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Exégèse
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Théologie
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Cuvillier Elian
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Escaffre Bernadette
Entre exégètes et théologiens : la Bible
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Entre exégètes et théologiens : la Bible
Recension
 
 
Par Élian Cuvillier et Bernadette Escaffre (dir.)
 

Élian Cuvillier et Bernadette Escaffre (dir.)
Entre exégètes et théologiens : la Bible
« Cerf-Alpha », Éd. du Cerf, 2014, 440 p., 34 €

Premier volume d’une nouvelle collection qui échappe aux circuits traditionnels de distribution, ce gros ouvrage, paru il y a plus d’un an dans la collection Cerf-Alpha, est resté ignoré de beaucoup et c’est dommage (1). En effet, constitué de la publication des actes du 24e Congrès de l’ACFEB (en 2011, à Toulouse), il ouvre des perspectives très intéressantes. Les diverses contributions – dont l’unité n’est certes pas toujours évidente – posent des questions fondamentales (voir la première version de l’article de Élian Cuvillier publié en avant-première dans le Cahiers Évangile n° 160, juin 2012, pp. 61-65).

Le point de départ est clairement une sorte de malaise des exégètes qui s’interrogent sur le sens de leur travail. La « théologie biblique », qui tentait d’harmoniser l’ensemble du donné biblique autour de grands thèmes théologiques, a fait son temps : elle a été violemment critiquée et elle est aujourd’hui unanimement rejetée. Le travail historico-critique a eu raison de toute tentative d’uniformisation et il a mis au jour, de plus en plus nettement, une pluralité de propositions théologiques en tension ou en dialogue, qui font de la Bible un étonnant kaléidoscope de regards sur Dieu et sur ses relations avec son peuple et l’humanité tout entière.

Conséquence ou dérive des dernières décennies : l’exégèse s’en est trouvée marginalisée, et le constat est celui d’une séparation entre exégètes et « dogmaticiens », soit que la dogmatique qui a le vent en poupe se passe largement des données exégétiques, soit que l’exégèse s’enferme de plus en plus dans un travail scientifique et technique. Or il n’est pas question de renoncer au titre significatif d’« exégètes théologiens » ; un article percutant de Pierre Gibert retrace les origines et le parcours toujours théologique du travail exégétique, et rappelle que « c’est l’histoire qui, en christianisme, est le véritable temps et lieu de la révélation » ! En régime d’incarnation, l’exigence critique qui est au service de la vérité des Écritures s’inscrit d’emblée dans l’ordre théologique.

Les conférences sont groupées autour de quelques thèmes majeurs. À titre d’exemple, le thème de la Création montre que la diversité des théologies de la Création dans la Bible hébraïque et chez saint Jean permet de questionner et finalement d’interdire toute théologie de la Création qui se voudrait exclusive et exhaustive. Puis la prise en compte de la pluralité des théologies bibliques dans l’Ancien et le Nouveau Testaments engage à une réflexion plus théorique, tandis qu’un second ensemble d’exemples offre un éventail de lectures de la notion de rétribution dans l’Ancien Testament et chez saint Paul. Enfin plusieurs essais poussent à la réflexion sur le dialogue fructueux entre exégèse et théologie dogmatique, exégèse et théologie morale, et enfin entre exégèse, théologie et culture, depuis hier jusqu’à aujourd’hui et demain (l’ère numérique).

Les échos d’un certain nombre d’ateliers, qui terminent le livre, permettent au lecteur d’entrer dans des débats dont la vivacité est certaine, et l’issue heureusement incertaine, donnant à vivre dans des lieux divers « l’hésitation herméneutique ».

Au fond, l’acquis majeur qui se dessine à travers toutes ces contributions est bien la conviction qu’il faut abandonner toute théologie holistique de l’Écriture, mais que, pour autant, il est possible et indispensable de faire émerger les différentes voies et les différentes voix théologiques de l’un et l’autre Testaments. Il s’agirait alors, selon la conclusion remarquablement pertinente de Daniel Gerber, « de faire droit à la pluralité des voix dans le respect de chacune d’elles », et nous ajouterions volontiers, de les faire entrer en dialogue, pour parvenir à « une théologie polyphonique et œcuménique » des Écritures.

La conclusion s’impose : si le livre est touffu, et semble parfois insuffisamment unifié, sa richesse et son intérêt restent indéniables. N’hésitez pas à le commander ! (Roselyne Dupont-Roc)
Niveau de lecture : exigeant

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(1) Sur l’objectif de cette collection « au service de la communauté savante », voir http://www.editionsducerf.fr/librairie/cerf_alpha

 
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Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org