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Mission chrétienne
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Saint Paul
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Robert Marie-Hélène
Israël dans la mission chrétienne. Lectures de Romains 9-11
2-204-09374-3
Israël dans la mission chrétienne. Lectures de Romains 9–11
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Par Marie-Hélène Robert
 
Marie-Hélène Robert
Israël dans la mission chrétienne. Lectures de Romains 9–11

« Lectio Divina » n° 239, Le Cerf, Paris, 2010, 320 pages, 22 €

Marie-Hélène Robert propose une approche originale qui renouvelle la lecture de l’un des textes les plus difficiles et les plus controversés du Nouveau Testament, Romains 9–11, dans la perspective de la missiologie. La problématique est posée de façon complexe et nuancée à partir des v. 11,25b-26 : l’articulation dans ces quelques lignes des expressions « une partie d’Israël, l’ensemble des nations, tout Israël » a guidé et façonné les attitudes missionnaires vis-à-vis des juifs au cours des siècles dans les diverses confessions chrétiennes. Or, l’auteur se propose de relire le texte d’un point de vue missionnaire plus fondamental, qui est le projet eschatologique de Dieu, l’universalité du salut offert à tous les hommes, et son inscription dans le temps de l’histoire.

La lettre aux Romains s’adresse à une communauté divisée et tiraillée entre des appartenances opposées au monde juif et au monde des nations païennes (ou « gentils »). À rebours de toute théologie de la substitution, Paul affirme la nécessaire complémentarité des uns et des autres, qui doit les conduire à intégrer chacun le bien de l’autre (la loi vs la foi) de façon particulière, en vue de la croissance de tous vers la plénitude de Dieu, dans le Christ qui assume et transcende toutes les oppositions.

Le livre s’organise en trois temps : une nouvelle lecture de Romains 9–11 sous l’éclairage de l’appel à l’unité, une reprise historique des différentes lectures du texte au cours des siècles avec leurs conséquences missiologiques, une méditation théologique sur la complémentarité redécouverte aujourd’hui de la mission d’Israël et de la mission de l’Eglise dans le projet de Dieu.

L’étude de Romains 9–11 s’appuie sur l’articulation incessante des catégories juifs/nations, reste/plérôme ; elle est technique et difficile. Son intérêt majeur est de renvoyer sans cesse à d’autres textes de la lettre aux Romains, notamment la partie exhortative de la lettre (chap. 12–15), pour orchestrer la corrélation et la nécessaire complémentarité entre le salut des juifs et le salut des « gentils » qu’elle construit dans le texte.

La seconde partie déploie les réceptions diverses du texte de Romains 9–11 en lien avec les attitudes vis-à-vis du judaïsme ; elle offre d’abord un regard synthétique mais suffisamment nuancé sur les Pères de l’Église latins et grecs, puis elle fait une part royale à Thomas d’Aquin, dont la confiance en la raison permet une lecture selon l’universel de la mission, tout en préservant la liberté de chaque personne. Elle se poursuit par une attention particulière aux attitudes missionnaires des différents mouvements issus de la Réforme, notamment évangéliques, montrant qu’en refusant la « mise à part » d’Israël qui a largement caractérisé le catholicisme, elles le contraignent à renouveler son regard.

La troisième partie s’appuie sur l’approche entièrement renouvelée de la question d’Israël dans les Églises au XXe siècle, la lecture de la lettre aux Romains chez Karl Barth, l’avancée spectaculaire de Nostra Ætate chez les catholiques pour reprendre à nouveaux frais la question de la mission commune d’Israël et de l’Église tout en respectant leurs missions spécifiques et leur rôle propre dans le temps de l’histoire. La réflexion n’oublie jamais que le jeu se joue à trois : Israël, l’Église et les nations dans des configurations complexes et nuancées, mais elle tient la nécessaire corrélation entre les termes et l’unité finale du « peuple de Dieu ».

Reprise synthétique d’une thèse audacieuse, ce livre est exigeant et même particulièrement difficile : l’argumentation touffue et la richesse des éléments traversés risquent parfois de dérouter sinon de perdre le lecteur qui ne serait pas très au fait des questions soulevées par le texte des Romains, et par les questions de la mission. Il n’empêche : les conclusions sont fortes et passionnantes et le détail de la démonstration plein de remarques suggestives. Un groupe de travail sur la mission gagnerait beaucoup à s’y atteler pendant quelques mois. (Roselyne Dupont-Roc)
Niveau de lecture : exigeant
 
Rm 9-11
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org