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Jésus
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Madsen Peter
Jésus de Nazareth
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Jésus de Nazareth
Recension
 
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Recension de la BD de Peter Madsen : "Jésus de Nazareth", par Gérard Billon.
 

Peter Madsen
Jésus de Nazareth
Scriptura, 2016, 136 pages, 19,95 €

Peter Madsen est un dessinateur danois qui s’est fait connaître par une série humoristique sur la mythologie nordique intitulée Walhalla (quinze albums parus, peu sont édités en français). En1996 – vingt ans déjà ! – il recevait à Angoulême le « prix de la BD chrétienne » pour un album audacieux, The Son of Man (« Le Fils de l’homme »), traduit et distribué en France sous le titre Jésus de Nazareth. L’ouvrage vient de ressortir en librairie. Il est admirable, même si les partis-pris esthétiques peuvent déconcerter.

Madsen abandonne le trait fin, les couleurs, la truculence de Walhalla. Comme pour son adaptation du conte d’Andersen, L’histoire d’une mère(Delcourt, 2005), le graphisme est en clair-obscur. Graphisme ? Il s’agit plutôt d’un dessin au pinceau – gouache et aquarelle – ou bien, pour les paraboles, pastel et crayon gras sur fond bistre. Aucune mièvrerie ni prêchi-prêcha n’entachent l’histoire, laquelle est racontée par Pierre. Pierre se souvient, alternant le « je » (sa personnalité) et le « nous » (groupe des disciples et – pourquoi pas ? –celui des lecteurs). Les images de douze chapitres ou, si l’on préfère, de douze séquences, jaillissent sur l’écran noir de la mémoire. Il y a d’ailleurs quelque chose de cinématographique dans le découpage, le rythme, l’alternance des plans larges, gros plans, plongées, contre-plongées, contraste des couleurs – avec une dominante pour les teintes sombres, bleues ou rouges. Tout cela conduit au mystère de l’homme de Nazareth reconnu Christ et Fils de Dieu. Et si Madsen choisit Pierre, c’est peut-être en hommage à l’évangile de Marc (écrit, selon la tradition, à partir de ses souvenirs) mais plus sûrement parce que c’est sur sa foi que l’Église est bâtie (p. 72).

Ceci dit, le scénario mélange les récits évangéliques, avec une préférence pour Jean. Il le fait avec tant de simplicité que la narration reste fluide. Dès les premières pages (naissance humaine à Bethléem, renaissance divine lors du baptême), nous voyons que Madsen a lu attentivement les textes sources, ce qui est confirmé par le choix et l’agencement des péricopes. Ainsi, à Jéricho, la rencontre avec Zachée(Lc 19) intègre la parabole du Bon Samaritain (Lc 10) ; le rapprochement des deux épisodes électrise le sens. Et si le lecteur connaît peu le cadre culturel, un élément du dialogue ou du commentaire lui donne au bon moment l’information qui convient – par exemple, sur le motif de l’impureté, bien expliqué. L’amour de Dieu, celui du prochain, mais aussi la peur, la foi sont autant de fils narratifs qui, d’une page à l’autre, tissent l’intrigue d’un album méditatif où Jésus est tour à tour amical, exigeant, souriant, passionné. La tension monte jusqu’à la fête de la Pâque (chap. 9–11). De l’entrée à Jérusalem à la mise au tombeau, le temps s’étire – comme dans les récits évangéliques – et le mélange de quotidien et de grandeur des pages précédentes atteint au sublime. Le dernier chapitre, bref, fait boucle avec les premiers (la p. 133 fait écho à la p. 23, et la p. 135 à la p. 9), et la dernière page (blanche !) ouvre au monde des lecteurs. Parmi les bandes dessinées sur Jésus – le très original Voyage des pères mis à part (cf. le Cahiers Évangile n° 153, 2010, pp. 60-64) – on tient là l’une des meilleures tant du point de vue de la qualité visuelle que de la spiritualité.

                                                                                               Gérard Billon
Niveau de lecture : aisé

(Recension parue dans le Cahier Évangile n° 176 (juin 2016), « Femmes bibliques vues d’Afrique », p. 70)

 

 

 
 
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