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Recherche : introduire au Pentateuque 2
Gros plan sur
 
 
Brève présentation des conclusions sur la composition du Pentateuque
 
La TOB (Traduction cuménique de la Bible) vient d'être révisée. Plus exactement, c'est le ''Pentateuque'' qui est paru à la fin de l'année 2003 aux éditions du Cerf et à l'Alliance Biblique Française. Qu'est-ce qui justifie cette parution ? Voici, brièvement résumés, la suite des points forts de la recherche tels qu'ils sont exposés dans l'Introduction générale de cette nouvelle édition (suite et fin).

La naissance du Pentateuque
La fin de Jérusalem et du royaume de Juda suivie de l'exil à Babylone (597/587) a provoqué une grave crise pour l’identité du peuple : plus de roi, plus de Temple, plus de Terre Promise. Qui donc était le Dieu d'Israël ? La mise par écrit, au retour d'exil (fin du 6e s. av. J.-C.), des traditions fondatrices (narratives et juridiques) a répondu à cette crise.

Avec la Torah, Israël a créé une sorte de ''patrie portative'', qui lui permet de fonder sa foi même lorsqu’il se trouve loin de sa terre. Cela correspond à une époque où le pouvoir perse (qui s'empare de Babylone en 538 av. J.-C.) laissa aux peuples intégrés dans son empire une certaine autonomie religieuse. La tradition biblique reflète d’ailleurs cette situation dans les livres d’Esdras-Néhémie : Esdras, scribe et prêtre, vient à Jérusalem en tant qu’envoyé du roi perse, et présente au peuple une loi que ce dernier s’engage à respecter.

Pour que la Torah devienne le document où les différentes sensibilités du peuple juif pouvaient se reconnaître, il fallait y intégrer des textes émanant des principaux milieux intellectuels ; outre le milieu sacerdotal, très influent, on trouve également un milieu laïc, proche des options théologiques du Deutéronome. Comme exemple de cette cohabitation, on a la double version du Décalogue : en Ex 20, le commandement du Sabbat est fondé sur le rappel du repos de Dieu lors de la création du monde (renvoi au premier texte sacerdotal du Pentateuque en Gn 2,1-3) alors qu'en Dt 5, le Sabbat est motivé par le rappel de la situation d’esclavage d’Israël en Égypte (insistance typiquement deutéronomiste). Ajoutons que certains textes ne viennent ni du milieu sacerdotal ni du milieu deutéronomiste, comme l’histoire de Joseph qui plaide en faveur d’un judaïsme ouvert et universel (Gn 37-50) !

Au terme de ce processus, l’élaboration des livres aboutit à un Livre, la Torah ou Pentateuque, qui s’achève sur le rappel d’une promesse dont l’accomplissement est à venir. Il est à la fois clos et ouvert.

Le point de vue des prêtres
Rédigés sur plusieurs générations, les textes les plus faciles à identifier viennent du milieu des prêtres. Leur style privilégie une certaine sobriété mais aussi le goût des chiffres, des généalogies, des listes, ainsi qu'une prédilection pour tout ce qui relève du culte. Cet intérêt liturgique correspond au souci d’organiser la communauté juive à l’époque perse autour du clergé et du Temple reconstruit… tout en tenant compte de l’éclatement géographique du judaïsme ! Des rituels comme le sabbat, la circoncision, les règles alimentaires ou des fêtes comme la Pâque ne sont pas liés à un lieu précis et peuvent être accomplis en diaspora.

Pour les textes sacerdotaux, le Dieu d’Israël est un Dieu universel. Il a créé l'être humain à son image et fait alliance avec toute l’humanité à travers Noé ; puis il a choisi Abraham qui devient le père d’une multitude de nations. Au sein de sa descendance, Dieu met cependant à part les descendants de Lévi, dont Aaron et sa lignée, pour célébrer le culte au nom de tout le peuple.

Le point de vue des scribes
Le style et le vocabulaire deutéronomiste dépassent le seul livre du Deutéronome. Non seulement on le trouve dans l'ensemble désigné souvent comme l'Histoire deutéronomiste (livres de Josué, Juges, Samuel et Rois) mais aussi dans le livre de l'Exode et celui des Nombres. Ainsi le récit d'Ex 3 considère Moïse comme le premier des prophètes (cf. Dt 18,15) et use d'expressions consacrées comme ''le pays où coulent le lait et le miel'', le ''Dieu des pères'' ou encore la liste des peuples habitant le pays promis.

