé accès » (Ap 2, 280-282). La loi est d’ailleurs éternelle : « Même si on nous prend notre richesse, notre pays et tout ce que nous avons de bon, la loi reste immortelle » (Ap 2, 277).

Dès leur enfance, les Juifs apprennent la Loi. Josèphe parle souvent du fait que les enfants reçoivent une éducation concernant les lois dès qu’ils sont capables d’apprendre (Ap 2, 178), si bien qu’un Juif sait les réciter plus facilement que son propre nom (Ap 2, 178). Elles sont tellement inscrites dans les âmes qu’il n’y a pratiquement pas de transgressions. Pour les enfants la Loi, à laquelle ils s’engagent, comme le peuple entier lors de la lecture solennelle à l’occasion de la fête des tentes, commande deux choses : premièrement d’apprendre à lire, et deuxièmement d’étudier les lois ainsi que les actions de leurs ancêtres pour les imiter. « De même les enfants doivent d’abord apprendre les lois, le plus haut savoir est la cause de la béatitude » (Ap 2, 221).

Il y a, chez Josèphe, un optimisme de la Loi qui ne suppose pas seulement qu’elle peut être accomplie mais qu’elle l’est effectivement. Il n’y a donc rien de plus juste que l’obéissance aux lois (Ap 2, 293). Et si les sanctions annoncées empêchent la transgression, c’est avant tout l’intelligence de l’excellence des lois qui est la source de la béatitude.

1.3. Désobéissance à la Loi et pessimisme anthropologique dans le IVe Esdras

Écrit après 70, IV Esdras veut répondre aux problèmes théologiques qui naissent de la destruction du Temple. Concernant la place et la fonction de la Loi, quatre passages sont particulièrement significatifs : III,19-22 ; VII,17-24 ; IX,26-37 ; XIII,54-55. Là encore relevons les traits principaux de la compréhension de la Loi qui se dégagent de cet ouvrage.

La Loi « rencontre la racine du mal dans le cœur du peuple » (III,22), c’est-à-dire la désobéissance des hommes. Le problème de l’auteur de IV Esdras c’est le mystère du mal comparé au caractère divin de la Loi. Pourquoi  en est-il ainsi ? La réponse de Dieu résonne à certains égards comme une fin de non recevoir à l’interrogation du visionnaire : il en est ainsi parce que les justes obéissent à la Loi et les injustes non. L’auteur se lamente-t-il du sort des impies auquel il craint sans doute d’appartenir (VII, 46 : « qui parmi les vivants n’a jamais péché ? ») ? La réponse est sans appel : pour eux, il n’y a pas d’espoir.

La réponse offerte aux interrogations de l’auteur consiste à le distinguer de ceux dont il se soucie du sort : « ne te confonds pas avec ceux qui ont méprisé les commandements, ne te compte pas au nombre de ceux qui seront tourmentés » (VII,76). Seules auront droit à la félicité « celles (les âmes) qui ont observé les commandements pendant leur vie, la loi qui leur a été confiée » (VII, 94). Mais Esdras renchérit. Il ne semble pas croire pas à la capacité d’obéir à la Loi. N’aurait-il pas mieux valu qu’Adam fut empêché de pêcher (cf. VII, 116) ? Réponse de Dieu : ne te préoccupe pas des impies. Ils avaient la possibilité de suivre mes voies, ils ne l’ont pas fait (VIII,55). Face aux interrogations du visionnaire, il y a une volonté souveraine de Dieu de le situer, lui le visionnaire, du côté des justes, de le « déclarer » juste en constatant ce qu’il fait et en le renvoyant toujours et encore à l’obéissance de la Loi. Le chemin du salut demeure pour l’auteur de IV Esdras dans la recherche de la Loi, de l’intelligence et de la sagesse (cf. XIII,54-55).

