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Jean Baptiste
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Jésus
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Marchadour Alain
Jésus et Jean Baptiste
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Il n'est pas facile de se faire une idée précise des rapports entre Jésus et Jean Baptiste...

Il n'est pas facile de se faire une idée précise des rapports entre Jésus et Jean Baptiste. La confrontation des différents textes qui évoquent Jean Baptiste n'aboutit pas à une figure cohérente et univoque. Voici quelques exemples où des images différentes se contredisent, se superposent ou se complètent.

Jean Baptiste : une voix

Interrogé par les envoyés des Pharisiens, Jean Baptiste répond : « Je ne suis pas le Christ, ni Élie, ni le prophète » (Jean l, 20-21). Si les Juifs ont été amenés à se poser la question, c'est certainement parce que Jean Baptiste correspondait à la représentation qu'ils se faisaient du Messie. On sait que le peuple d'Israël vivait dans la conscience très vive de l'imminence de la fin du monde. Et le signe avant-coureur de cet achèvement de l'histoire serait la venue d'un prophète qui mettrait fin au silence prophétique. Les gens pensaient que ce prophète-Messie aurait les traits d'Élie, suivant la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n'arrive le Jour du Seigneur, grand et redoutable » (3,23).

Jean Baptiste ne laisse subsister aucun doute. Alors que les Juifs cherchent en lui l'accomplissement de cette attente, il se présente comme l'annonceur des derniers temps, le témoin du Messie : « Je suis une voix qui crie ». Tout à fait logiquement, le succès de sa mission entraîne son effacement lorsqu'il a fait reconnaître Jésus comme le Messie attendu. La voix se fait entendre de quelques-uns. L'évangile de Jean décrit l'aboutissement de sa mission, quand Jésus s'en retourne « au-delà du Jourdain, là où Jean avait baptisé. Beaucoup de gens vinrent à lui. Ils disaient: Jean n'a fait aucun miracle, mais tout ce qu'il a dit de cet homme était vrai » (Jean 10, 40-41).

Le temps du doute

Jean Baptiste est une voix dérangeante: cela le conduit en prison. Là il réfléchit à sa mission et surtout il s'interroge sur le véritable Messie qu'il annonçait, devant qui il lui fallait décroître pour le laisser prendre toute sa dimension.

On ne saura jamais avec certitude ce qui a engendré le doute dans son esprit. Mais les évangiles synoptiques ont gardé le souvenir que Jean, de sa prison, a envoyé des délégués auprès de Jésus pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11,3).

Celui qu'il avait montré du doigt, au seuil de son parcours, avait-il pris un chemin tellement surprenant qu'il ne reconnaissait plus le Messie qu'enseignaient les Écritures ? La réponse que Jésus lui fait porter a du dissiper ses doutes, à l'instant où la mort violente allait l'emporter : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres; et heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi » (Mt 11, 5-6).

La légende de Jean Baptiste

À l'instant d'affronter sa mort, Jean Baptiste a su que la fin des temps qu'il annonçait et espérait connaître, n'était pas encore arrivée. A-t-il entendu pour lui la parole de consolation et d'espérance de Jésus : « Les morts ressuscitent » ? Nous ne savons rien de ses sentiments, mais nous savons qu'il a été fidèle à sa mission prophétique jusqu'au bout.

Mort aux yeux des hommes, il a commencé à revivre dans la légende. Deux passages de l'évangile nous rapportent une curieuse rumeur sur Jean Baptiste. Hérode entendant parler de Jésus et de ses miracles, reçoit l'écho d'un bruit qui circulait dans le peuple : « Jean Baptiste est ressuscité des morts; voilà pourquoi le pouvoir de faire des miracles agit en lui » (Mt 14,2).

D'autres bruits circulent : Jésus serait Élie, ou l’un des prophètes, ces personnages des derniers temps que les Pharisiens recherchaient en Jean Baptiste. Impressionné, Hérode choisit la première hypothèse : « C'est Jean que j'ai fait décapiter » (Marc 6,16). Cette légende aura la vie dure puisqu'elle réapparaît dans la rumeur que les disciples rapportent à Jésus : « Au dire des hommes, qui est le Fils de l'homme ? – Pour les uns, Jean le Baptiste, pour d'autres encore Élie » (Mt 16,14).

C'est là le plus bel hommage jamais fait à Jean Baptiste que d'avoir été reconnu en Jésus. Certaines traditions juives disaient que les martyrs étaient arrachés à la mort par Dieu. Pour Jean Baptiste c'est aussi la preuve que le peuple, dans sa crédulité, ressentait l'affinité des deux personnages et de leur programme. Mais au-delà des légendes le dernier mot doit rester à Jean Baptiste et Jésus. Le premier s'est défini comme précurseur du Messie : « Moi je vous baptise dans l'eau; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi; il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11). De son côté Jésus dessine le vrai visage de Jean Baptiste quand il affirme que le prophète Élie, attendu pour la fin des temps, est déjà venu : « Je vous le déclare, Élie est déjà venu, et au lieu de le reconnaitre ils ont fait de lui tout ce qu'ils ont voulu” (Mt 17,12). « Alors les disciples comprirent qu'il leur parlait de Jean Baptiste ».

© SBEV. Alain Marchadour

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
Monastère Ste Catherine, Sinaï.