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Cahiers Evangile
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Histoire
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Naissance
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Billon Gérard
Ainsi naquirent les Cahiers Évangile
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Le premier numéro de la revue est paru à la fin de l’année 1972...
 

Alors que le Service biblique catholique Évangile et Vie et sa revue Cahiers Evangile fêtent leurs quarante ans, retour sur une naissance.

Le premier numéro de la revue est paru à la fin de l’année 1972 : « Lecture de l’Évangile selon saint Marc ».

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Le premier directeur de la rédaction s’appelait Étienne Charpentier (1930-1981). Prêtre du diocèse de Chartres, il était responsable du tout nouveau « Service biblique catholique Évangile et Vie ». La naissance de la revue et celle du Service biblique se confondent. 

Le terreau : le mouvement biblique

L’histoire commence… en 1891. Un prêtre de Metz, l’abbé Garnier, fonde la « Ligue Catholique de l’Évangile » pour favoriser les cercles d’études bibliques et pour diffuser des brochures sur l’Évangile et le Nouveau Testament dans les paroisses, les hôpitaux, les sanatoriums, les prisons. Encouragée par les papes, de Léon XIII à Pie XII, l’association continuera l’œuvre du fondateur. En 1948, un dominicain, le P. Gourbillon, a l’idée de lancer des cahiers trimestriels titrés sobrement Évangile. On les appellera, plus familièrement, « cahiers rouges » à cause de leur couleur. 

En 1951, un article du P. Chifflot (qui portait le projet de la « Bible de Jérusalem ») dresse une liste de six attitudes devant la Bible : lecture cursive – personnelle –, lecture « critique », lecture liturgique – communautaire –, lecture théologique, lecture spirituelle et enfin lecture poétique où le texte « travaille » la vie du lecteur. Pour la lecture critique, il explique : « … comprendre le texte (ou avoir une bonne traduction), avoir le sens du contexte, utiliser des guides devant les difficultés historiques et littéraires… ». Les « cahiers rouges » font de cette lecture critique un de leurs objectifs, sans lâcher celui de la lecture spirituelle. Ils accompagnent l’effort biblique qui, alors, balance entre pastorale et recherche scientifique, entre la Bible du cardinal Liénard (1950) et la Bible de Jérusalem (1949-1955). 

Entre pastorale et critique historique 

Que « l’accès à la sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens » dit la constitution conciliaire Dei Verbum (n° 22). De fait, dans les années 1960 et 1970, la mise en œuvre des documents du concile Vatican II comme Dei Verbum (sur la révélation divine) ou Sacrosanctum Concilium (sur la liturgie) ont aidé les catholiques à ouvrir la Bible.

Encore fallait-il une mise en œuvre ! Elle a été placée d’emblée sous le signe de l’œcuménisme. Dès 1967, le cardinal Bea, ancien recteur de l’Institut biblique pontifical et président du premier Secrétariat pour l’Unité des chrétiens, prend contact avec les organisations bibliques catholiques. En 1969, le Secrétariat fonde la Fédération Biblique Catholique Mondiale qui, en 1970, ouvre un bureau à Rome avant de le transférer à Stuttgart en 1972. Elle a pour mission de servir la pastorale biblique dans tous les pays catholiques et d’être le vis-à-vis des sociétés bibliques protestantes qui, depuis presque deux siècles, diffusent largement des éditions de la Bible. 

En 1966, sous l’impulsion des PP. Cazelles, Grelot et Léon-Dufour avait été créée l’Association Catholique Française pour l’Étude de la Bible (ACFEB). Dans son projet, le souci pastoral n’était pas absent, loin de là, mais subordonné aux échanges scientifiques. En 1970, après discussion avec l’ACFEB et consultation des mouvements et services d’Église, l’épiscopat invite la modeste Ligue Catholique de l’Évangile à se transformer pour devenir le « Service biblique catholique Évangile et Vie » (SBEV) chargé d’être l’antenne française de la Fédération Biblique Catholique Mondiale. L’association reste indépendante mais la nomination de son directeur sera soumis à l’approbation des évêques. Le P. du Buit, o.p., qui avait succédé en 1964 au P. Gourbillon comme directeur de la rédaction des « cahiers rouges », cède amicalement la place au P. Charpentier, premier directeur du SBEV. 

Le SBEV a donc pour parrains l’épiscopat et l’ACFEB, laquelle le considère comme son service pastoral. Le format de la revue est rajeuni et le titre à peine modifié devient Cahiers Évangile. La fabrication et la diffusion sont confiées aux éditions du Cerf. 

Celles-ci disposent déjà d’une belle palette de publications bibliques. Elles portent la révision de la Bible de Jérusalem (qui sortira en 1973) et le chantier de la TOB (avec la Société biblique française, protestante). Elles offrent une collection scientifique : « Lectio divina » et une autre plus grand public : « Lire la Bible ». Elles éditent des revues populaires comme La Bible et son Message ou Fêtes et saisons

Le premier numéro ne sera prêt qu’à la fin 1972. Dans son éditorial, le P. Charpentier livre le projet du SBEV : « … un service qui, modestement et sans monopole, en liaison avec d’autres organismes comme par exemple les ‘Équipes de Recherche Biblique’ [protestantes], voudrait être au service de tous ceux qui, sans être spécialistes, désirent aider ou être aidés à lire les Écritures : chrétiens isolés, communautés, cercles bibliques, maisons d’édition… ». Et il donne les caractéristiques des Cahiers : « Sérieux de l’exégèse, facilité de lecture, souci d’aider à la rencontre personnelle avec Jésus Christ ». Très rapidement, le nombre d’abonnés monte à 6000. 

Dans les années 1970, les Cahiers Évangile – tout comme les Fiches bibliques co-éditées par le SBEV et le centre St Dominique de l’Arbresle – participent du courant dominant « historico-critique » : replacer le texte dans son contexte littéraire et historique, s’intéresser aux étapes de la rédaction, à l’historicité des événements et des personnages etc. C’est dans cette ligne qu’à partir de 1979, deux Suppléments aux Cahiers Évangile proposent des anthologies de textes parmi les plus importants du judaïsme ancien, du Proche-Orient ancien et du monde gréco-romain. Tout cela est fait sans (trop) de jargon, avec le souci d’en tirer profit pour aujourd’hui. Remarque : le nombre des numéros consacrés au N.T. dépasse – et de beaucoup – ceux consacrés à l’A.T., alors que celui-ci forme les deux tiers de la Bible. Défaut de jeunesse ? Peut-être. Quarante ans après, il reste des pistes à explorer.
                                                     

© Gérard Billon, directeur des Cahiers Évangile, SBEV / Éd. du Cerf.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org