Le pessimisme de l’auteur sur la capacité d’obéir à la Loi le met aux antipodes de Josèphe mais aussi des sectaires de Qumran avec lesquels pourtant il entretient, sur le sujet qui nous intéresse, des liens certains. Un dernier mot sur le rôle du Messie : dans IV Esdras, il n’est pas directement relié à la Loi et sa fonction n’influence en rien l’importance et le rôle de la Loi. On peut dire que messianisme et Loi sont, en IV Esdras, deux lignes de réflexion parallèles.

1.4. Conclusion

Les convictions relatives à la Loi telles qu’elles ressortent de ces trois témoignages peuvent être synthétisées comme suit : 

- La Loi est au cœur de la piété et de la réflexion théologique de la Règle de la Communauté. Cette Loi est un don fait par Dieu à son peuple, mais sa désobéissance l’a rendu semblable aux païens. Heureusement un reste fidèle demeure. Pour Josèphe, cette Loi est supérieure à toutes les lois du monde grec qui n’en sont que des approximations et qui en reprennent l’essence.

- Cette Loi est un facteur d’identité pour le judaïsme. Identité par particularisation de type « sectaire » à Qumran où la Loi distingue la secte par rapport de l’ensemble d’Israël infidèle et de l’humanité pécheresse. Une identité que l’on peut dire « intégrative » chez Josèphe : les « païens » devraient reconnaître la supériorité des juifs. En retour, il s’agit pour lui, comme juif, de se faire reconnaître et admettre par la société de son temps.

- Par l’obéissance à la Loi est donnée la possibilité du maintien dans l’alliance. Si la Loi est une grâce faite au peuple, la « conversion » à cette Loi, c’est-à-dire son obéissance, est indispensable. À Qumran, l’insistance sur l’obéissance est très forte. Le péché est volonté délibérée de l’homme de désobéir à la Loi. Chez Josèphe s’ajoute à cela l’affirmation de la Loi comme Sagesse véritable. Dans le IVe Esdras, Dieu récompensera les justes qui obéissent à la Loi. Si la Loi est éternelle, ceux qui en sont les dépositaires ­peuvent périr à cause de leur infidélité. Dans ce contexte, le messie n’est pas directement lié à la Loi, il ne la remplace pas.

- On notera enfin la différence majeure entre la Règle de la communauté et Josèphe d’un côté et l’auteur de IV Esdras de l’autre : optimisme anthropologique chez les premiers, pessimisme radical chez le second. Aucun légalisme pourtant chez Josèphe et en IV Esdras. Pour ce qui concerne la Règle de la communauté, le jugement est sans doute plus nuancé mais il n’est pas exclu qu’il témoigne d’une forme de légalisme religieux.

 

1.5. Ouverture

 Au final, on ne déforme pas le judaïsme en le qualifiant de religion de la loi. Du reste, c’est exactement ainsi qu’il se considère lui-même : une religion éthique, fondée sur la loi mosaïque et dépassant les autres religions par son humanité (Contre Apion, II, 157–219). Ceux qui auront observé la loi seront récompensés par la vie après la mort (Contre Apion, II, 218). Josèphe est fier des lois juives et se sent supérieur aux païens. On trouve souvent des textes issus de la diaspora qui expriment ce légalisme éthique (Apocalypse de Sophonie, II Hénoch). Josèphe ne met pas l’accent sur l’élection dans sa présentation du judaïsme aux personnes de l’extérieur . Il est témoin d’un judaïsme qui existe par sa façon de se présenter, de façon idéalisée, vis-à-vis du monde païens. Il comprend le judaïsme comme une religion éthique de la loi, et il est fier de ce qu’il est.

