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apocryphe
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Jésus
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Dubois Jean-Daniel
Jésus apocryphe
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Jésus apocryphe
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Par Jean-Daniel Dubois
 
Jean-Daniel Dubois
Jésus apocryphe

« Jésus et Jésus Christ » n° 99, Mame-Desclée, Paris, 2010, 270 p., 28,50 €.

Dès l’introduction, J.-D. Dubois (JD.D.) prévient son lecteur : la doctrine orthodoxe n’a pas été rapidement élaborée par les premières générations chrétiennes. Dit en d’autres termes, le christianisme des origines est beaucoup plus divers, voire fluctuant, qu’on a trop souvent voulu le laisser accroire. Précisément, la littérature apocryphe chrétienne – qui n’est pas tout issue de conventicules en marge déclarés hérétiques le moment venu, car elle peut aussi participer de la légitime réflexion commune des premières communautés – est un inappréciable témoin de la variété, tant de pratiques que de doctrines, de ce christianisme-là et des Églises en lesquelles il se réalise. On comprend, dès lors, que l’on trouvera dans les textes apocryphes des représentations de Jésus comme de Jésus-Christ variées elles aussi, et pour nous des repères quant aux horizons spirituels de nos pères anciens. JD.D. veut d’ailleurs contribuer par ce livre, ainsi qu’il l’écrit, à « la recherche historique sur l’identité des figures de Jésus dans l’Antiquité chrétienne, particulièrement lors des premières décennies du christianisme naissant » (p. 260).

Directeur d’études à l’École pratique des hautes études, spécialiste reconnu de la gnose et du manichéisme, pendant plusieurs années président de l’Association pour l’étude de la littérature apocryphe chrétienne, JD.D. était particulièrement qualifié pour se voir confier la rédaction du présent volume. Il a choisi de présenter le Jésus apocryphe – mais certainement faudrait-il en l’occurrence mieux dire les Jésus apocryphes – en douze chapitres aux titres respectifs singulièrement significatifs, pour plusieurs d’entre eux retenant d’emblée l’attention du lecteur. Qu’on en juge : un Jésus rieur ; un Jésus en dialogue ; un Jésus déployé ; un Jésus Providence ; un Jésus au cœur des apocryphes ; le Jésus de l’Enfance et de la Passion ; Jésus Melchisédech ; le Sauveur des gnostiques séthiens ; le Sauveur des gnostiques séthiens platonisants ; Jésus au pays des manichéens ; Jésus inclassable ; Jésus et l’Évangile de Judas. Avant toutefois d’en venir au fond même de l’exposé de sa recherche, JD.D. a pris soin de préciser, dans l’introduction, ce qu’il convient d’entendre par « apocryphe », se référant pour cela aux travaux d’Éric Junod dont il reprend la définition, et par « gnose », comme il a pris soin également de préciser les enjeux de la limitation d’un canon biblique, objet de débats dans le judaïsme puis dans le christianisme. Il y souligne aussi l’importance de cette littérature – le « continent » apocryphe – et des traditions qu’elle véhicule pour la piété, dans la liturgie, certes, et encore dans l’art. Il faut reconnaître à JD.D. d’évidentes qualités pédagogiques, qui permettent à quiconque n’est guère au fait du concept d’apocryphité ou des divers courants théologiques des premiers siècles, de n’être pas dépassé. Les pages 59-65 sont en ce sens exemplaires, qui brièvement, du Contre les hérésies d’Irénée à la découverte de la bibliothèque gnostique de Nag Hammadi et aux étapes de la recherche qui s’ensuivit, expliquent ce que fut le valentinisme en veillant à rester critique à l’égard des interprétations qui en ont été formulées. Sont particulièrement éclairantes, d’autre part, les pages 178-181 consacrées à Porphyre et à la recherche sur Marius Victorinus, et partant à la compréhension philosophique du rôle du Logos.

Au long des pages, pour ne donner que deux exemples de l’intérêt de la littérature apocryphe dans ses rapports avec l’Écriture canonisée, la foi et le dogme, le lecteur est conduit à s’arrêter à la question de la descente aux enfers, entrée dans le Credo, et à considérer la tension qui s’établit entre le Jésus humain, abaissé, de la Passion et le Jésus glorieux, élevé, de la victoire sur la mort, et en lisant dans l’Évangile de Nicodème le dialogue entre Satan et l’Enfer, à s’interroger sur « cette difficulté centrale du christianisme à rendre compte des événements de la Passion jusqu’au dernier cri de Jésus sur la croix » (p. 140). Le traité gnostique retrouvé à Nag Hammadi simplement intitulé Melchisédech pour sa part, en interprétant la figure de cet énigmatique personnage des traditions juive et chrétienne, appelle l’attention sur « les traits messianiques d’une figure céleste venant sur la terre pour vaincre les forces du mal et proposer un parcours rituel, centré sur un baptême spirituel » (p. 156), la question du baptême étant reprise de manière singulièrement différente dans le Zostrien (voir p. 184-185).

On peut assurément regretter l’absence d’un index des citations, très nombreuses et bienvenues comme dans tous les volumes de la collection « Jésus et Jésus-Christ », qui aurait permis de repérer ou retrouver aisément celles-ci. Notons en revanche que chaque chapitre s’achève par une bibliographie indiquant éditions et traductions des textes mentionnés et des principales études auxquelles ils ont donné lieu.
(Jacques-Noël Pérès)
Niveau de lecture : exigeant
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org