Le Deutéronome concentre néanmoins la théologie deutéronomiste. L'alliance entre YHWH et Israël a pour centre un code législatif (Dt 12-26) fondé sur la libération d’Égypte. L’exigence d’un sanctuaire unique (Dt 12) est à mettre en rapport avec la réforme du roi Josias en 622 même si le «livre de la Loi» qui en est la base n’est qu’une version primitive du Deutéronome (2 R 22-23). À l’insistance sur le sanctuaire correspond une théologie de l'unicité du Dieu d'Israël et de l'écoute permanente de sa parole à laquelle se soumet le peuple élu, séparé des autres nations. Rédigé par des scribes et des membres de la cour royale avant l'exil, le Deutéronome a été réinterprété à la lumière de l'exil, considéré dès lors comme une sanction pour cause de refus de la parole divine.

Des codes de loi contradictoires ?
Au centre du Deutéronome se trouve donc le «code deutéronomique» (Dt 12-26) qui aurait été conçu pour actualiser le «code de l’alliance» qui datait, lui, du 8e s. av. J.-C. et qui, entre autres, admettait la diversité des lieux de culte (Ex 21-23). Dans le Lévitique, le «code de sainteté» (Lv 17-26) insiste sur la sainteté - cultuelle et éthique - de la communauté. La date de ce code de sainteté est discutée car il est au carrefour des préoccupations sacerdotales et deutéronomistes.

Les derniers rédacteurs du Pentateuque ont pris soin de faire cohabiter ces différents codes, montrant ainsi que la loi n’est pas une donnée statique, mais qu’elle doit continuellement être interprétée et actualisée, comme le montrent d’ailleurs tant les discussions rabbiniques qui la prolongent que les écrits du christianisme naissant.

Diverses traditions narratives
Les rédacteurs sacerdotaux et deutéronomistes ont eu à leur disposition des traditions plus anciennes, très diverses. Les traditions sur les patriarches ont du être gardées dans certains sanctuaires (et transmises de manière orale ?) : voir l'importance de Hébron (au Sud) pour le cycle d’Abraham, de Béthel ou Sichem (au Nord) pour celui de Jacob. La tradition de la sortie d’Égypte est peut-être la plus ancienne du Pentateuque, puisqu’elle est le noyau autour duquel se construit toute la Torah. Le rappel de la sortie d’Égypte se retrouve dans tous les textes de la Bible hébraïque qui résument les événements marquants de l’histoire d'Israël. Il est plus difficile de déterminer quand cette tradition a été fixée pour la première fois par écrit. La tradition du séjour d’Israël dans le désert (cf. le livre des Nombres) est attestée avant l’exil dans les livres d’Osée et de Jérémie, mais sous une forme plus positive.

Malgré les incertitudes, on peut affirmer que beaucoup de traditions fondatrices contenues dans le Pentateuque trouvent leur origine à l’époque monarchique (8e - 6e s. av. J.-C.). Mais c’est bien à l’époque perse (6e - 5e s. av. J.-C.) qu'elles ont été agencées pour donner au judaïsme naissant son fondement théologique et rituel.

La signification du Pentateuque
Le Pentateuque nous met en face d’une communauté religieuse. Il dit comment Dieu l'a constituée et comment elle peut vivre conformément à l’alliance que Dieu a conclue avec elle. Le peuple dont le Pentateuque dresse une image nuancée est fondamentalement un peuple saint, c’est-à-dire entièrement consacré à son Dieu (tout vient de lui). Aucune institution, pas même la royauté - si importante dans la vie religieuse de l’ancien Orient -, n’a d’existence indépendante. L’autorité suprême appartient à la parole divine, celle dont Moïse est le médiateur, celle que conserve ce Livre de la Loi.

La Loi ne se réduit pas à des préceptes juridiques, à des rites ou à des règles. Elle naît d’une histoire et s’y insère continuellement. La Torah est un livre dynamique qui a permis au judaïsme de maintenir son identité tout au long d'une histoire douloureuse.

Du judaïsme, le christianisme a hérité des livres de la Torah. Il la lit autrement puisque Jésus de Nazareth est confessé comme le Messie et le Seigneur selon la diversité des témoignages des apôtres et des évangélistes recueillis dans le Nouveau Testament. Le Christ n’est pas venu abolir la Loi, mais la parfaire (Mt 5,17).

C’est ainsi que le Pentateuque reste d’actualité pour les Juifs comme pour les chrétiens, qui reconnaissent dans les cinq premiers livres de la Bible le projet de salut de Dieu pour toute l’humanité.
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org