À l’intérieur du judaïsme, il y a donc une pluralité dans la compréhension de la Loi. Le judaïsme comprend aussi des attitudes religieuses qui peuvent être appelées « légalisme » ou « religion de la justification par les œuvres de la loi » et sans doute le judaïsme de Saul était-il un judaïsme de cette sorte. La socialisation de Paul a eu lieu dans un double environnement social : dans la diaspora et en Palestine. En tant que juif de la diaspora, il était en compétition avec des non-juifs, avec pour enjeu l’accomplissement de normes éthiques qui pouvaient être communes aux juifs et aux païens. L’effort intense pour atteindre ce but débouchait sur une pression intérieure qui le poussait à aller au-delà des normes, dans le but de pouvoir « s’enorgueillir ». En tant que pharisien de Palestine, Paul était en compétition avec d’autres juifs pour accomplir la Torah. L’effort pour devenir un peuple saint menait dans ce cas à exercer une pression sur les autres afin qu’ils observent les normes – c’est le « zèle ». Paul a appartenu à des minorités qui tendaient à s’exalter elles-mêmes et à surpasser les autres (à « s’enorgueillir ») d’une part, à exiger trop des autres (le « zèle ») d’autre part.   

2. Place et fonction de la Loi en Ga 3 et Rm 7

2.1. À propos du vocabulaire de la Loi chez Paul

 « Il y a trois sortes de mensonges : les petits mensonges, les gros mensonges et les statistiques ! ». Fort de cet aphorisme d’un premier ministre anglais du XIXe siècle d’origine juive[1], contentons-nous de rappeler quelques chiffres sans en tirer plus de conclusions qu’il convient : sur 114 utilisations du substantif nomos dans les épîtres authentiques de Paul, 102 sont concentrées dans les seules épîtres aux Romains (71 occurrences) et aux Galates (31 occurrences). C’est  donc essentiellement vers ces deux épîtres qu’il faut enquêter. Encore nous faudra-til faire un choix et sélectionner pour chacune d’elle un texte clef. Ce sera Ga 3,10-14 et Rm 7. 

2.2. « Œuvres de la Loi » et « malédiction de la Loi » (Ga 3,10-14)

 Ga 3,6-14 est sans doute l’un des passages les plus difficiles et les plus controversés du Nouveau Testament, particulièrement à cause des v. 10-14. À tel point que certains exégètes ont renoncé à trouver une cohérence dans la pensée de Paul. Il est vrai qu’à partir du v.10, Paul semble se contredire presque à chaque verset :

   - En 10a, Paul affirme que ceux qui relèvent des « œuvres de la Loi » sont sous la malédiction, alors qu’en 10b il soutient, du moins en apparence, exactement le contraire : ceux qui ne pratiquent pas toute la Loi sont sous la malédiction.

   - Au v. 11, Paul passe brutalement à autre chose : peu importe finalement qui obéit ou n’obéit pas à la Loi (v. 10) puisque elle ne justifie personne.

   - Au v. 12 Paul oppose Loi et Foi et affirme que vivra l’homme qui pratiquera les préceptes de la Loi, ce qui contredit les v. 10a et 11 mais semble conforme au v. 10b.

Selon l’interprétation classique il faut, pour pouvoir comprendre de manière cohérente le passage, comprendre le v. 10 de la façon suivante. Ceux qui relèvent des œuvres de la Loi sont sous une malédiction car il est écrit : « Maudit quiconque ne demeure pas dans tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi en vue de faire les choses écrites dans celui-ci » Or, nul ne peut faire tout ce qui écrit dans le livre de la Loi, donc tout le monde est sous la malédiction. De là découle logiquement l’interprétation des versets qui suivent. L’Écriture confirme que la Loi ne peut justifier au contraire de la foi (v. 11). La Loi, en effet, procède d’une autre logique que la foi, (v. 12) « celui qui accomplit les prescriptions de cette loi vivra », mais, cf. v. 10, c’est impossible. Donc, ne reste plus que s’en remettre au Christ qui,  par sa mort (v. 13)  est la victime expiatoire en prenant sur lui la condamnation que la Loi faisait peser sur nous.

