1099
Abel Ferrara
1085
Film
1086
Marie-Madeleine
1098
Mary
3
Billon Gérard
Mary, film de Abel Ferrara
Gros plan sur
 
Commencer
 
Un film sur Marie-Madeleine ? Oui et non...
 
Moins séduisant que d'autres, ce film marque les retrouvailles du grand cinéaste américain Abel Ferrara avec le public. Salué au festival de Venise, ce film ose, avec passion et modestie (eh oui !), aborder le mystère de Marie-Madeleine.

Mary, film de Abel Ferrara, France/Italie/USA, 2005, 83 mn
Avec Forest Whitaker, Juliette Binoche, Matthew Modine
(Lion d’argent au festival de Venise 2005)


Trois histoires se croisent : celle de Ted Younger (Forest Whitaker), animateur fatigué d’une émission de télévision sur Jésus, celle de Tony Childress (Matthew Modine), cinéaste imbu de lui-même qui a réalisé un film sur le Christ, celle de Mary Palesi (Juliette Binoche), actrice bouleversée par le rôle de Marie-Madeleine.

Le film de Ferrara commence où celui de Mel Gibson finit. Écran noir. Un rai de lumière le déchire et grandit. On s’apercevra que nous sommes dans le tombeau de Jésus et qu’on roule difficilement la pierre qui le ferme. Les femmes avancent à tâtons. Bribes de dialogue. Il s’agit de l’annonce pascale (assez près du récit de St Jean, semble-t-il). Mais des détails étonnent : les anges ont des ailes de patronage et le visage de l’un d’eux est triste et fripé. Rêve ? C’est alors que l’actrice qui incarne Marie Madeleine se réveille en sursaut, dans son lit. Elle se lève, parcourt les rues de Matera (décor du film de Tony – et des films de Gibson et Pasolini avant lui), pénètre dans le lieu où la scène a été tournée, pleure, et décide de partir à Jérusalem. Prologue du film.

Un an après, à New York, nous suivons Ted Younger dans ses émissions de télévision – un spectateur français pensera à Arte. Pour sa série d’entretiens, il cherche à inviter Tony et entre en contact avec Mary, toujours à Jérusalem. Or, dans le même temps, sa vie bascule, confronté qu’il est à sa propre lâcheté, à l’amour de sa femme, à la mort, à la vie, à la foi, enfin… C’est beaucoup ? Oui, mais ce n’est pas encore assez. Car une quatrième histoire s’insinue dans celles de Ted, Tony et Mary. L’histoire de Marie-Madeleine. Non pas la Marie Madeleine honorée par l’Église mais la disciple préférée de Jésus Christ d’après une ancienne tradition apocryphe (l’évangile de Marie, texte du 2e siècle de notre ère) où elle est à la fois témoin de sa Résurrection et dépositaire de son enseignement sur « l’Homme parfait ».

Le film de Abel Ferrara est surprenant, ni dévot ni provocateur. Il ne séduira pas les foules. Mais il les étonnera. Forest Withaker est émouvant, Juliette Binoche lumineuse. La caméra serre les visages, fouillant le secret des êtres sans y parvenir. La première partie du film, avec ses longs entretiens télévisés, déconcertera peut-être. Où va-t-on ? Qui suit-on ? Excessif, elliptique, Abel Ferrara mêle les destins, mélange réalité et fiction, reportage et mise en scène, aujourd’hui et hier. Exemple : à Jérusalem un attentat ensanglante une célébration de la Pâque juive, alors qu’à New York hurle un bébé entre la vie et la mort. En contrepoint risible, il est question d’une (fausse ?) bombe dans un cinéma qui passe un film (faussement ?) scandaleux.

Sur fond d’une violence multiforme, émerge alors la douceur volontaire de Marie-Madeleine. Elle passe en Mary l’actrice pacifiée et, par elle, en Ted, époux et père éploré. Elle bute sur Tony qui, pourtant, l’avait mise en scène.

Film atypique, aussi éloigné de Da Vinci code que de la Passion selon Gibson, il nous laisse, étonnés ou dubitatifs, devant le pouvoir qu’ont certaines figures bibliques de changer les vies et ceci, malgré les incertitudes originelles qui entourent ces figures. Si Marie-Madeleine est une construction de la mémoire croyante, elle n’en reste pas moins rattachée, par de solides liens, au socle évangélique des premiers temps.

Alors, après la vision du film, il restera à ceux et celles qu’intéressent les écrits chrétiens à relire la fin de l’évangile de Jean et, bien sûr, l’étonnant apocryphe appelé évangile de Marie. Qu’est-ce que cet apocryphe a pu garder, dans son excès même, de la beauté originaire de l’Évangile du Christ ? Dans sa préface à un recueil de textes apocryphes, la théologienne France Quéré remarquait que « la foi, sous les désaveux officiels, a gardé une sensible mémoire » dont témoigne la popularité de certains de ces textes. Elle ajoutait que « le véritable service de la foi exige de la pensée qu’elle s’échappe, en rebelle et en artiste ».

© Gérard BILLON, Service biblique catholique Evangile et Vie


Selon St Jean, la rencontre de Jésus et de Marie de Magdala devant le tombeau vide, page à relire

Dossier à consulter : Marie-Madeleine, femme et apôtre

Mise au point : Marie-Madeleine, épouse de Jésus ?
 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org