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Apocalypse
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Thil Suzanne
Cahiers Evangile n° 147

 Saint Paul : une théologie de l’Église ?

L'Apocalypse, DVD
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Gérard Mordillat, Jérôme Prieur L' Apocalypse
L'Apocalypse, un film passionnant à la démarche orientée...
 

Gérard Mordillat, Jérôme Prieur
L' Apocalypse
coffret de 4 DVD, 12 x 52 mn, Archipel 33 et Arte Vidéo, 2008, 60 €

Dans cette série de 12 épisodes sur les débuts du christianisme, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur reprennent les principes de leurs précédentes séries : Corpus Christi (1997) et Les origines du Christianisme (2003) : des spécialistes de plusieurs pays, filmés en plan rapproché ou en gros plan sur un fond sombre, répondent à des questions que l'on n'entend pas. Leurs interventions sont découpées en tranches de longueur variable et présentées en une mosaïque dont la composition n'apparaît qu'à la fin de la série. L'austérité de la mise en scène, ainsi que la notoriété de la plupart des intervenants et leurs divergences d'opinion, semblent garantir l'objectivité de la série... dont plusieurs indices montrent cependant, dès le début, que la démarche est orientée.

Les effets de la voix-off.

Le premier épisode, La synagogue de Satan, traite de l'Apocalypse, l'ouvrage qui donne son titre à toute la série. Mais après des interventions éclairantes sur le genre littéraire dont relève le livre et sur l'auteur, il apparaît que le but de cet épisode n'est pas de donner une idée de l'ensemble du livre mais de se concentrer sur l'expression « synagogue de Satan » (Ap 2,9 et 3,9) puis de privilégier une des hypothèses, celle qui reconnaît dans cette « synagogue » la communauté paulinienne. La voix-off qui assure la liaison entre les différentes parties du film conclut : « l'apocalypse, la fin du monde attendue par les chrétiens, n'est pas arrivée », opérant ainsi une réduction en complète contradiction avec les propos que viennent de tenir les chercheurs.

Le deuxième épisode, très réussi, s'intéresse à L'incendie de Rome en 64, attribué par Néron aux chrétiens. Le troisième, Le sang des martyrs, n'est pas de même niveau. Il traite du genre littéraire « récits de martyre » qui exalte la souffrance. Ces récits sont qualifiés de littérature populaire et même de  « pulp fiction » (P. Frederiksen) mais certains chercheurs font des rapprochements contestables : G. Stroumsa parle de « nostalgie du sacrifice humain » et M. Rizzi va jusqu'à comparer les martyrs chrétiens aux auteurs des attentats suicides du 11 septembre ! Les épisodes suivants sur l'apologétique chrétienne face au judaïsme, Querelle d'héritage, et sur l'établissement d'un canon des Écritures, La nouvelle alliance, sont très éclairants. Cependant, la voix-off, encore une fois, se montre anachronique et tendancieuse en interprétant la formule de Justin sur le « véritable Israël » constitué par les chrétiens comme la volonté d'effacer les juifs de l'histoire !

Le sixième épisode, La grande hérésie, traite de la gnose, un courant ésotérique que les chercheurs présentent comme débordant largement le christianisme, mais que la voix-off, en contradiction avec ce qui vient d'être dit, réduit à une hérésie chrétienne pour affirmer ensuite qu'aux II et IIIe siècles, « la liberté de penser est une menace » pour l'Église.

Le septième épisode, Contre les chrétiens, relate le contexte des persécutions des III et IVe siècles, alors que, la situation de l'empire romain se dégradant, les empereurs durcissent les exigences de la religion romaine.

Les épisodes huit et neuf abordent La conversion de Constantin puis Le concile de Nicée. Les savants divergent sur la sincérité de Constantin, mais tous s'accordent sur le tournant que sa conversion représente pour le christianisme. Les divisions créées par l'arianisme et les courants religieux qui en découlent ont motivé la convocation du concile de Nicée par l'empereur, désireux de rétablir l'unité doctrinale. La complexité des débats est heureusement éclairée par l'intervention de D. Cerbelaud qui montre que les dernières amarres avec le judaïsme se rompent avec la reconnaissance de la préexistence du Christ, « engendré et non pas créé ». Curieusement, à la fin de cet épisode, la voix-off annonce que l'empereur prend le titre de pontifex maximus, titre qui, toujours selon la même voix, deviendra celui du pape. Or, en fait, c'est l'empereur Gratien qui renoncera en 382 au sacerdoce païen et à ce titre porté par tous les empereurs depuis Auguste.