Cette interprétation est insatisfaisante pour quatre raisons :

a. Paul ne dit jamais — dans l’épître aux Galates — qu’il est impossible d’accomplir toute la Loi.

b. Il le dit d’autant moins qu’en pharisien rigoureux il n’oublie jamais que la Loi elle-même prévoit des rites d’expiation pour suppléer les manquements humains. Obéir à la Loi dans sa totalité c’est donc, non seulement faire les œuvres de justice requises mais également accomplir le rituel d’expiation quand on est en manque par rapport aux exigences de la dite Loi.

c. Paul lui-même, dans l’épître aux Galates, reproche à ses adversaires de ne pas accomplir toute la Loi. Cf. Ga 5,3 : « Et j’atteste encore une fois à tout homme qui se fait circoncire qu’il est tenu de pratiquer la loi intégralement »

d. Enfin, en Ph 3,6, Paul dit de lui-même qu’en tant que pharisien il était « devenu irréprochable quand à la justice qui vient de la Loi »

Comment alors comprendre le passage ? Un rappel d’abord sur le contexte historique de l’épître. En l’absence de Paul, les Galates sont sous l’influence de prédicateurs judaïsants qui veulent les obliger à se faire circoncire. De cette volonté de faire circoncire les chrétiens d’origine païenne, on a très souvent déduit qu’il s’agissait de judéo-chrétiens légalistes prônant une observance méticuleuse de la Loi. Les données de l’épître ne semblent pas aller dans ce sens. En particulier l’insistance de Paul à montrer l’incohérence des partisans de la circoncision qui ne poussent pas jusqu’au bout leur logique, (cf. 5,3 déjà mentionné,  et 6,13 : « ceux la-même qui sont circoncis n’observent pas la Loi »).  En fait, du point de vue de ces enseignants judéo-chrétiens, la circoncision est le commandement par excellence, le commandement qui signifie la pleine participation au peuple de Dieu. Les missionnaires judéo-chrétiens sont les tenants d’une forme de judéo-christianisme ouvert aux nations : par la circoncision, l’observance du Sabbat et les règles de pureté rituelle les païens deviennent membre du peuple de Dieu, car le Christ leur a ouvert, par sa mort expiatoire, l’accès au salut. Les païens peuvent désormais être bénéficiaires de la promesse pour autant qu’ils en manifestent les marques.

C’est sur cette arrière-plan qu’il est possible d’interpréter le passage. Auparavant, il faut rendre compte d’une opposition construite pas Paul dans ce passage. D’un côté ceux qui sont (issus) de la foi (3,7 et 9), c’est-à-dire ceux qui tiennent leur identité de la foi de/en Christ. Ils sont fils d’Abraham (v. 7) héritiers de la bénédiction d’Abraham. À l’opposé, ceux qui sont (issus) des œuvres de la Loi (cf. Ga 2,16 ; 3,2.5.10 ; également Rm 3,20). L’expression ne désigne pas  « les pratiquants de la Loi » (TOB) au sens large de ceux qui obéissent à l’ensemble des prescriptions de la Loi, mais désignent ceux qui, en Galatie, sont littéralement issu des « œuvres de la Loi » (Colombe : « dépendent des œuvres de la Loi ») c’est-à-dire ont accepté la marque d’identité que constitue la circoncision. On pourrait presque traduire que la circoncision est chez eux (sur eux ou en eux) une « œuvre de la Loi », elle les identifie comme appartenant au peuple de l’alliance.

Au début du passage (v. 6-10a) Paul affirme que, à l’inverse des « héritiers » de la bénédiction d’Abraham, ceux qui relèvent des « œuvres de la Loi » sont sous la malédiction (v. 10a). Pour l’apôtre, cette « malédiction » est confirmée  par l’Écriture de trois manières (v. 10b, v. 11b et v. 12b).  

