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Origines du christianisme
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Mordillat Gérard
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Prieur Jérôme
Jésus après Jésus
2-02-079892-1
Jésus après Jésus, livre
Recension
 
Approfondir
 
Par Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR
 
Très bien documentés, G. M. et J. P. s’intéressent à la période 30-150 au cours de laquelle la foi chrétienne, née au sein du judaïsme, a progressivement affirmé sa propre identité pour finalement devenir une expression religieuse autonome.

La diversité du christianisme des origines et des débats qui l’agitaient, l’intensité de l’attente eschatologique, le rôle de la figure et de la pensée de Paul sont autant de données qu’ils savent mettre en perspective. Ils accordent également une place légitime à Jacques, frère du Seigneur, que les écrits du NT relèguent à l’arrière-plan, mais dont l’influence fut sans doute considérable. Cet intérêt pour Jacques trouve son prolongement dans celui porté aux courants '' judéo-chrétiens '' nazôréen et ébionite.

En ce qui concerne la méthode, l’ouvrage souligne l’importance de la critique des textes dans la reconstitution du christianisme primitif. G. M. et J. P. rendent ainsi accessible le résultat souvent méconnu du travail des exégètes du NT et des historiens du christianisme ancien.

Mais, une fois le livre refermé, reste un sentiment de malaise. Le souci de se '' déconnecter de l’a priori religieux '', louable en soi, conduit quelquefois les auteurs au-delà des limites d’une approche objective des textes et les amène à formuler des hypothèses hasardeuses.

Par exemple, s’il est vrai que le partage des biens était prôné dans la communauté de Jérusalem, il n’était pas systématique et rien n’autorise à penser que Pierre, présenté comme un gourou, ait pu être l’inspirateur ou l’exécutant de la disparition d’Ananias et Saphira. S’il est vrai qu’hellénistes et hébreux représentaient deux tendances théologiques à Jérusalem, il est abusif de suggérer que les hébreux aient été derrière la mise à mort d’Étienne et la persécution des hellénistes. Et que penser de l’interprétation du chemin de Damas qui veut que l’illumination de Paul soit l’expression déguisée des coups que l’apôtre aurait reçu de la part des hellénistes qu’il poursuivait ?

Les textes témoignant de l’aboutissement d’un long processus de réflexion théologique, bien des personnages et des événements peuvent apparaître comme des fantômes fictivement mis au service des buts suivis par les Évangiles et les Actes. Mais c’est une erreur de penser que le projet littéraire a pour effet nécessaire d’étouffer le contenu du matériel traditionnel utilisé par les auteurs du NT. La foi chrétienne n’a pas pu être suscitée dans le vide, comme le montrent la préface de Luc ou 1 Co 15, 4-6. Par ailleurs, le recours aux documents extra-bibliques, négligé dans cette étude surtout concentrée sur la critique interne, permet de nuancer, sinon d’infirmer, des conclusions tenant certaines données du NT comme des inventions littéraires. C’est le cas du '' décret apostolique '' de Ac 15 dont la teneur trouve une consistance à la lumière de la littérature intertestamentaire, qumrânienne et rabbinique.

Si, comme l’écrivent G. M. et J. P. en finale, cerner les débuts du christianisme est '' une chimère '', leur enquête apparaît à bien des égards comme une illustration de ce propos.

© Xavier Levieils, Univerté catholique d'Angers

Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR,
Jésus après Jésus. L’origine du christianisme
Paris, Le Seuil, 2004, 395 p., 21 €

L'origine du christianisme, le film

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Vidéo
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