Le dixième épisode s'intitule La cité de Dieu, à la suite de l'ouvrage de Saint Augustin. Il traite des rapports de l'empire et du christianisme, qui devient véritablement religion officielle sous Théodose. Bien que les spécialistes, et notamment P. Maraval et P. Veyne, montrent comment Augustin tranche le lien entre le christianisme et l'état impérial, la cité de Dieu et la cité terrestre, la voix-off affirme qu'au Ve siècle l'empire romain et l'Église se confondent avant de reprendre la conclusion du premier épisode : l'apocalypse, la fin du monde, n'est pas venue mais une nouvelle religion s'est imposée !

Cette remarque annonce l'orientation des deux derniers épisodes dans le mesure où la célèbre phrase d'Alfred Loisy, « Jésus annonçait le Royaume et c'est l'Église qui est venue », déjà citée en tête du premier épisode, sera reprise à la fin du onzième et développée dans le douzième et dernier.

Le fil rouge

Les deux derniers épisodes quittent le terrain narratif et proprement historique pour aborder une réflexion d'ensemble. Curieusement le onzième est consacré à une question d'école : L'an zéro du christianisme. Chaque chercheur avance son hypothèse mais l'intervention de D. Marguerat se distingue par son choix théologique : le fait que des juifs et des non-juifs se retrouvent dans de mêmes communautés était inimaginable pour Israël avant la fin des temps. Il s'agit donc d'une véritable révolution théologique et c'est là qu'il faut voir l'avènement du christianisme plutôt que dans le passage à une religion officielle.

Le dernier épisode, Après l'Apocalypse, s'ouvre donc sur la phrase de Loisy. C'est alors qu'il apparaît que les auteurs l'ont prise comme fil rouge de la série et qu'ils l'interprètent dans un sens polémique, alors qu'Alfred Loisy s'est toujours situé d'une manière positive par rapport à l'Église. Leur but est de montrer que l'Église n'a rien en commun avec Jésus. Celui-ci annonçait la restauration du royaume d'Israël, c'est du moins ce qu'affirme cet épisode en laissant les derniers mots sur ce sujet aux chercheurs des universités israéliennes, et sur ce plan c'est un échec.

Quant à l'Église, jamais le mot n'est défini ou sérieusement étudié dans sa polysémie alors pourtant que le livre de l'Apocalypse commence par les lettres aux sept églises, ce qui montre qu'il ne s'agit pas d'une entité immuable plus ou moins assimilable à l'Église catholique romaine des siècles derniers. Que les Églises - catholique, orthodoxe, protestantes... -continuent à porter le message de Jésus n'est pas pris en compte et les interventions de D. Marguerat et E. Lupieri, qui ne voient pas l'Église comme un « hôte indésirable » du judaïsme, mais comme une institution qui continue à attendre le Royaume et par qui le Royaume a commencé à se réaliser, ont bien peu de place.

Un dessein polémique

Après avoir dissocié Jésus et l'Église, les auteurs concluent la série par le rapport des chrétiens au judaïsme qui est selon eux « le problème majeur du christianisme » (J. Prieur), voire « l'ulcère du christianisme » (G. Mordillat) - propos tenus dans un débat télévisé avec J.-M. Salamito. Puis la voix-off affirme que la judéité de Jésus demeure inacceptable pour beaucoup de chrétiens.

On comprend alors mieux l'insistance sur « la synagogue de Satan » dès le premier épisode, et le rôle néfaste attribué à Paul, coupable d'ouvrir les communautés chrétiennes aux païens.  Ainsi se termine une série qui contient des passages très intéressants, mais le dessein final de la mosaïque révèle en fait un dessein polémique contre l'Église.

Pourquoi, cependant, ne pas faire de cette série d'émissions un usage positif en rappelant aux chrétiens, d'une part, que l'Église ne peut se penser sans reconnaître dans le judaïsme un vis-à-vis et, d'autre part, qu'il leur est nécessaire de mieux connaître le développement institutionnel de l'Église.