- Premièrement (v. 10b) la malédiction qu’encourent ceux qui dépendent des œuvres de la Loi est liée au fait qu’ils limitent leur observance de la Loi à quelques « marqueurs d’identité » (dont la circoncision et sans doute les lois de pureté alimentaire). Ils sont, au pire hypocrites au mieux inconséquents : celui qui accepte la circoncision comme marque d’identité est en effet tenu de pratiquer l’ensemble de la Loi, sous peine de subir la malédiction que la loi fait encourir aux membres d’Israël infidèles. Cette interprétation serait conséquente avec Ga 5,3 où Paul souligne que ceux qui se font circoncire ne peuvent se contenter que de cela. Paul pousserait  ses adversaires (et les Galates) jusqu’au bout de la logique dans laquelle ils ont mis le doigt, celle de la dépendance à la Loi. Le verset 10 est ici interprété dans le cadre d’une logique rigoriste qui correspond assez bien avec l’image que Paul donne de lui-même dans le Judaïsme (ne se présente-t-il pas comme un pharisien zélé en Ph 3) : avec la Loi on ne fait pas les choses à moitié !

- Cependant il y a une autre raison plus fondamentale de cette malédiction. Se fondant à nouveau sur les Écritures, Paul abandonne en effet la logique pharisienne pour affirmer de manière abrupte que, de toute manière, ce n’est pas la Loi qui justifie mais la foi. 

- Enfin, au v. 12, toujours par les Écritures, il affirme que Loi et foi n’appartiennent pas à la même sphère. Quelle est la différence ? Paul le dit implicitement en citant l’AT : celui qui fera les choses (écrites dans la Loi), vivra en elles. La logique de la Loi est une logique du faire. La logique de la foi est différente : c’est la logique d’une promesse reçue dans la confiance (cf. 3,8).

Et Paul de conclure (v. 13) : Christ nous a racheté de la malédiction de la Loi. Le « nous » est ici important car il englobe à la fois les Galates qui n’accomplissaient pas l’ensemble de la Loi et étaient donc passible d’une malédiction et Paul, qui, autrefois accomplissait la Loi et était donc, non seulement dans une logique du faire (v. 12) mais également non justifié (v. 11). L’argumentation de Paul consiste ainsi à confronter ses auditeurs à une double contrainte : ils sont sous une malédiction s’ils n’obéissent pas à toute la Loi (c’est tout ou rien avec la Loi) et  ils sont maudit si ils obéissent (car la Loi ne justifie pas). Il s’ensuit que la Loi est une puissance mortifère : elle produit de toute manière la malédiction et non la bénédiction. Le Christ nous arrache à cette malédiction en la subissant à notre place (v. 13). Paul utilise ici encore une citation, celle de Dt 27,26. Cependant, il omet ici un terme essentiel : dans la LXX, on lit : « Maudit par Dieu quiconque est pendu au bois ». Dans l’épître, et compte tenu du contexte, l’omission par Dieu porte à conséquence et oblige l’auditeur à poser la question que Paul laisse ouverte : qui maudit le Christ ? Dieu ou la Loi ?

2.3. L’élargissement de la notion de « Loi » (Rm 7)

 En Rm le contexte est différent. Il ne s’agit plus de la circoncision comme marque d’identité. Il s’agit de repenser la place de la Loi dans l’économie du temps messianique. Pour tenter de rendre compte de la logique de l’ensemble, il faut refaire le parcours de l’argumentation :

 Rm 7,1-6 : nous (les croyants de Rome, juifs et païens) ne sommes plus sous le régime de la Loi mais sous le régime de l’Esprit v. 6). En d’autres termes, le monde nouveau a fait irruption dans notre existence ; le monde ancien est terminé. Monde nouveau : foi/christ/esprit ; monde ancien : loi/lettre/chair/péché.

 Mais alors : Loi = péché ? Paul reprend ici une question qu’on devait régulièrement lui objecter (déjà dans Galates : Loi/malédiction). Ici c’est le juif Paul qui est questionné. Son revirement ne l’a-t-il pas conduit à disqualifier définitivement, voire à diaboliser la Loi ? Paul s’en défend énergiquement dans les v. 7-25 : la loi est bonne, sainte, juste. Simplement elle sert à faire apparaître le péché comme péché. La Loi est le révélateur du caractère mauvais de l’ancien monde.

