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Commentaire
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Evangile de Marc
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Standaert Benoît
Évangile selon Marc. Commentaire
2-85021-197-3
Évangile selon Marc. Commentaire
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Par Benoît Standaert
 
Benoît Standaert
Évangile selon Marc. Commentaire

« Études Bibliques Nouvelle série » n° 61, Gabalda, Pendé, 2010, 3 vol., 1238 p. , 156 €.

Cet ouvrage livre le fruit d’un labeur de longue haleine. Benoît Standaert (B.S.), moine bénédictin, rappelle, dans l’avant-propos, que le projet remonte à une demande qui lui avait été formulée, il y a une trentaine d’années, par le P. Benoit, de l’École biblique de Jérusalem, qui désirait voir prendre place dans la collection des « Études Bibliques » un nouveau commentaire sur Marc, après celui, prestigieux, du P. Lagrange. En 1978, B.S. s’était fait connaître par une importante thèse intitulée L’évangile selon Marc. Composition et genre littéraire, (1984² ; présentation simplifiée sous le titre Évangile selon Marc, commentaire [« Lire la Bible » n° 61 bis, Cerf, 1997]).

Dans le présent ouvrage, B.S. développe les options qu’il avait énoncées dans sa thèse en ce qui concerne les circonstances de production de Marc. Pour lui, il s’agit d’un texte composé en vue d’une proclamation orale, d’une seule traite, au cours d’une veillée nocturne (du samedi soir au dimanche matin), dans le cadre de la célébration de la Pâque chrétienne, comportant une dimension initiatique en lien avec le rite du baptême. La datation serait à placer après 70, le temple étant détruit. L’auteur aurait été disciple de Pierre. Une convergence d’indices peut être retenue en faveur d’une composition à Rome, dans une communauté marquée par des épreuves, notamment des persécutions et la mort violente de témoins de premier plan. Le texte aurait été destiné à un milieu populaire, « limité dans son usage aux seuls membres de la communauté de croyants, sans prétendre à une véritable édition » (p. 29). Il aurait joui d’une réelle autorité, comme en témoigne l’usage fait par chacun des autres évangélistes, y compris celui de Jean. La christologie occupe une place majeure dans ce texte à portée catéchétique : Jésus confessé comme Christ et fils de Dieu. Une orientation que B.S. qualifie en ces termes : « L’axe principal de la pensée de l’évangéliste est prophétique, très peu royal et nulle part sacerdotal » (p. 62).

En étudiant les principes de composition rhétorique et dramatique de l’Antiquité gréco-latine, B.S. considère que Marc est une œuvre charpentée, tant en ce qui concerne la gestion de l’intrigue du récit que des développements thématiques. Il distingue trois grandes parties encadrées par un prologue (Mc 1,1-13) et un épilogue (Mc 16,1-8) : narratio (Mc 1,14 – 6,13), argumentatio (Mc 6,14 – 10,52), dénouement (11,1 – 15,47). Il met en relief la portée de la section centrale de Mc 8,27 – 9,13. Il indique l’importance des récits de transition. Il insiste sur le procédé de dramaturgie mis en œuvre dans l’épilogue : un messager communique aux femmes un message dont le contenu échappe à toute représentation (« Il est ressuscité ! ») et qui les remplit d’effroi : « La crainte comme mot de la fin rejoint une sagesse biblique séculaire » (p. 1194).

En fonction des clés de lecture retenues, certains éléments du texte évangélique sont fortement soulignés dans leur portée symbolique (pascale et baptismale) : les différents appels à une attitude de veille et de prière, le geste de Bar Timée rejetant son manteau, la nudité du jeune homme qui s’enfuit lors de la Passion, la présence du messager au tombeau, etc. Le rapprochement entre certains épisodes donne lieu à des interprétations suggestives : par exemple, en Mc 11–12, le don de la pauvre veuve au temple faisant contraste avec diverses attitudes de fermeture et de sécheresse évoquées par l’image du figuier.

Le style adopté ne craint pas l’originalité. La place réservée aux discussions académiques et à la bibliographie spécialisée est parfois délibérément réduite. B.S., cependant, dialogue volontiers avec certains de ses prédécesseurs (avec une révérence marquée à l’endroit du P. Lagrange). Même si son attention est nettement focalisée sur le texte de Marc, il consacre plusieurs pages, après chaque grande section, à l’examen des versions évangéliques parallèles. Les variantes textuelles font aussi l’objet de remarques précises. Dans le cadre du commentaire suivi ou dans des encadrés, on peut trouver des aperçus abordant des questions touchant à la littérature (Gide, Claudel), à la philosophie (Kant, Blondel, Levinas), à la spiritualité, à la pastorale et, bien sûr, la tradition monastique. Une grande attention est accordée aux implications interreligieuses (judaïsme, islam, voire bouddhisme).

Les lecteurs visés ne peuvent être que familiers du texte biblique. Par son recours fréquent au grec et par le nombre des références, ce commentaire invite à une démarche active, parfois exigeante. La disposition typographique est austère (avec la reproduction, en haut de page, de quelques versets en grec accompagnés de leur traduction en français, dans un découpage qui se trouve parfois en décalage avec les passages commentés).

Même si toutes les options de l’auteur pour l’interprétation de tel ou tel verset ne feront pas l’unanimité, ce commentaire se recommande par la rigueur et la pertinence du travail effectué. Dans sa postface, B.S. confie que son objectif était de rendre compte de l’œuvre de Marc « comme artiste et comme penseur paradoxal ». Cet ouvrage contribue grandement à faire reconnaître à cet évangéliste une place décisive dans le développement de la littérature biblique.
(Michel Berder)
Niveau de lecture : exigeant
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org