Suzanne Thil, Cahier Evangile n°147

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
Ap 2,9- 3,9
9Voici, je te donne des gens de la synagogue de Satan, de ceux qui se disent juifs, mais ne le sont pas, car ils mentent. Voici, je les ferai venir se prosterner à tes pieds, et ils reconnaîtront que je t'ai aimé.
10Ne crains pas ce qu'il te faudra souffrir. Voici, le diable va jeter des vôtres en prison pour vous tenter, et vous aurez dix jours d'épreuve. Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie.
11Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises. Le vainqueur ne souffrira nullement de la seconde mort.
12A l'ange de l'Eglise qui est à Pergame, écris : Ainsi parle celui qui a le glaive acéré à deux tranchants :
13Je sais où tu demeures : c'est là qu'est le trône de Satan. Mais tu restes attaché à mon nom et tu n'as pas renié ma foi, même aux jours d'Antipas, mon témoin fidèle, qui fut mis à mort chez vous, là où Satan demeure.
14Mais j'ai quelque reproche à te faire : il en est chez toi qui s'attachent à la doctrine de ce Balaam qui conseillait à Balaq de tendre un piège aux fils d'Israël pour les pousser à manger des viandes sacrifiées aux idoles et à se prostituer.
15Chez toi aussi, il en est qui s'attachent de même à la doctrine des Nicolaïtes.
16Repens-toi donc. Sinon je viens à toi bientôt, et je les combattrai avec le glaive de ma bouche.
17Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises. Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, je lui donnerai une pierre blanche, et, gravé sur la pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sinon qui le reçoit.
18A l'ange de l'Eglise qui est à Thyatire, écris : Ainsi parle le Fils de Dieu, celui dont les yeux sont comme une flamme ardente et les pieds semblables à du bronze précieux  :
19Je sais tes oeuvres, ton amour, ta foi, ton service et ta persévérance ; tes dernières oeuvres dépassent en nombre les premières.
20Mais j'ai contre toi que tu tolères Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse et qui égare mes serviteurs, leur enseignant à se prostituer et à manger des viandes sacrifiées aux idoles.
21Je lui ai laissé du temps pour se repentir, mais elle ne veut pas se repentir de sa prostitution.
22Voici, je la jette sur un lit d'amère détresse, ainsi que ses compagnons d'adultère, à moins qu'ils ne se repentent de ses oeuvres.
23Ses enfants, je les frapperai de mort ; et toutes les Eglises sauront que je suis celui qui scrute les reins et les coeurs, et à chacun de vous je rendrai selon ses oeuvres.
24Mais je vous le déclare à vous qui, à Thyatire, restez sans partager cette doctrine et sans avoir sondé leurs prétendues « profondeurs » de Satan, je ne vous impose pas d'autre fardeau.
25Seulement, ce que vous possédez, tenez-le ferme jusqu'à ce que je vienne.
26Le vainqueur, celui qui garde jusqu'à la fin mes oeuvres, je lui donnerai pouvoir sur les nations,
27et il les mènera paître avec une verge de fer, comme on brise les vases d'argile,
28de même que moi aussi j'en ai reçu pouvoir de mon Père, et je lui donnerai l'étoile du matin.
29Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises.
1A l'ange de l'Eglise qui est à Sardes, écris : Ainsi parle celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles : Je sais tes oeuvres : tu as renom de vivre, mais tu es mort !
2Sois vigilant ! Affermis le reste qui est près de mourir, car je n'ai pas trouvé tes oeuvres parfaites aux yeux de mon Dieu.
3Souviens-toi donc de ce que tu as reçu et entendu. Garde-le et repens-toi ! Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur, sans que tu saches à quelle heure je viendrai te surprendre.
4Cependant, à Sardes, tu as quelques personnes qui n'ont pas souillé leurs vêtements. Elles m'accompagneront, vêtues de blanc, car elles en sont dignes.
5Ainsi le vainqueur portera-t-il des vêtements blancs ; je n'effacerai pas son nom du livre de vie, et j'en répondrai devant mon Père et devant ses anges.
6Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises.
7A l'ange de l'Eglise qui est à Philadelphie, écris : Ainsi parle le Saint, le Véritable, qui tient la clé de David, qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul ne peut ouvrir :
8Je sais tes oeuvres. Voici, j'ai placé devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer. Tu n'as que peu de force, et pourtant tu as gardé ma parole et tu n'as pas renié mon nom.
Ap 2,9- 3,9
 
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