 C’est ce que raconte Paul dans les v. 7-25 : il relit son passé de pharisien à partir de son expérience de croyant messianique (ce qui explique la différence avec Ph 3). Il montre comment son existence était celle d’un homme tiraillé : souhaitant accomplir la Loi dans son ensemble (cf. Ga 5,3 où il radicalise le rapport à la Loi des Galates) et se découvrant prisonnier du péché. Cependant, la force de Paul lorsqu’il fait la relecture de son passé de pharisien, c’est d’impliquer aussi ses auditeurs païens en leur demandant de faire la même expérience de relecture dans l’après coup. Pour cela il utilise le procédé rhétorique de l’antanaclase : le terme “nomos” devient un terme mouvant et désigne plus que la Loi de Moïse : chacun à une “loi”, une instance devant laquelle il comparaît. Ainsi tout homme, juif et païen peut se relire dans ce parcours… dès lors que, à la lumière de l’événement messianique, il est conduit à opérer une relecture de son passé.

 Comme disciple du messie, cependant il est passé d’un monde à un autre. Il y est passé par une déclaration de libération qui vient de Christ (v. 25). C’est-à-dire, il n’a pas intrinsèquement changé mais il a été déclaré juste devant Dieu. Et c’est pourquoi, lorsqu’il fait cette relecture de son passé d’homme divisé, ce combat intérieur fait toujours un écho en lui (comment pourrait-il d’ailleurs le comprendre vraiment s’il ne le vivait pas encore). On se trouve devant le paradoxe suivant :

- Du point de vue de la logique argumentative de Paul  Rm 7 ne concerne pas le croyant : c’est l’homme juif, et, à un second niveau, tout homme sans Christ qui est concerné par ce que dit Paul.

- Dans le même temps le croyant messianique sait que ce combat le concerne encore. Il est encore, d’une certaine manière divisé. Et cependant, l’ancien monde qui reste tapi à sa porte n’a plus d’effet sur lui, car « rien ne peut le séparer de l’amour de Dieu manifesté en Christ ».

2.4. Conclusion

 Ce n’est pas l’obéissance à la Loi qui assure le salut. Elle n’a plus de dimension identitaire première même si elle distingue juifs et grecs (mais on sait ce qu’il advient de la distinction « en Christ »). Il y a un pessimisme qui n’est pas sans anticiper ce que formulera le IVe Esdras (Paul : elle fait apparaître la désobéissance ; Esdras : elle rencontre la désobéissance). Il n’y a pas d’apologie de la supériorité de la Loi : la question n’est pas de défendre l’idée que les lois des grecs et des païens s’inspirent de la Loi de Moïse. Mais plutôt une généralisation du concept de loi. Un élargissement de la notion. Par contre, à la différence du IVe Esdras, la figure du Messie vient remplacer la loi dans sa fonction sotériologique. De telle manière que la colonne vertébrale se déplace de la Torah au Messie.

Pour ce qui concerne la question du légalisme, celui-ci n’est pas en question. Paul n’accuse pas le judaïsme de son temps de légalisme… il ne vise d’ailleurs jamais directement le judaïsme (sauf à la notable exception de 1 Th 2,14-16) sinon en creux : c’est p.e. Saul l’ex-pharisien qui fait fonctionner le légalisme pour lutter contre les judéo-chrétiens non légalistes : la circoncision n’est pas suffisante, vous êtes tenus d’obéir à toute la Loi.

