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Exégèse
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Problèmes divers
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Bovon François
Dans l’atelier de l’exégète. Du canon aux apocryphes
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Dans l’atelier de l’exégète. Du canon aux apocryphes
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Par François Bovon
 
François Bovon
Dans l’atelier de l’exégète. Du canon aux apocryphes

« Christianismes antiques », Labor et Fides, Genève, 2012, 280 p., 37 €

En rassemblant une série de publications qui s’étendent sur une trentaine d’années, ce livre fait pénétrer le lecteur dans le monde exégétique de François Bovon (F.B.) ; d’un article à l’autre, on y partage son goût des textes et l’intérêt porté à leur réception dans les Églises chrétiennes à travers les siècles. La progression du livre tel que F.B. la propose n’est pas la chronologie de parution des articles, mais celle des œuvres ou des thématiques étudiées. L’ensemble représente une ellipse à deux foyers.

D’un côté, sont abordées diverses formes de réception de l’événement Jésus Christ dans les premières communautés : essais christologiques, spéculations sur les noms et les nombres, interprétation des rêves chrétiens, interprétations propres de trois grands théologiens du ier siècle : Paul, Luc et Jean. Le lecteur rencontre des études marquées par des thématiques parfois un peu anciennes, parfois plus marginales, qui bénéficient d’un regard synthétique d’une grande qualité ; il reconnaît aussi des méthodes exégétiques différentes bien situées dans les trente ou quarante dernières années, de l’historico-critique à la lecture structurale ou sémiotique.

De l’autre côté, on entre dans les premiers siècles de l’Église avec la réception des lettres pauliniennes comme des évangiles par les Pères de l’Église et par la littérature apocryphe. Ce deuxième volet du livre, beaucoup plus novateur, porte un titre révélateur : « Compagnons apocryphes du N.T. ». On touche là le champ d’études qui a progressivement focalisé l’essentiel du travail de F.B., avec l’illustration d’une thèse originale et tout à fait passionnante : étant admis que les écrits dits apocryphes dépendent tous des textes devenus canoniques ou de leurs sources, ils témoignent cependant d’une réception populaire de l’Évangile qui a largement participé à la richesse de la tradition chrétienne. Face aux Pères de l’Église, l’ensemble des textes apocryphes manifeste une autre façon de lire les Écritures. Il apparaît alors que la distinction canonique/apocryphe est insuffisante ; il y a un corpus immense de textes non canoniques qui ont continué à être lus et autorisés, et qui ont accompagné la foi et la spiritualité chrétienne.

La proposition la plus suggestive de F.B. consiste à opérer un changement de perspective, et à imaginer une époque, le courant du iie siècle, où la séparation n’était pas faite, et où les textes en formation combinaient des sources, dialoguaient, s’harmonisaient ou se distinguaient. Dès lors, la pratique des « apocryphes » nous éclaire sur ce qu’a pu être la lente formation des évangiles canoniques ; instables, fragmentaires, intégrés à divers recueils, les apocryphes deviennent un laboratoire permettant de mieux cerner l’histoire des formes : des techniques aisément repérables comme l’adaptation, la citation et l’imitation pourront être appliquées ensuite à l’étude des textes canoniques qui ont connu dans leur formation ces mêmes pratiques.

Un pas de plus : la mise en parallèle de la réception des textes canoniques par les Pères de l’Église et dans les actes apocryphes à la même époque manifeste la diversité et la richesse des traditions à l’œuvre dans l’Église. Ainsi la figure de Jésus ressuscité comme un tout jeune homme, voire comme un enfant, est l’écho narratif de la foi en la création nouvelle. Il est heureux qu’un exégète protestant nous propose d’enrichir et d’élargir ainsi la notion de tradition. En finale et en prime, F.B. présente deux fragments apocryphes inédits qu’il publie et commente, révélant le plaisir qu’il éprouve à se plonger dans des analyses codicologiques, linguistiques et grammaticales !

La ligne d’ensemble du livre est ferme et l’intérêt toujours renouvelé, mais le lecteur comprend qu’il sera frustré ; les études sont nombreuses, mais nécessairement limitées, souvent plus suggestives qu’approfondies. Il s’agit bien d’un atelier, dont la visite doit susciter des vocations, car le champ est juste défriché et la tâche reste immense. (Roselyne Dupont-Roc).
Niveau de lecture : exigeant
 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org