 Au final, l’attitude de Paul consiste, ni plus ni moins, à opérer une dé-gradation de la Loi : « venue 430 plus tard (qu’Abraham) » (Ga 3,17) elle ne se trouve pas du côté de la promesse. « Promulguée par les anges par la main d’un médiateur » (Ga 3,20), elle « n’a pas le pouvoir de faire vivre » (Ga 3,21). C’est que, pour Paul, la révélation du Christ marque la fin de la Loi (cf. Rm 10,4) et nous ne lui sommes plus soumis (Ga 3,25). Dans le passage que nous avons étudié, les v. 6-9 attestent de cette conviction de Paul : seuls ceux qui dépendent de la foi sont fils d’Abraham. On rappellera ici que dans le Judaïsme contemporain de Paul, la figure d’Abraham est centrale, et que son importance tient d’une part à l’obéissance du patriarche au commandement de la circoncision et d’autre part à sa fidélité dans l’épreuve de la ligature d’Isaac, bref à son obéissance à la Loi. Non seulement, chez Paul, toute référence à l’épreuve d’Abraham est absente mais en Rm 4,10 Paul précise clairement : Abraham a été justifié par la foi avant la circoncision. La conséquence est que la Loi n’est plus signe et garantie de l’identité croyante. Seule la foi de/en Christ atteste de l’identité croyante devant Dieu. Il s’ensuit que plus aucune « œuvre de la Loi » n’est en mesure d’assurer une quelconque garantie et que l’alliance s’élargit aux dimensions du monde sur le seul critère d’un sujet reconnu comme aimé de Dieu par la seule méditation du Christ. Qu’il l’ait voulu ou non, qu’il en, ou non, pleinement pris conscience, Paul portait un coup fatal à la compréhension de soi du Judaïsme de son temps. Qu’en est-il de la Loi comme source de la liberté humaine ? Dit autrement de la « faisabilité » de la Loi comme garantissant une vie de sagesse sous le regard de Dieu ?  À mon sens la réflexion de Paul en Galates n’est qu’amorcée : deux logiques s’affrontent. Celle du « faire » (qualifiant et éthique a priori non impossible et de toute manière indispensable pour quiconque veut être circoncis). Celle du Christ qui libère de la logique du faire, « malédiction » conduisant à la mort. Car la Loi n’a pas été donnée pour faire vivre (3,21), elle fait surgir les transgressions (3,19). Cette intuition Paul la développe en Rm 7. Pour Paul, la Loi n’est plus signe et source de la liberté humaine. Alors que dans le Judaïsme la compréhension de la Loi est liée à la capacité qu’a l’homme de pouvoir choisir librement entre le bien et le mal, pour Paul, l’homme n’est pas libre, il est un être divisé, asservi au péché qui n’est pas faute morale que l’on peut vaincre par la volonté (ou l’expiation rituelle) mais puissance asservissante dont le Christ libère en nous faisant basculer dans la nouvelle création, de telle manière que l’ancienne n’ait plus de prise sur nous (ce qui ne signifie pas que nous n’en subissions pas encore les soubresauts !). L’homme est ainsi libéré pour un faire dépréoccupé mais évidemment « agissant » au sens que l’Evangile reçu a des effets de vie sur celui qui le reçoit et ceux auprès duquel il en rend témoignage : Paul est un exemple vivant de l’énergie que suscite la réception de la Bonne Nouvelle (ce qu n’a strictement rien à voir avec un « salut par les œuvres » ou des « œuvres méritoires » mais atteste de ce que la Parole est agissante ou qu’elle n’est pas !).

[1] Benjamin Disraeli (1804-1881) 

 

 
Ga 3,6-14
6Puisque Abraham eut foi en Dieu et que cela lui fut compté comme justice,
7comprenez-le donc : ce sont les croyants qui sont fils d'Abraham.
8D'ailleurs l'Ecriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a annoncé d'avance à Abraham cette bonne nouvelle : Toutes les nations seront bénies en toi.
9Ainsi donc, ceux qui sont croyants sont bénis avec Abraham, le croyant.
10Car les pratiquants de la loi sont tous sous le coup de la malédiction, puisqu'il est écrit : Maudit soit quiconque ne persévère pas dans l'accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi.
11Il est d'ailleurs évident que, par la loi, nul n'est justifié devant Dieu, puisque celui qui est juste par la foi vivra.
12Or le régime de la loi ne procède pas de la foi ; pour elle, celui qui accomplira les prescriptions de cette loi en vivra.
13Christ a payé pour nous libérer de la malédiction de la loi, en devenant lui-même malédiction pour nous, puisqu'il est écrit : Maudit quiconque est pendu au bois.
14Cela pour que la bénédiction d'Abraham parvienne aux païens en Jésus Christ, et qu'ainsi nous recevions, par la foi, l'Esprit, objet de la promesse.
Rm 7,1-25
1Ou bien ignorez-vous, frères - je parle à des gens compétents en matière de loi  - que la loi n'a autorité sur l'homme qu'aussi longtemps qu'il vit ?
2Ainsi la femme mariée est liée par une loi à un homme tant qu'il vit ; mais s'il vient à mourir, elle ne relève plus de la loi conjugale.
3Donc, si du vivant de son mari elle appartient à un autre, elle sera appelée adultère ; mais, si le mari vient à mourir, elle est libre à l'égard de la loi, en sorte qu'elle ne sera pas adultère en appartenant à un autre.
4Vous de même, mes frères, vous avez été mis à mort à l'égard de la loi, par le corps du Christ, pour appartenir à un autre, le Ressuscité d'entre les morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu.
5En effet, quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses, se servant de la loi, agissaient en nos membres, afin que nous portions des fruits pour la mort.
6Mais maintenant, morts à ce qui nous tenait captifs, nous avons été affranchis de la loi, de sorte que nous servons sous le régime nouveau de l'Esprit et non plus sous le régime périmé de la lettre.
7Qu'est-ce à dire ? La loi serait-elle péché ? Certes non ! Mais je n'ai connu le péché que par la loi. Ainsi je n'aurais pas connu la convoitise si la loi n'avait dit : Tu ne convoiteras pas.
8Saisissant l'occasion, le péché a produit en moi toutes sortes de convoitises par le moyen du commandement. Car, sans loi, le péché est chose morte.
9Jadis, en l'absence de loi, je vivais. Mais le commandement est venu, le péché a pris vie,
10et moi je suis mort : le commandement qui doit mener à la vie s'est trouvé pour moi mener à la mort.
11Car le péché, saisissant l'occasion, m'a séduit par le moyen du commandement et, par lui, m'a donné la mort.
12Ainsi donc, la loi est sainte et le commandement saint, juste et bon.
13Alors, ce qui est bon est-il devenu cause de mort pour moi ? Certes non ! Mais c'est le péché : en se servant de ce qui est bon, il m'a donné la mort, afin qu'il fût manifesté comme péché et qu'il apparût dans toute sa virulence de péché, par le moyen du commandement.
14Nous savons, certes, que la loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché.
15Effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais.
16Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, je suis d'accord avec la loi et reconnais qu'elle est bonne ;
17ce n'est donc pas moi qui agis ainsi, mais le péché qui habite en moi.
18Car je sais qu'en moi - je veux dire dans ma chair  - le bien n'habite pas : vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir,
19puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais.
20Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, ce n'est pas moi qui agis, mais le péché qui habite en moi.
21Moi qui veux faire le bien, je constate donc cette loi : c'est le mal qui est à ma portée.
22Car je prends plaisir à la loi de Dieu, en tant qu'homme intérieur,
23mais, dans mes membres, je découvre une autre loi qui combat contre la loi que ratifie mon intelligence  ; elle fait de moi le prisonnier de la loi du péché qui est dans mes membres.
24Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort  ?
25Grâce soit rendue à Dieu par Jésus Christ, notre Seigneur  ! Me voilà donc à la fois assujetti par l'intelligence à la loi de Dieu et par la chair à la loi du péché.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org